Les vignes de Montmartre à Paris en septembre 1952 ©Getty - Keystone-France
Les vignes de Montmartre à Paris en septembre 1952 ©Getty - Keystone-France
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Résumé

En matière de vins, l'Île-de-France disposait jadis de beaucoup d'atouts qui peuvent se reconstituer. Des pentes et des versants souvent bien exposés, de riches engrais fournis par la voirie urbaine et surtout Paris fournissait une clientèle variée.

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-Il est des régions de France où on avait oublié les vendanges. Pourtant, en 1900, en Île-de-France par exemple, la vigne n'appartenait pas encore au passé et en 2021, elle devient prometteuse pour l'avenir.

Il est vrai qu'en matière de vins, l'Île-de-France disposait de beaucoup d'atouts qui peuvent se reconstituer

Des pentes et des versants souvent bien exposés. Qu'on pense au Mont Valérien à Suresnes qui est d'ailleurs un des lieux de la renaissance francilienne du vin. La Montagne Sainte Geneviève était tapissée de vignes avant que n'y poussent les universités.

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N'oublions pas le rôle des riches engrais fournis par la voirie urbaine. Aujourd'hui l'œnologie nous bassine avec ses discours : « ici on va vers la myrtille, là vers le cassis ». Parlons aussi et d'abord des vertus des boues fétides.

Surtout Paris fournissait une clientèle variée. Des tables royales et princières aux innombrables cabarets et guinguettes.

A l'apogée du vignoble d'Île-de-France au XVIIIème, Lavoisier calcula que le Parisien buvait pas loin de 150 litres de vin par an et lui consacrait plus de dépenses qu'à son pain.

Mais le petit vin blanc sous la tonnelle était souvent aigrelet...

On parlait de vin à deux oreilles : pendant que vous le consommiez, vous secouez la tête tant il était mauvais...

Mais on ne lui laissa pas le temps de s'améliorer comme pour d'autres vignobles du pays.

L'industrialisation, l'urbanisation disputèrent leur place aux vignobles. Et aussi, on n'y pense pas spontanément, le maraichage. On replante de la vigne sur le campus de l'université de Villetaneuse : elle avait avant disparu de ce qu'on appelait la plaine de Vertus depuis que les légumes et les fruits l'avaient supplantée, qu'on portait chaque matin dans la capitale par la plaine Saint-Denis.

Il y eut aussi la concurrence, facilitée par le rail, des vins du Languedoc. Et l'épreuve du phylloxera - qui toucha aussi ces derniers, d'ailleurs.

La Grande Guerre portera le coup de grâce. Dès 1916, l'excellent chasselas de Thomery, Seine et Marne, n'est plus crié sur les marchés parisiens.

N'ont survécu que quelques parcelles minuscules et résiduelles. Mais la demande peut facilement revenir.

Il ne faut pas accorder à la date de 1933 davantage d'importance qu'elle n'en a. Tout de même, cette année-là, des spéculateurs voulaient construire un immeuble de cinq étages rue Saint Vincent sur la pente de Montmartre. Une résistance s'organisa autour d'artistes comme Poulbot qui avaient œuvré dans les parages.

Et une configuration se dessina qu'on retrouve aujourd'hui dans toutes les opérations de replantation.

Pour que le vignoble puisse renaitre, il faut le soutien des politiques. En 1933, à Montmartre, les conseillers municipaux de Paris donnèrent de la voix et le président de la République y alla de son compliment. Il s'appelait Lebrun et, à titre personnel, se montra toujours favorable au vin. Aujourd'hui, proposez de replanter à Paris et en région parisienne comme la réglementation le permet de nouveau depuis 2016 vous êtes assurés de mettre pour une fois d'accord Valérie Pécresse et Anne Hidalgo.

Notez que vous fédèrerez aussi les carnivores et les végétariens. Et même les végans si vous prenez quelques précautions comme pour le vin casher.

La spirituosité - de spiritueux, c'est la spiritualité de demain. Un proverbe disait que travailler la vigne du Seigneur c'est faire l’amour. C'est en tout cas permettre l'harmonie. Précieux par les temps qui courent.

Et puis le réchauffement climatique permet de faire remonter la vigne vers le Nord.

Bon, le réchauffement est d'abord un dérèglement. Les épisodes de canicule et de sècheresse auront des effets en Île-de-France comme ailleurs.

Ce qui peut se passer, c'est que les vins des autres régions ne ressemblent plus en 2050 à ce qu'ils étaient en 2000.

Aucun risque avec les futurs vins de l'Île-de-France.

Il n'y aura pas de terme de comparaison. Et de toute façon nous avons déjà perdu tout sens critique à leur sujet avant même qu'ils ne prennent forme.

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production