Campagne de vaccination contre la variole en Inde en 1974 ©Getty - Santosh BASAK
Campagne de vaccination contre la variole en Inde en 1974 ©Getty - Santosh BASAK
Campagne de vaccination contre la variole en Inde en 1974 ©Getty - Santosh BASAK
Publicité
Résumé

1959. Face à la variole l'objectif commun déclaré est d'atteindre l'immunité collective par un taux universel de 80% de vaccination. Si certains pays avancent bon train dans d'autres l'objectif apparait inatteignable. Une stratégie complémentaire va s'avérer indispensable : appliquer le vaccin aux personnes concernées.

En savoir plus

-Une fois que nos campagnes de vaccination dans les pays riches commencent à atteindre un rythme qui peut paraître rassurant, l'opinion se pose davantage la question de la lutte contre la pandémie des pays plus pauvres. La difficulté tient au manque de moyens mais aussi aux divisions géopolitiques. La Chine, la Russie font des offres de service tandis que les industries pharmaceutiques occidentales défendent l'accès à leurs brevets. On se plaît alors à rappeler que naguère, l'éradication de la variole a pu se faire grâce au franchissement du rideau de fer Est-Ouest.

C'est en tout cas ce qu'on aimerait croire.

Publicité

Nous sommes en 1958. On ne sait pas exactement le nombre de morts que fait encore la variole : peut-être deux millions par an, tandis que la soixantaine de pays concernés en déclarent au moins de 80000 ! Staline n'est plus - qui avait d'ailleurs été atteint de la variole comme en témoignaient ses photos quand elles n'étaient pas retouchées. Khrouchtchev l'a remplacé. Il lui arrive de vouloir rejoindre les organisations multilatérales. Monsieur K a un vice-ministre de la Santé, un virologue, Viktor Zdhanov. