Alice Guy-Blaché interviewée par François Chalais pour l'émission "Cinépanorama" en 1957
Alice Guy-Blaché interviewée par François Chalais pour l'émission "Cinépanorama" en 1957 ©Getty - Gérard Landau / Ina
Alice Guy-Blaché interviewée par François Chalais pour l'émission "Cinépanorama" en 1957 ©Getty - Gérard Landau / Ina
Alice Guy-Blaché interviewée par François Chalais pour l'émission "Cinépanorama" en 1957 ©Getty - Gérard Landau / Ina
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"Mademoiselle Guy", comme on a dit longtemps, était la secrétaire de Léon Gaumont et elle avait le don d'imaginer des histoires. Elle dit à Gaumont qu'on pouvait aller au-delà des documentaires façon Lumière et il la laissa faire. Les trucages la passionnent. La couleur ne lui fera pas peur.

-"Enfin le cinéma!"... Une exposition ouvre au musée d'Orsay, consacrée au cinéma des origines. Alice Guy en est un des personnages importants. D'ailleurs Orsay il y a dix ans avait présenté un cycle en son honneur. De leur côté, Catel et Bocquet publient sur elle une biographie dessinée chez Casterman.

Mademoiselle Guy, comme on a dit longtemps, était la secrétaire de Léon Gaumont. 

Et elle avait le don d'imaginer des histoires. Elle dit à Gaumont qu'on pouvait aller au-delà des documentaires façon Lumière et il la laissa faire.

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Son premier film date de 1896. Il est tourné sur une terrasse de Belleville, avec en guise de décor un drap peint. Des menuisiers ont fabriqué des choux en bois d'où vont sortir des bébés que la Fée aux choux va exposer à la vente. Mademoiselle Guy avait sur la maternité des idées bien à elle. Comme sur bien d'autres sujets. Par exemple, elle était suffragette. Elle représentera une ville où les hommes vaquent au ménage pendant que les femmes les houspillent. Cela s'appellera Après le féminisme.

En attendant, elle devient responsable de la production chez Gaumont. Ainsi, c'est elle qui embauche Louis Feuillade.

Quand elle dirige les acteurs, elle leur recommande le naturel plutôt que l'outrance. Les trucages la passionnent. La couleur ne lui fera pas peur non plus que la longueur. Sa Voie du Christ qui tient davantage du péplum que de l'Evangile durera 35 minutes.

-Au bout d'une douzaine d'années de bons et loyaux services à Paris et alors qu'elle paraissait indispensable, Gaumont l'envoie aux Etats-Unis.

A-t-elle fait des jaloux ? Elle suit là-bas un autre employé de la maison qu'elle épouse : Herbert Blaché

Il est présenté tour à tour comme directeur d'une agence Gaumont à l'étranger, comme opérateur voire réalisateur. En tout cas, Gaumont demande au couple de développer outre-Atlantique le chronophone qui permet de synchroniser l'image et le son et de réaliser des vidéo clips avant la lettre avec les vedettes de l'époque - Mayol, Dranem...

Le couple va bientôt fonder son propre studio, dans le New Jersey. La Solax : plafond amovible, clavier de lumières. En 1912, Alice y tournera "L'imbécile avec son argent" dont toute la distribution sera noire. "Il a bien fallu faire ainsi, observe-t-elle, dans ce drôle de pays où les acteurs blancs ne veulent pas travailler avec des noirs...".

15 min

Elle aime les risques. Quand, chez elle, un bateau explose, c'est un vrai bateau et pas une maquette. Herbert Blaché manquera y perdre la vie. Je signale sa disponibilité parce que, dorénavant, on va dire du mal de lui.

En effet, il plante là Alice qui ne va pas pouvoir garder le studio qui fera faillite en 1920.

Remarquez que dans leur livre, Catel et Bocquet ne l'accablent pas. Une page s'est tournée. Herbert est parti avec une actrice : c'est en effet le règne des actrices qui commence. Il est parti à Hollywood et en effet c'est sur la côte ouest que cela se passe maintenant. Alice Guy ne s'y fera pas. Non plus qu'elle ne retrouve de place en France à son retour. 

Elle mourra dans l'oubli à 94 ans en 1968

-Oubliée par les artisans du cinéma, ses contemporains ?

On a pris l'habitude de dire : par les historiens du cinéma. Il faut dire que la plupart de ses films ne lui étaient plus attribués et qu'elle-même en avait peut-être récupéré... deux et demi.

Elle avait cependant reçu la Légion d'honneur en 1955 et quelques esprits libres s'étaient pris d'intérêt pour elle. Bocquet rend hommage à Francis Lacassin qui publie un premier article en 1971. En 1993, c'est Victor Brachy qui publie un livre. La petite fille de la cinéaste réalise le premier documentaire en 1993. Ensuite Pamela Green se rend indispensable avec un autre documentaire puis un biopic : c'est elle qui co-signe la notice du catalogue de l'expo d'Orsay.

-Dans le XIVème arrondissement de Paris, sur le site de l'ancien hôpital Broussais, la plaque Place Alice Guy-Blaché signale : "première réalisatrice de film".

4 min

En réalité n'est pas facile d'identifier les rôles dans les débuts du cinéma. On l'a vu pour Herbert, il occupait plusieurs fonctions. Pareillement pour sa femme. 

On a comparé les studios des origines aux ateliers des peintres de la Renaissance constitués d'innombrables collaborateurs autour de quelqu'un qui produit les idées, les gestes.

Des marxistes diraient en conséquence qu'il ne suffit pas de retrouver Alice Guy mais qu'il faudrait parler aussi de toutes celles qui travaillaient dans les studios, à tous les niveaux mais le féminisme, pour l'heure du moins, a besoin de s'appuyer sur la notion d'Auteur avec un A majuscule pour qu'il y ait enfin des autrices comme Alice Guy.

Bande dessinée : Alice Guy de Catel et Bocquet chez Casterman 

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L’exposition Enfin le cinéma ! Arts, images et spectacles en France (1833-1907) au Musée d’Orsay