En Amérique du Nord sur la piste des peuples autochtones

Chef Joseph, de son vrai nom Hinmaton-Yalaktit ou Hin-mah-too-yah-lat-kekht
Chef Joseph, de son vrai nom Hinmaton-Yalaktit ou Hin-mah-too-yah-lat-kekht ©Getty - History Archive/Universal Images Group
Chef Joseph, de son vrai nom Hinmaton-Yalaktit ou Hin-mah-too-yah-lat-kekht ©Getty - History Archive/Universal Images Group
Chef Joseph, de son vrai nom Hinmaton-Yalaktit ou Hin-mah-too-yah-lat-kekht ©Getty - History Archive/Universal Images Group
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Iroquois, Sioux, Navajos... Du Canada à l’Arizona en passant par le Dakota, la journaliste Marie-Hélène Fraïssé nous emmène à la rencontre de ceux que l’on a injustement nommés les Indiens.

Juste après avoir débarqué aux Bahamas, Christophe Colomb note dans son journal à propos des habitants de l’île :

« Ils n’ont pas d’arme, ils vont nus, et n’ont aucune disposition pour la guerre. Ainsi sont-ils faits pour être commandés et pour travailler ».

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L’état d’esprit des explorateurs européens qui suivront et débarqueront en Amérique du Nord sera le même.

Un peu plus de 500 ans plus tard le « Columbus day » jour férié aux états unis revient chaque année pour célébrer l’arrivée de l’illustre navigateur. Mais pour les amérindiens, il n’y a rien à fêter ce jour-là. Pour eux ce que l’on a appelé « la découverte du nouveau Monde » marque le début d’une « grande invasion ». L’histoire nous a peu été racontée de leur point de vue. Les Indiens avaient rarement le beau rôle dans les westerns.

Le temps d'un bivouac
54 min

Depuis plus de 40 ans la journaliste Marie-Hélène Fraïssé s’intéresse à la situation de ces peuples autochtones et à leur histoire. Elle a tendu son micro aux Iroquois au Canada, aux Sioux dans le Dakota ou encore au Navajos en Arizona. Elle a fait résonner  leurs voix et leurs combats dans les différentes émissions qu’elle a animées sur France Culture.

Autrice de plusieurs ouvrages de références sur ce sujet elle vient de publier un livre très accessible intitulé « Western, une autre Histoire » aux éditions Bayard.

Cet après-midi Marie-Hélène Fraïssé nous emmène à travers l’Amérique du Nord écouter la parole de ses peuples autochtones.

EXTRAITS DE L'ENTRETIEN

Les pensionnats pour acculturer les Indiens

Depuis quelques années, sont évoqués dans les médias ces pensionnats où étaient placés de force de jeune Indiens pour leur inculquer de force la culture américaine ou canadienne. Marie-Hélène Fraïssé raconte : "Je le savais depuis longtemps puisqu'il suffisait de parler avec les gens, et ils l'évoquaient. J'ai rencontré d'anciens pensionnaires qui éclataient en sanglots. Il y a eu des milliers, et peut-être des centaines de milliers d'enfants qui ont été maltraités, et arrachés à leur famille.

Ces pensionnats ont commencé à la fin du XIXe siècle. Leur but était de "civiliser les petits Indiens." On prenait les enfants à leurs parents. Puis cinq ans plus tard, on les ramenait à leurs parents. On les acculturai. On leur a coupé les cheveux, on leur a interdit de parler la langue. Ils n'ont pas toujours été maltraités physiquement, mais ils ont été violentés puisqu'ils sont coupés de leur famille, privés de relation affectueuse parentale, et éloignés de leurs frères et sœurs. Quand on les rend à leur famille, ce sont des êtres détruits qui vont se réfugier dans l'alcool, ou la drogue.

Et puis il y a eu ces spoliations. Vous êtes chez vous. Et tout à coup, une personne inconnue arrive et vous dit : "Maintenant, ici, c'est chez moi". Aujourd'hui, les premiers habitants de l'Amérique, sont ultra minoritaires dans leur propre pays. Le problème va être long à régler."

