François Sureau à Paris en 2013
François Sureau à Paris en 2013 ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages
François Sureau à Paris en 2013 ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages
François Sureau à Paris en 2013 ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages
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L'Académie française a reçu le jeudi 3 mars l'écrivain François Sureau. L'objet d’un discours de réception d'académicien, c’est l’éloge de son prédécesseur. Il s’agissait de Max Gallo, grand historien de la Nation. Ça tombait bien le grand sujet de François Sureau, c’est la France.

-Le jeudi, c’est le jour de plus grande activité de l’Académie française. Elle a reçu l'écrivain François Sureau. Vous y étiez. L'objet d’un discours de réception d'académicien, c’est l’éloge de son prédécesseur. Il s’agissait de Max Gallo, grand historien de la nation. Ça tombait bien le grand sujet de Sureau, c’est la France.

Par temps de paix et plus encore par temps de guerre. Sureau, c'est Cadet Rousselle, il a habité beaucoup de maisons, du Conseil d'Etat au barreau. Mais il a consacré peut-être le quart de ses nombreuses vies à l’armée. Colonel de réserve de la Légion étrangère, il a trouvé tout à fait naturel jeudi, que la Garde Républicaine lui rende les honneurs à son entrée sous la Coupole, en habit vert.

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Les meilleurs militaires ne désirent ni n’aiment la guerre - c’est le cas de Sureau. Il a cité Max Gallo auquel il succède au 24ème fauteuil de l’Académie :"L’histoire, ça se passe généralement mal...". Alors, la guerre, une fois le premier moment d'excitation passé !

Ça se passe encore moins bien depuis le début du XXème siècle. La guerre d’Ukraine a déjà ceci de commun avec le premier conflit mondial qu’elle touche de suite les civils. Avant 1914, les victimes des guerres étaient peut-être à un cinquième des victimes civiles. Celles-ci sont devenues majoritaires.

Or, a affirmé Sureau, je suis comme Gallo du côté du grain qu'on broie et pas du côté des machines qui battent.

-Et pourtant il serait un poète militaire. Ça peut exister, un poète  militaire ?

Je sens que vous pensez immédiatement aux écrivains grands bourreurs de crâne de la guerre de 14.

On peut songer aussi aux toiles qu’au Musée d’histoire de France de Versailles Macron montrait à Poutine il y a quelques années. Horace Vernet par exemple dont Baudelaire disait, "C'est un peintre militaire" : deux mots pour lui antinomiques. Dans les salles d’Afrique du musée de Versailles, on conserve  de Vernet sa Prise de la Smala d'Abd el-Kader. 26 mètres de long. Baudelaire impavide maintenait : « c’est un petit tableau. »

Oui mais il y a eu Apollinaire qui accompagne Sureau depuis des décennies. Venu d’un pays lointain, ayant soupiré longtemps après sa naturalisation, il fut si heureux de pouvoir porter l'uniforme français en 14 qu’on peut dire, oui, le soldat en lui a été le poète. Lui qui avait toujours rué dans les brancards a accepté la discipline dès lors qu’elle se vivait dans le risque partagé de la mort. Pour Apollinaire, la vie militaire- il n’a pas connu vraiment celle, exténuante des tranchées, fut sœur de rêve de l'aventure. C’était toujours ça de pris avant qu'en effet cela se termine mal.

Sureau aime Apollinaire parce qu'étranger, il a choisi la France. Comme Max Gallo, né de parents italiens, il s'est persuadé en effet que la France est un pays plus digne d'être aimé qu’un autre.

Un discours académique, ça se prépare longtemps à l’avance. J'aurais aimé l'entendre commenter le cas de conscience que se sont posé quelques-uns de ses chers légionnaires au moment précis où il parlait. Ukrainiens d’origine, ces jeunes hommes songeaient à rejoindre leur pays mais l'armée française dans laquelle ils se sont engagés les en a dissuadés. Et fermement.

-Des jeunes gens prêts à mourir deux fois pour chacune de leurs patries, ça peut surprendre.

Les esprits chagrins avaient tendance à répéter qu’on n'acceptait plus de mourir pour quoi que ce fut.

Max Gallo lui-même, ses dernières années en était arrivé à le penser. Sureau dit : oui, nous avons cultivé le rêve de l’escargot replié dans sa coquille. "Je déteste ajoute-t-il, la formule répétée à satiété selon laquelle la sécurité est la première des libertés." La liberté se gagne dans l’insécurité acceptée, assumée. La guerre qui vient nous le rappelle.

-Elle est un moment capital pour la conscience européenne.

Vous répétez la première phrase du discours de Sureau.

Ensuite quand il s’est agi pour lui de parler des conceptions européennes de Gallo, il a dû préciser que ses préférences n’étaient  pas les siennes. Jean-Pierre Chevènement était venu l’écouter dont Gallo avait été un fidèle lieutenant  jusqu’à siéger au Parlement européen sous ses couleurs.

Gallo faisait l’éloge des frontières alors que Sureau dénonce les effets des bureaucrates fébriles qui les ferment : il a accumulé une longue expérience d'avocat du droit d’asile et d'animateur d’une association de protection des réfugiés.

Avant de devenir une sorte de conscience morale du pays et de gagner ainsi un large public, Sureau disait sur le mode de la dérision que, poète militaire, il était un écrivain pour culottes et douairières à face à mains. Il a gardé l'admiration de ce public qui a pu trouver dans son journal historique, Le Figaro, deux pages dédiées à sa réception sous la Coupole. Cependant on n’y lira pas tout son discours. Des coupes pour faire court en disent long. Ainsi a disparu cette comparaison entre le nationalisme xénophobe et Tartuffe. Le nationalisme xénophobe parle de la France comme Tartuffe de la maison d'Orgon : "Cette maison c'est à moi à vous d’en sortir". Le libéral Sureau au nom de la conscience européenne, affirme au contraire : « cette maison est à nous, vous pouvez y entrer. »

L’éditorialiste du Figaro qui, dans un même papier, écrit que Sureau a fait un très beau discours et qui s’inquiète, je cite, du "basculement démographique sous l'effet de l’immigration de masse" n’a pas lu la même chose que j'ai entendue.

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