Yogi lisant un texte sacré lors du Festival de Pushkar en Inde en 1990 ©Getty - Gérard SIOEN
Yogi lisant un texte sacré lors du Festival de Pushkar en Inde en 1990 ©Getty - Gérard SIOEN
Yogi lisant un texte sacré lors du Festival de Pushkar en Inde en 1990 ©Getty - Gérard SIOEN
Publicité
Résumé

Le mot yoga apparait dans la langue française dès 1825. C’est une discipline mentale et corporelle qui provoque dans les tourbillons de notre conscience un état d'arrêt bienfaisant. A l'origine, en Inde, le yoga est une voie de libération.

En savoir plus

-Une exposition ouvre au Musée Guimet de Paris autour des représentations anciennes du yoga et des yogis. Emile Guimet, l'industriel grand voyageur et collectionneur ouvrit ce musée des arts asiatiques en 1888.

C'était une époque où la curiosité pour l'Asie s'accompagnait d'une fascination pour toutes les formes d'ésotérisme. Mais la découverte du yoga en France est antérieure et s'inscrit dans un autre climat : celui de la découverte, empreinte de respect, de l'univers du sanskrit.

Publicité

Le mot yoga apparait dans la langue française dès 1825 .C’est une discipline mentale et corporelle qui provoque dans les tourbillons de notre conscience un état d'arrêt bienfaisant. Les yogis le transmettent. Le mot apparaît en français en 1828.

A l'origine, en Inde, le yoga est une voie de libération que dessinent à leurs disciples des ascètes, des renonçants.

-C'est à eux qu'est d'abord consacrée l'exposition de Guimet.

Nos actions ont des conséquences. Selon qu'elles sont bonnes ou mauvaises, elles nous promettent une renaissance, dans une autre vie, plus ou moins heureuse. L'ascèse offre un moyen de réduire l'enchaînement des causalités.

Elle s'appuie sur le yoga. Tenir des positions corporelles stables, héritées de toute une sagesse, permet de développer la conscience de soi, de se désolidariser de ses affects et de s'abandonner à ce qui nous dépasse et nous traverse.

Le yoga en Inde, comme chez nous la littérature mystique, a fait avancer l'autonomie de qui le pratique. En conséquence, les yogis vont souvent se sentir comme une instance critique de la société dominante, l'indienne mais aussi l'occidentale.

-Au XXe, d'un côté on les voit appeler en Inde à une réforme des comportements corrompus par la colonisation et de l'autre, à s'imaginer une mission en Occident.

Si les dieux ont constitué une sagesse immémoriale avec l'indépendance de l'Inde qu’il lui faut retrouver, il importe aussi que ce trésor passe les mers. Il n'est pas exagéré de dire que quelques maîtres ont eu en la matière une vraie stratégie d'exportation. On peut être des ascètes, des hommes de la soustraction et en même temps de l'addition des disciples dans le vaste monde.

C'est sur les États-Unis qu'ils fixent par priorité leur intérêt. Dans le grand découpage imaginaire entre un Occident technicien et matérialiste et un Orient tout de gratuité, c'est aux États-Unis sans doute que l'esprit de compétition, la dispersion mentale recouvrent le plus la conscience de soi.

En 1920, un premier maître, Yogananda, s'établit à Los Angeles où il trouve un climat favorable. En 1946, son « Autobiographie d'un yogi » commence son parcours de bestseller, mieux de longseller de la spiritualité.

Plus tard, en 1969, Satchidananda ouvrira le festival de Woodstock. C'est un ascète d'un nouveau style qui n'hésite pas à porter une montre et à conduire une voiture pour arriver à l'heure à ses enseignements.

-Le yoga se généralisant, se délie de ses origines ?

On peut même dire que des maîtres en s'exportant et puis en revenant, modifient a posteriori les origines du yoga quand ils les retrouvent en Inde.

Certains finissent par se sentir de plus en plus proches d'autres esprits mystiques d'autres religions. Vivekanda arrive à Chicago au moment d'une exposition universelle, imagine un Parlement des religions Sivananda se sent très proche du Notre Père chrétien.

Cependant, la tendance la plus forte n'est pas le rapprochement avec d'autres spiritualités, si tant est que ce mot ait un sens mais le détachement de la spiritualité.

-D'une discipline religieuse, le yoga devient de plus en plus une promesse de bien-être. Ce sera le thème du colloque qui accompagnera début mars l'exposition de Guimet.

Dans le yoga, le travail du corps n'avait pas de sens par lui-même. Il ne s'agissait pas tant d'être souple que d'effacer les tensions qui empêchent la souplesse.

Le souci du corps pour lui-même occupe de plus en plus d'espace au point dans certains yogas -il faut toujours dire le mot au pluriel- de devenir le lieu d'une performance qui rétablit l'esprit de compétition.

Dans le bikram yoga, est-ce encore du yoga ? -vous répétez 26 positions jusqu'à plus soif- c'est le cas de le dire puisque vous vous tenez dans une pièce surchauffée à 40 degrés... C'est le yoga hot avec un vocabulaire éloigné du sanskrit : stress, douche.

-Et où sont les yogis dans cette nouvelle configuration ?

L'écrivain Arthur Koestler au tout début de la vogue du yoga opposait le yogi, levier de l'émancipation de soi, et le commissaire, délégué d'un pouvoir économique ou politique qui resserrait son emprise. Maintenant, le yoga s'est professionnalisé. Il connait l'extension du domaine des professeurs.

D'un certain point de vue, c'est rassurant. La sortie de la spiritualité, c'est aussi la sortie de la marginalité.

-Yoga. Ascètes, yogis, soufis, la nouvelle exposition du Musée national des arts asiatiques-Guimet jusqu'au 2 mai à Paris

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production