La colonne de Juillet place de la Bastille - gravure de 1878
La colonne de Juillet place de la Bastille - gravure de 1878
La colonne de Juillet place de la Bastille - gravure de 1878 ©Getty - PHAS
La colonne de Juillet place de la Bastille - gravure de 1878 ©Getty - PHAS
La colonne de Juillet place de la Bastille - gravure de 1878 ©Getty - PHAS
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Résumé

La destruction de la Bastille a fait entrer la lumière dans les cours et les ateliers du Faubourg Saint Antoine et a laissé vide un immense espace. Comme, à cet emplacement, se joint l'Ourcq à la Seine, il parut facile d'ériger des fontaines monumentales.

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-Sur la place de la Bastille à Paris, la colonne de Juillet surmontée de son génie ailé, a longtemps été asphyxiée par la circulation automobile et fermée au public. A partir du 23 octobre, un accès a été rendu possible, directement, sur réservation en ligne.

Nous sommes à l’emplacement de la forteresse de la Bastille dont la destruction a fait entrer la lumière dans les cours et les ateliers du Faubourg Saint Antoine et a laissé vide un immense espace.

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Comme, à cet emplacement, se joint l'Ourcq à la Seine, il parut facile d'ériger des fontaines monumentales. D'abord une Fontaine de la Régénération : l'eau y jaillissait d'une sculpture représentant la déesse Isis. Puis une Fontaine de l'Eléphant : l'eau devait passer par sa trompe mais le pachyderme resta à l'état de maquette de bois et de carton.

C'est dans les entrailles de l'animal que logeait le Gavroche des Misérables. Il me semble avoir lu qu'on avait retrouvé des restes de l'éléphant sur le site de la BNF quand on commença à le dépolluer.

Mais plutôt que de croire mes souvenirs, il vaut mieux lire l'ouvrage que Jean François Decraene a consacré à la place et à la colonne...

-Colonne qui peut faire penser à la colonne Vendôme mais qui obéit à une autre intention politique.

Napoléon a conçu une colonne Vendôme couronnée à son sommet par sa statue. La Grande Armée, dont ses bas-reliefs représentent les exploits, est sa servante comme les légions romaines sont celles de Trajan sur la colonne de Rome qui sert de modèle.

La colonne de Juillet honore au contraire les héros qui sont tombés en 1830 pour la défense des libertés publiques que le régime de Charles X voulait abolir.

-La monarchie de Juillet qui s'ensuivit décida très vite de l'érection de la colonne.

Mais ne tenant pas les promesses de la Révolution, elle devint, très vite aussi, impopulaire. Secouée par les émeutes et les attentats, elle hésita à poursuivre la construction.

Enfin, en 1840, la colonne est prête pour son inauguration.

504 noms de héros sont inscrits sur son fut, leurs restes doivent, à sa base, rejoindre une crypte.

Mais l'arrivée en ville du chapiteau sommital a, déjà, provoqué des manifestations, des drapeaux rouges surgissant d'une foule hostile au régime.

Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Rémusat, dit dans ses Mémoires quelle fut son inquiétude au moment du transfert des corps.

Le char-catafalque était trop lourd à manœuvrer. Qu'il ne parvienne pas à tourner à angle droit, voire, pire, qu'il verse et c'était le rassemblement et l'émeute assurés. "Des bandes pouvaient s'atteler au char sous prétexte d'honorer les morts, s'emparer de la cérémonie et provoquer par des discours et des cris un pronunciamento démocratique et tenter d'ajouter un nouveau juillet aux deux premiers de 1789 et de 1830."

Fort heureusement pour les organisateurs, le trajet se déroula à peu près sans encombre.

Sur la place, les troupes de ligne commandées par le général Aupick, le beau- père "tant aimé" de Baudelaire, empêcha tout stationnement prolongé et le soir, Rémusat fut accueilli par la famille royale aux Tuileries bras ouverts comme s'il avait gagné une bataille.

-Huit ans plus tard, nouvelle révolution en février 1848.

Louis-Philippe qui se croyait devenu expert indépassable en matière de mouvements de rue avait observé le mauvais temps depuis une fenêtre de son palais et en avait conclu qu'il n'y aurait pas de révolution un 23-février.

Pari perdu.

Une loi de la nouvelle République, dès le 3 mars suivant, apportera son lot supplémentaire de héros à la colonne votive.

Ils seront 196 morts de février à s'ajouter à ceux de juillet. Soit 700 au total.

-La crypte qui les abrite, c'est le point de départ de la visite, rendue possible dorénavant.

La porte de bronze qui y mène depuis le terre-plein est ornée de deux têtes de lion sculptées comme tout le programme animalier de la colonne par le grand Barye. Le lion symbolise non la monarchie mais la puissance tranquille du peuple souverain.

Des vitraux éclairent la crypte mais sans référence religieuse : nous sommes dans un monument laïc.

Ensuite un escalier hélicoïdal en bronze permet à la fois de renforcer la structure de la colonne et d'accéder, une quarantaine de mètres plus haut, a une plate-forme extérieure qui offre une vue à 360 degrés sur la capitale. L'esprit du génie ailé du sommet souffle aux quatre vents de l'humanité.

Mais on peut être sensible au particulier comme à l'universel.

L'administration des Monuments historiques a bien voulu conserver sur les murs intérieurs quelques-uns des graffiti gravés par des générations de visiteurs. On lit, par exemple, dans un cœur : "Gaston aime Eugénie 1903" ou bien sur une ligne d'un mètre de long : "Les Jojos de la Bastille".

Les défunts de 1830 et de 1848 sont morts aussi pour que nous puissions inscrire nos petites vies dans la grande histoire.

Ouvrage : Jean-François Decraene La colonne de Juillet et la place de la Bastille Editions du Patrimoine

Références

L'équipe

Jean Lebrun
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