Charles Tillon lors d'un meeting à Paris en 1970 ©Getty - Michel ARTAULT
Charles Tillon lors d'un meeting à Paris en 1970 ©Getty - Michel ARTAULT
Charles Tillon lors d'un meeting à Paris en 1970 ©Getty - Michel ARTAULT
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Résumé

Charles Tillon est l’une des principales figures de la Résistance Communiste clandestine pendant la IIème Guerre Mondiale. Mais jugé trop indépendant, le PC le prend en grippe, et il est exclu du Parti en 1952. Portrait d’une mémoire perdue, par son petit-fils, Fabien.

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-Anniversaire de la victoire du 8 mai 1945. Charles Tillon était alors ministre communiste de l'Air après avoir été chef des FTP, Francs-Tireurs Partisans. Son petit-fils Fabien qui lui consacre un livre constate que sa mémoire a été largement occultée.

La responsabilité en incombe au Parti communiste qui l'a renvoyé à la base en 1952 puis exclu en 1970.

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Tillon y avait été très tôt repéré comme un excellent organisateur. Il est vrai qu'il avait appris beaucoup d'une rude expérience en 1919 ! Bien après l'armistice, le Guichen, le bateau sur lequel il servait, continuait une guerre sans fin sur la mer Noire, au service des Russes blancs; il avait participé à une grève des marins et écopé de cinq ans de bagne. L'homme est un apprenti, et la grève son maitre...

Ensuite, il avait encadré plusieurs grands mouvements dans nombre de ports. Fabien jeune a pu voir dans la salle à manger de Charles, pendu au mur, un tableau que lui avait inspiré la lutte fameuse, en 1925, des pen-sardines, les ouvrières des conserveries de Douarnenez qui avaient osé réclamer cinq sous d'augmentation. 

C'est tout naturellement qu'en 1941, il avait su créer les FTP, à la façon d'une boule de mercure qui court, agit, se subdivise comme pour disparaitre mais revient recomposée. Tandis que le secrétaire général du Parti, Thorez et sa femme Jeannette étaient passés en URSS, il y avait deux chefs principaux de la résistance communiste dans la clandestinité : Tillon et Duclos.

-Ce week-end, le Parti communiste désigne son candidat à la présidentielle. Lorsqu'il y a tenté sa chance, il n'a rencontré qu'un seul succès : avec Jacques Duclos, justement: plus de 21% en 1969.

Duclos, c'était un petit gros apparemment sympathique, plein de faconde en tout cas. Les électeurs l'ont aimé. Tillon qui le connaissait de près considérait qu'il n'aimait que les chats. L'apparatchik que Duclos fut toujours ne lançait de véritable initiative que si l'Internationale communiste en donnait l'ordre. Il a pu aussi bien négocier en juin 40 avec les Allemands vainqueurs une tentative de reparution de l'Humanité qu'envoyer les militants au combat deux ans plus tard. 

-Après-guerre, Thorez revenu de Moscou, Duclos instrument de Moscou, sont restés aux manettes du Parti. Tillon a été exclu de ses responsabilités en 1952.

Une des explications c'est la volonté, dissimulée, de se débarrasser de ceux qui avaient expérimenté l'indépendance dans la Résistance. Jeannette Thorez-Vermeersch n'a jamais encaissé une remarque de Tillon : "Pendant la guerre, je n'ai pas attendu tes conseils pour agir". D'ailleurs, d'autres chefs communistes de la Résistance seront pareillement couverts d'infamie par la direction : Guingoin le commandant des maquis limousins redeviendra instituteur, Lecoeur le chef de la grande grève des mineurs du Nord de 1941 deviendra chauffeur de poids lourds.

Charles et sa femme, l'admirable Raymonde, se réfugieront à Montjustin, un village de Provence accessible seulement par une unique mauvaise route et perché si haut qu'on peut y voir venir l'adversaire. Il faut savoir que si ces "procès de Moscou" intentés par la direction à Paris avaient eu lieu dans les pays de l'Est, leurs victimes auraient été éliminées physiquement.

-Fabien, le petit fils de Charles, voit dans cette mise à l'écart de son grand père une chance pour lui.

Le livre de Fabien n'est pas celui d'un historien. Scénariste de romans graphiques, spécialiste de la BD, il sait en revanche faire surgir aux moments clés d'un récit bien mené des images fortes. Et son point de vue est celui d'un homme d'aujourd'hui qui a tendance à considérer le militantisme à l'ancienne comme une addiction. L'éviction de Tillon lui aurait donc donné l'occasion d'une désintoxication. En même temps qu'il restaurait sa maison en ruines de Montjustin, Charles a pu donner corps à son vrai tempérament qui était celui d'un artiste. Avec sa première paie, ne s'était-il pas offert une palette de peintre ? De plus, il savait écrire. En témoignent ses livres, "FTP", "La révolte vient de loin", "On chantait rouge" qui eurent du succès quand une nouvelle génération le redécouvrit, trop brièvement.

-Bientôt l'anniversaire du 10 mai 1981.

Tillon avait été ravi de l'échec de Marchais qu'il méprisait. Le Parti communiste pour lui n'existait plus que pour empêcher d'autres forces de surgir.

Celles plus récentes qu'il rencontra au Secours rouge, une organisation fédérative des gauches destinée à aider les victimes de répressions, le laissèrent cependant déçu. Elles passaient davantage de temps à s'affronter entre elles qu'à affronter le pouvoir.

Dernière leçon de Tillon pour aujourd'hui.

Ouvrage : Fabien Tillon Charles Tillon le chef des FTP trahi par les siens Don Quichotte / Seuil

Références

L'équipe

Jean Lebrun
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