Jérôme, distillateur de lavande fine à Sault, Haute Provence - Dominique Roques
Jérôme, distillateur de lavande fine à Sault, Haute Provence - Dominique Roques
Jérôme, distillateur de lavande fine à Sault, Haute Provence - Dominique Roques
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Résumé

De la rose d'Iran au patchouli d'Indonésie en passant par la bergamote de Calabre, Dominique Roques, parcourt la planète à la recherche d’extraits de plantes qui exhalent des senteurs d'exception pour approvisionner la palette des parfumeurs. Il nous emmène dans sa quête d'essences...

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Patchouli, jasmin, vétiver, lavande, vanille, bois de oud, encens… Le monde végétal recèle des trésors olfactifs. Il a fallu des siècles voire des millénaires aux humains pour apprendre à recueillir ces fragrances enivrantes, pour les mettre en flacon. Encore aujourd’hui, ces essences naturelles apportent une touche de magie aux compositions des parfumeurs.

Depuis une trentaine d’années, Dominique Roques parcourt le monde avec pour mission d’alimenter la palette des plus grands « nez » de la parfumerie. Il est ce que l’on appelle « un sourceur ». De jungles en déserts, d’îles lointaines en montagnes reculées, il part en quête d’extraits de fleurs, de feuilles, de racines, d’écorces ou de fruits qui exhalent des senteurs exceptionnelles.

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Au cours de ses voyages, il a rencontré des hommes et des femmes dont il a pu admirer les savoir-faire immémoriaux. Cueilleurs de roses en Iran ou en Bulgarie, producteurs de bergamote en Calabre, gemmeurs de benjoin au Laos ou encore planteurs de bois de santal en Australie…

Ces matières premières aromatiques ont une réelle histoire. Leur implantation dans divers territoires, mais aussi la capacité des hommes, au fil du temps, à capturer le parfum.

Avec lui, Daniel Fiévet est parti avec Dominique Roque pour Le temps d’un bivouac découvrir six senteurs emblématiques.

Franklin brûle une zone à gemmer sur un Myroxylon au Salvador pour recueillir le fameux Baume Pérou
Franklin brûle une zone à gemmer sur un Myroxylon au Salvador pour recueillir le fameux Baume Pérou
- Dominique Roques

1 - La Rose

Il existe deux variétés de rose utilisées pour les parfums : la rose de Grasse et la rose de Damas.

La rose de Damas est d'origine perse. Cette variété très parfumée est passée par Damas au Moyen Age. C'est là où les croisés l'ont rencontré, l'ont ramenée en Europe, l'ont, puis l'ont hybridé. Le nom est resté. C’est cette variété qui constitue actuellement la plus grosse production pour la parfumerie. La rose de Grasse est plus confidentielle.

Les procédés pour extraire le parfum de la rose ont évolué au fil des siècles. Les Perses ont inventé l'eau de rose au VIIIᵉ siècle en faisant bouillir des fleurs dans de l'eau et en condensant la vapeur qui en résulte. Cette eau a parfumé l'ensemble du monde islamique pendant des siècles.

Il faut attendre 1000 ans ensuite pour qu'en Inde, on réussisse à recueillir l'huile essentielle : l'essence de rose. La légende raconte que Jahangir, l'empereur des Moghols en Inde du Nord, découvrit cette substance qui a une odeur d’une intensité phénoménale lors de grands mariages. Il faisait si chaud que l'essence finit par se déposer en fine pellicule sur les bains et sur les canaux grâce à la décantation.

L’essence de rose est très prisée. Sa fabrication nécessite des techniques assez élaborées, mais surtout une quantité astronomique de fleurs. Saviez-vous qu’il faut 1 million de fleurs cueillies à la main pour faire un kilo d'essence ?

Cueilleuses gitanes de roses bulgares à Shipka
Cueilleuses gitanes de roses bulgares à Shipka
- Dominique Roques

2 - La Lavande

La lavande fait partie intégrante du patrimoine de la Provence, et par extension de celui de la France. Avant de la cultiver, on allait vraiment la cueillir. C'était une plante spontanée, comme le thym et le romarin. Les habitants allaient la cueillir sur les pentes de la montagne de Lure ou encore les pentes du mont du Bas du Ventoux, car la lavande ne pousse qu’en altitude.

Cependant, à la fin du XIXe siècle, l'odeur de lavande plaît tellement que l'industrie grassoise en veut de plus en plus, pour en mettre dans ses parfums. La cueillette ne suffit plus, il faut planter de la lavande.

Avant la Première Guerre mondiale, on encourage tous les paysans du secteur à planter des champs de lavande. Les plantations ne sont pas tout à fait en montagne, mais plus bas dans la vallée. La qualité de la lavande est modifiée. Elle devient un peu moins fine, tout en restant un très beau produit.

Dans un même temps, des distilleries presque industrielles commencent à se monter à Saint-Étienne des Orgues, Sault, etc. C'est tout un pays qui se met à vivre de la lavande.

