L’écrivain, essayiste spécialiste de Robert Louis Stevenson, Michel Le Bris, et fondateur du festival littéraire de Saint-Malo "Étonnants voyageurs" le 13 octobre 2019.  ©AFP - Ulf Andersen / Aurimages
L’écrivain, essayiste spécialiste de Robert Louis Stevenson, Michel Le Bris, et fondateur du festival littéraire de Saint-Malo "Étonnants voyageurs" le 13 octobre 2019. ©AFP - Ulf Andersen / Aurimages
L’écrivain, essayiste spécialiste de Robert Louis Stevenson, Michel Le Bris, et fondateur du festival littéraire de Saint-Malo "Étonnants voyageurs" le 13 octobre 2019. ©AFP - Ulf Andersen / Aurimages
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Résumé

Après avoir passé sa vie à parcourir le monde et les livres, Michel Le Bris a définitivement pris le large le 30 janvier dernier. Ce week-end, le festival Étonnants Voyageurs qu’il a créé ouvre ses portes sans lui. Les écrivains Dany Laferrière et Yvon Le Men racontent l’étonnant voyageur qu’était Michel Le Bris.

avec :

Dany Laferrière (Ecrivain), Yvon Le Men (Poète et écrivain).

En savoir plus

« S’il est une leçon du voyage, c’est au moins celle-là, que le plus court chemin de soi à soi, et d’ailleurs le seul, est la rencontre avec l’autre ». Ainsi parlait Michel Le Bris du voyage.

Toute sa vie cet écrivain, romancier, philosophe et éditeur n’a eu de cesse de parcourir de monde et de courir de livre en livre au bonheur des rencontres, avide de découvertes, toujours pressé de les faire partager comme s’il s’agissait de cartes au trésor à découvrir de toute urgence.

Il a lancé en France le mouvement des « écrivains-voyageurs » et mis dans la lumière nombre d’entre eux comme Nicolas Bouvier, Ella Maillart ou encore Anita Conti. Son nom restera à jamais associé au festival « Etonnants Voyageurs » qu’il a crée en 1990 à Saint Malo. Dès le début le public a répondu présent.

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En 30 ans d’existence la manifestation littéraire est devenue l’une des plus importantes de France. 3 000 écrivains du monde entier y ont participé. 

Ce week-end l’incontournable rendez-vous littéraire de la cité Corsaire proposera pour la première fois des rencontres à suivre uniquement en ligne mais surtout pour la première fois le festival se tiendra sans son fondateur. Michel Le Bris a définitivement pris le large le 30 janvier dernier. 

Cet après-midi deux de ses compagnons de route sont avec nous pour lui rendre hommage : l’académicien Dany Laferrière et le poète Yvon Le Men.

Il fallait bien deux écrivains de cette trempe pour partir sur les pas de l’étonnant voyageur qu’était Michel Le Bris.

Le Festival Etonnant Voyageurs, c'est ce week end!

Il est 100% en ligne cette année et  se déroule les 22, 23 et 24 mai en direct de Saint-Malo 

Le site du festival Etonnants Voyageurs pour tout connaitre de sa programmation 

A lire :

L’abécédaire intime de Michel Le Bris qui vient de paraitre aux Editions André Versaille/ Ecriture 

Fragments du royaume. Entretiens de Michel Le Bris  avec Yvon Le Men Edition La passe du Vent ( 2000)

A lire également :

Yvon le Men vient de faire paraitre  La baie vitrée (Bruno Doucey, 2021)  et  La Bretagne sans permis (Éditions Ouest-France, 2021)

Dany Laferrière a fait paraitre récemment   L’exil vaut le voyage (Grasset, 2020)

Le texte de Michel Le Bris lu par Yvon Le Men 

Le 20 janvier 1494, Pierre de Médicis, fils de Laurent Le Magnifique, seul dans son palais de Florence, s’ennuie à mourir tandis qu’au dehors tombe la neige, à gros flocons. Mais voilà qu’il décide de faire appel à Michel-Ange, déjà célèbre, bien qu’âgé seulement de vingt ans, et qui vient de quitter la Villa Médicis pour s’installer chez son père. Michel-Ange bougonne bien un peu qu’on le dérange en plein  travail mais, protecteur oblige, n’en selle pas moins son cheval et court à la Villa, où il trouve Pierre, rêvant devant les jardins blancs, qui lui dit simplement : « Faites-moi un bonhomme de neige »

Et voilà donc l’homme de l’éternité, qui allait à Carrare choisir lui-même les marbres les plus aptes à traverser le temps, contraint de travailler la plus périssable des matières, et qui invente, sous les regards blasés du Prince, la plus belle, peut-être, de ses statues, la moins mortelle, statue rêveuse, flottante dans les lumières de l’Italie, rendue aux vents et aux mirages de la Toscane, inexistante, presque, et nous rêvons déjà comme si, du temps pétrifié dans le marbre aux évanouissements de la neige, du plus durable au plus éphémère, brillaient, infiniment, infiniment fragiles, les fils d’or de l’éternité. 

Ne disons-nous pas de certaines neiges qu’elles sont éternelles ? Conjonction de la lumière et du silence, et, peut-être, la seule image de l’éternité inscrite dans notre psychisme, la neige aussi renvoie à notre propre lumière et au silence qui, en nous, demeure : les paroles que nous adresse la neige sont celles-là mêmes de nos enchantements, à la fois les plus singulières et pourtant les plus universellement entendues. Écrivains, voyageurs, ethnologues, géographes ne nous parlent jamais que de leurs neiges – ainsi nous avons tous, je crois, quelque part, nos neiges intérieures. »

Quand tombe la neige, les instituteurs savent bien que les enfants deviennent intenables, émerveillés, presque fous, comme si elle murmurait à chacun d’eux que la vraie vie, par-delà le tic-tac habituel des choses, est dans le fugitif royaume où s’incarnent les rêves, dans le monde immaculé qu’aucune ombre n’habite, vers cette étoile où, dans le silence, indéfiniment, la lumière se renouvelle – ce monde blanc que seuls connaissent les poètes et les enfants. Plus tard, ils grandiront, bien sûr, ils auront tout le temps d’apprendre combien vite fond la neige – mais je plains ceux-là qui ne savent plus entendre, comme l’écho lointain d’un paradis perdu l’appel, au fond de l’âme, des neiges éternelles… 

Les  voix de Michel Le Bris et celle de  Jean-Marie Gustave Le Clézio sont extraites des archives de l' INA 

La programmation musicale 

THE LIMINANAS Laurent GARNIER  Saul  

MAXWELL FARRINGTON & LE SUPERHOMARD We, us the pharaohs 

Rickie-Lee JONES Pirates (so long lonely avenue)

Références

L'équipe

Daniel Fiévet
Production