Enfant allemand et un exemplaire de Mein Kampf en 1938 ©Getty - Keystone-France
Enfant allemand et un exemplaire de Mein Kampf en 1938 ©Getty - Keystone-France
Enfant allemand et un exemplaire de Mein Kampf en 1938 ©Getty - Keystone-France
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Résumé

Un putsch manqué à Munich en novembre 1923 co-dirigé avec le général Ludendorff a mené Hitler à la forteresse de Landsberg. Il était devenu une célébrité mais depuis peu de temps et seulement en Bavière. Condamné à 5 ans de détention, il craignait de retomber dans l'anonymat. Une machine à écrire Remington l'attendait.

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-Mein Kampf tombant dans le domaine public, une édition papier fautive continuant de circuler en France, sans parler des téléchargements possibles sur Internet, les éditions Fayard ont décidé de publier une édition critique et scientifique à l'exemple de ce qui s'était déjà produit en Allemagne.

C'est l'occasion de revenir sur le personnage d'Hitler tek qu'il était au moment où il entreprit le premier tome de Mein Kampf.

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Un putsch manqué à Munich en novembre 1923 qu'il avait co-dirigé avec le général Ludendorff, ancien chef allemand de la Première Guerre, l'a mené à la forteresse de Landsberg. Il était certes devenu une célébrité mais depuis peu de temps et seulement en Bavière. Condamné à cinq ans de détention, il craignait de retomber dans l'anonymat. Mais son régime carcéral est peu sévère. En une année, il obtiendra l'autorisation de plus de 300 visites. Et une machine à écrire Remington l'attendait dans sa cellule...

-Traducteurs et responsables de l'édition critique de Mein Kampf insistent sur la confusion de son style. Jusqu'ici Hitler s'était exclusivement consacré à la propagande orale.

Il y avait été préparé alors qu'il était encore sous l'uniforme en 1919. Il faut imaginer la confusion dans laquelle était alors l'armée allemande. Sonnée par la défaite qu'elle peinait à reconnaitre, pénétrée par la révolution des Conseils, équivalente de celle des Soviets et difficilement jugulée. Un certain capitaine Mayr était responsable en Bavière de la formation d'agents politiques capables de retenir les soldats au bord du gouffre. Cela avait été le premier travail d'orateur d'un Hitler à peine trentenaire : il avait bien vite eu le sentiment que ses auditeurs auraient préféré "voir... par exemple... un montreur d'ours".

En mars 1920, il est démobilisé. Une note, parmi des milliers de l'édition critique, indique que le capitaine Mayr l'avait signalé au petit Parti ouvrier allemand, le DAP, fondé par Drexler et qui tenait ses réunions à la brasserie Sternecker. Faute d'autre travail, Hitler en devient permanent. Grâce à lui, en 1920, les évènements qu'organise le DAP passent de quelques dizaines de participants à 1000 ou 1500 à chaque fois. Hitler parle seul, deux heures de rang ; le DAP est transformé en NDSAP, parti national-socialiste dont Hitler est dorénavant le seul chef, reléguant Drexler au placard. Pour se différencier dans la nébuleuse de l'extrême droite de l'époque, il insiste sur la nécessité de lutter contre les Juifs si on veut relever l'Allemagne. 

-Donc jusqu'ici des performances orales. Pas d'écrits. Pas même de photos.

Hitler les interdit. Sa préoccupation en 1922-1923, c'est de préparer un coup d'état. Pour cela il est préférable de ne pas être automatiquement identifiable. Encore que sa tenue soit reconnaissable. Il déambule dans les rues de Munich accompagné de son berger allemand, long manteau brun, cravache à la main.

Et, dès 1923, il veut faire éditer un premier livre. C'est déjà un récit de sa vie comme le sera Mein Kampf, mais signé par un autre. Viktor von Koerber. Un jeune aristocrate blond aux yeux bleus que lui a présenté Ludendorff et qui rêve d'une alliance entre conservateurs et nationaux-socialistes. Le livre "Adolf Hitler sa vie et ses discours" sort à l'automne 1923. A le lire, on observe que si certains voient déjà en Hitler un messie, celui-ci partage leur opinion.

-Ce premier livre a laissé peu de trace.

Moins de deux mois après sa parution, Ludendorff et Hitler tentent le putsch dit de la brasserie qui échoue piteusement. L'ouvrage qui avait été tiré à 70000 exemplaires est interdit. Il faudra attendre Mein Kampf pour que le récit de la révélation reçue par Hitler soit repris. Par lui-même.

Avec un talent dans la dissimulation qu'on ne retrouve certes pas dans l'écriture.

Hitler faisant croire que son destin était tracé depuis très longtemps, il est inutile de dire que n'apparaissent pas dans Mein Kampf les personnages qui pourraient l'embarrasser. Pas de Koerber, l'auteur de la première autobiographie. Pas de Mayr, son capitaine recruteur de 1919. Tous deux deviendront d'ailleurs des opposants. Exilés en France après 1933, ils travailleront ensemble contre Hitler. Et, en 1944, passeront par le même camp de concentration.

-L'édition critique de Mein Kampf sort le 2 juin. Son titre est volontairement anti-commercial : Historiciser le mal. Difficile de dire qu'il sera disponible en librairie : on ne devrait pas le trouver en piles. Et son prix sera volontairement dissuasif : 200 euros. Les droits seront versés par Fayard à la Fondation Auschwitz-Birkenau.

Ouvrage : Florent Brayard et Andreas Wirsching (dir.) Historiciser le mal. Une édition critique de Mein Kampf Fayard 

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production