Pour Dominique Roque, la lavande est l'exemple typique d’un produit naturel victime de son succès. Il rappelle qu’aujourd’hui lorsque l’on se balade en Provence, les champs magnifiques que l’on voit à perte de vue ne sont pas de la lavande. C'est en fait en majorité du lavandin, un hybride de lavande, qui bénéficie d’un meilleur rendement. Cette plante accepte d'être moins haut en altitude, d'où la possibilité de couvrir les plateaux cultivables. La lavande, pousse toujours en montagne dans cette région, à l'état sauvage.

Pour autant, l’odeur du lavandin est très différente : il a une odeur de camphre que n'a pas la lavande et que tous les gens un peu familiers de ces sujets reconnaissent immédiatement.

3 - Le Jasmin

Le jasmin est originaire des pieds de l'Himalaya. Il est transporté et développé par les marchands arabes qui parcourent le tour de la Méditerranée. Il va s'implanter au passage en Italie, sur la côte d’Espagne, et puis en France, à Grasse.

Dès le XVIIIᵉ siècle, on développe des hectares de plantations de jasmin à Grasse, alors même que le parfum du jasmin est difficile à capturer. Aujourd'hui. C'est le sud de l'Inde, le Tamil Nadu et l'Egypte qui se partagent la production des absolus de jasmin dans le monde.

Comme pour la rose, deux méthodes se succèdent pour capter l'odeur du jasmin. Les Grecs et les Romains ont découvert en premier l'enflure, la capacité des corps gras à extraire le parfum des fleurs. Les Grassois ont perfectionné cette technique antique en étalant de la graisse animale sur des châssis en verre pour laisser les fleurs infuser dedans. Ces graisses étaient raffinées pour obtenir l'absolu de jasmin.

Mais au début du XXᵉ siècle, les progrès scientifiques ont permis d'extraire le parfum des fleurs avec des solvants organiques.

4 - Le Patchouli

Le patchouli a des origines à les fois indiennes et chinoises. Ce sont les migrants chinois qui vont apporter la plante avec eux dans les colonies anglaises de Malaisie, Singapour.

Victime de son succès en Europe, la production commence à se développer pour extraire son essence. C'est en Indonésie, sous la houlette de négociants chinois, que le patchouli va se développer.

Aujourd’hui encore, 90 % de la production de patchouli reste en Indonésie. De nombreux pays ont essayé de s'emparer de ces marchés sans jamais y réussir...

5 - La Bergamote

L'essence de bergamote est un produit assez noble et assez coûteux. Elle est cultivée essentiellement en Calabre, pour des raisons de climat et de terroir. Ce fruit au goût amer, aux couleurs assez fade devient populaire grâce à l’eau de Cologne, inventé par les Italiens en 1709. Dans ce parfum, la bergamote explose. C'est la naissance des fameuses notes de tête des agrumes.

C’est le début de la parfumerie moderne, on commence à assembler des huiles essentielles dans de l'alcool. La distillation est remplacée par le pelage. L'essence est désormais capturée grâce à des machines très élaborées qui, au fil du temps, de plus en plus performantes, qui vont percer ces écorces et en récupérer l'essence par centrifugation.

6 - La Vanille

La vanille trouve son origine au Mexique. Cette plante a d’emblée fasciné les occidentaux, qui ont essayé de la faire voyager. Mais à la surprise générale, les vanilles qui poussent ailleurs qu’au Mexique ne produisent pas les précieuses gousses.

Il a fallu du temps pour qu'on comprenne le problème. On a finalement découvert que les fleurs de la liane en Amérique centrale étaient pollinisées naturellement par une espèce endémique de mouche. Sans pollinisation, la gousse ne pousse pas. C’est finalement un adolescent d’une quinzaine d’années, descendant d’esclave qui a trouvé une solution. Il faut mettre en contact manuellement l'organe mâle et femelle de la fleur pour qu'elle soit fécondée et qu'elle donne des gousses.

Encore aujourd’hui, chaque fleur est pollinisé à la main dans les plantations de vanille. C’est un travail gigantesque qui nécessite une attention extrême. Après cette manipulation délicate, il faut encore s’occuper de la maturation et du séchage de la gousse. Lorsque l’on la récolte, elle est verte. Il faut laisser les processus enzymatiques se développer en alternant le séchage à l'ombre et le séchage au soleil. Il y a aussi tout un travail de dressages des gousses et de classement par couleur, par odeurs, par longueur. Tout ceci représente un travail phénoménal.

Pour aller plus loin

LIRE

Cueilleur d'essences de Dominique Roque qui vient de paraitre en livre de poche

Les extraits sonores

  • La rose de Kelâat M'Gouna au Maroc
  • "Invitation au voyage" (ARTE - 2019)
  • Reportage au Salvador sur la collecte du baume Pérou (2018)
  • L'or bleu de Haute Provence. Lavande et Lavandin Office de Tourisme Provence Alpes Digne les Bains réalisation : Jean-Claude Flaccomio / prod WeGo productions
  • capter l’odeur du jasmin à Grasse ( 1950 )
  • Archive Grasse 1950
  • France 2 JT 13H00 04/02/2021
  • Reportage 7 à 8 sur TF1
  • Bertrand Duchauffour, parfumeur

La programmation musicale

  • AIR - Cherry blossom girl
  • DONNA BLUE - Solitaire
  • La femme - Sacate la
Références

L'équipe

Daniel Fiévet
Production