L'archevêque de Lille Laurent Ulrich célèbre la messe de Pâques le 12 avril 2020
L'archevêque de Lille Laurent Ulrich célèbre la messe de Pâques le 12 avril 2020
L'archevêque de Lille Laurent Ulrich célèbre la messe de Pâques le 12 avril 2020 ©AFP - JULIE SEBADELHA / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
L'archevêque de Lille Laurent Ulrich célèbre la messe de Pâques le 12 avril 2020 ©AFP - JULIE SEBADELHA / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
L'archevêque de Lille Laurent Ulrich célèbre la messe de Pâques le 12 avril 2020 ©AFP - JULIE SEBADELHA / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
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Résumé

Le pape a nommé un nouvel archevêque à Paris, après consultation et accord avec le président de la République. 

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Le Figaro l'annonçait dès la semaine dernière. Le journal était bien informé. Était-il en revanche bien intentionné quand il s'alarmait : cette nomination ne devrait pas intervenir officiellement, disait-il, avant le second tour de la présidentielle. Au moment où le vote du petit reste des catholiques pratiquants a bondi vers l'extrême droite, le choix de Monseigneur Ulrich, nouvel archevêque de réputation progressiste, risquait, parait-il, d'être mal compris.

Choix que le journal attribuait aussi à Emmanuel Macron : le pape et lui, décidément, n'aiment pas les nationalistes. Mais il est difficile à l'archevêque de Paris de se tenir éloigné du pouvoir politique!

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Un excellent livre issu d'un collectif d'historiens vient de paraître, chez Belin, consacré à Notre Dame. Cathédrale dans la ville mais, avec le temps, devenue sanctuaire national . Guillaume Cuchet y propose une excellente formule: « La cathédrale c'est la paroisse de l'histoire de France. Et, en conséquence, l'archevêque est le curé de l'histoire de France. »

La Notre Dame gothique, le quatrième ou le cinquième édifice bâti sur l’île de la Cité, se construit quand le roi capétien Philippe-Auguste fait de Paris sa capitale. Progressivement la scénographie des cérémonies s'y organise autour des statues des rois A partir du XVIIème, les Te Deum s'y multiplient pour célébrer les grands événements qui concernent le pays.

Il faut la Révolution française pour que la cathédrale n'en soit plus le lieu naturel. Le 14 juillet 1790, pour la fête de la Fédération, le Champ de Mars est choisi pour tenter de figurer son unité. Déjà. La déchristianisation qui suit lui fera déposer ses lettres de prêtrise en même temps que seront abattues les statues des rois dans la cathédrale. En 1791, le clergé est révolutionné par la Constitution civile, adoptée par les députés, sans concertation avec le pape. Ses membres doivent prêter un serment que l'archevêque refuse. Un évêque constitutionnel est élu. La nef devient un entrepôt de vin pour les armées.

Mais pas longtemps : une association de chrétiens adhérents à la Constitution civile, animée par l'évêque Grégoire, récupère une partie de l'édifice. Il faut imaginer qu’à partir de 1795, on y célèbre à la fois la messe, le culte théophilantropique - une secte issue des Jacobins - et les decadis, substituts du dimanche dans le calendrier révolutionnaire. Pour continuer à parler en latin, alors menacé ,on dira que Notre Dame est devenue un simultaneum. Jusqu'au rapprochement de Bonaparte et du pape célébré par un Te Deum, encore un, en 1802, avant le sacre de1804.

La révolution de 1830 et plus tard la Commune réveilleront provisoirement les dissensions autour de Notre Dame. En1831, le palais de l'archevêque Monseigneur de Quelen sera incendié, ses livres et ses confitures jetés à la Seine. Monseigneur Darboyc, son lointain successeur, sera fusillé par les communards. Mais cette confrontation bloc contre bloc n'est pas dominante.

Notre Dame est plutôt le lieu naturel d’une sorte de religion civile française.

C'est encore une formule de Guillaume Cuchet dans le livre collectif de Belin. L'organisation des cérémonies de deuil d'après 1918 y est pour beaucoup.

L'époque de Vichy n'introduira qu'un trouble momentané. En avril 1944, le cardinal Suhard, l'archevêque de l'Occupation, avait accueilli dans la cathédrale le maréchal Pétain, puis en juillet 1944 le catafalque de Philippe Henriot, propagandiste de la collaboration exécuté par la Résistance. C’en était trop pour les représentants catholiques de celle-ci qui, en août, le prièrent de rester dans sa demeure quand fut entonné le Magnificat de la Libération en présence du général de Gaulle.

Mais dès le 9 mai 1945, on fit semblant de se réconcilier: c'est Suhard qui présida le... Te Deum de la victoire ! Et depuis s'enchaînent les cérémonies officielles sans plus de réticence. Guillaume Cuchet traduit patrimoine depuis le latin : montre, ce qui fait penser aux aïeux, padres.

Quand prévoyez-vous le prochaine Deum ? Eh bien en principe en 2024. Pour les J.O. Non, soyons sérieux. Pour la réouverture d'une première partie de Notre Dame, Mgr Ulrich sera en compagnie d'Emmanuel Macron. On peut penser qu'il se sera intéressé de plus près au chantier que son prédécesseur. « Il est bien âgé », murmure Le Figaro. Mais avant sa retraite, en principe à 75 ans bien sonnés, il aura à cœur de veiller au respect du calendrier promis par le président de la République.

Notre Dame, une cathédrale dans la ville, sous la direction de Boris Bove et Claude Gauvard, Belin

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Jean Lebrun
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