Massacre de wounded Knee

Au cours de l'émission, Marie-Hélène Fraïssé a évoqué, l'arrivée des colons d'Europe, les relations avec les Indiens, les contaminations… Parmi les évènements entre blancs et autochtones, il y a eu les massacres. "L'un des plus célèbres d'entre eux s'est déroulé dans le Dakota du Sud. C'est le massacre de Wounded Knee. Il a lieu à la fin décembre de l'année 1890. On est vraiment dans cette période que racontent les Western. Mais la réalité est beaucoup moins glorieuse pour les autorités américaines de l'époque.

Une troupe de Sioux qui venait du Nord du Dakota était en principe accompagnée par l'armée puisqu'on déplaçait les populations en leur disant : "on va vous emmener dans un endroit où vous serez bien, on vous donnera des terres, vous aurez des maisons…" À chaque fois, c'était le même bobard !

La troupe était composée de femmes, d'enfants, de personnes âgées et de quelques jeunes hommes à l'âge adulte. Les soldats se méfiaient énormément et à un moment, on a compris que les jeunes guerriers avaient des armes cachées. Donc, il y a eu un clash. Et là, la fusillade a tragiquement dégénéré. Les mitrailleuses ont opéré et ça a été un massacre absolu. Près de 350 Indiens ont été tués, dont plus d'une centaine de femmes et d'enfants. C'est un crime de guerre des guerres indiennes.

Pourtant, à l'époque, les soldats américains qui s'étaient livrés à ce massacre ont été récompensés, décorés. Une vingtaine d'entre eux ont reçu des médailles. Aujourd'hui, il existe un mémorial aux Wounded Knee. C'est une rivière et sur le site ou a eu lieu ce massacre, il y a un mémorial qui est devenu un lieu emblématique.

C'est très poignant. J'y suis allée et il y a une photo. Il y a eu une fosse commune et tous les noms sont inscrits. Parmi eux, beaucoup sont d'origine française comme beaucoup de ces Sioux avaient d'abord rencontré des Français. Il y avait eu des mariages, des enfants étaient nés de ces rencontres. Parmi les victimes de Wounded Knee, on trouve des noms français Lafleur…

130 ans après ce massacre est toujours dans les têtes et alimente une rancœur, une animosité contre les Blancs.

Ça ne se résout pas en une ou deux générations ! En visitant les communautés amérindiennes ou en visitant les communautés afro-américaines, c'est que ce choc du contact ne se résout pas en une génération. Il y a vraiment une douleur et une révolte et une indignation transgénérationnelle. Et aussi un mal-être. Ce qui est compréhensible quand vous vivez dans un pays où l'on vous chasse de chez vous, où l'on tue une partie de votre population, où l'on ne respecte aucun des traités..."

La suite est à écouter...

A lire:

Les extraits sonores

  • Film Le grand passage de Kenneth Roberts
  • un indien chante la chasse aux caribous La matinée des autres  France Culture 16/01/1979
  • La matinée des autres Le peuple du caribou : les Indiens montagnais du Québec France Culture 16/01/1979
  • Régent Sioui sociologue , dans la réserve de Wendaké - Village des Hurons:

On continue à se faire piller, ils prennent nos terres, nos rivières nos lacs, j’ai été devant la cour suprême et battu le gouvernement sur son propre terrain

  • La matinée des autres Hurons wendat : la longue marche du sauvage France Culture 26/12/1995
  • Un chef Creek , Speckled Snake (XIXème siècle )
  • Les Indiens d'Amérique du Nord Les après-midi de France Culture 14/06/1973
  • Jacques CARTIER, voyages au Canada 1534-1541
  • France Culture - Roue libre : 04/01/1982 - Jessie Joe : Indienne Tuchoni (Yukon. ) âgée de 90 ans, témoigne de la rencontre avec les blancs de son père, tel qu'il la lui a racontée.
  • L'usage du monde du 25 octobre 1998 France Culture Marie-Hélene Fraissé
  • L'usage du monde du 25 octobre 1998 France Culture Marie-Hélene Fraissé
  • Extrait**« la conquête de l’ouest »** d’ Henry Hathaway, John Ford et George Marshall, 1962.
  • Témoignage de Russel Means en 1976
  • Sherman Alexie , écrivain amérindien L'usage du monde: France Culture 25/01/1998

La programmation musicale

MC SOLAAR - Nouveau western

EMILY LOIZEAU - Celle qui vit vers le sud

JONATHAN JEREMIAH - Horsepower for the streets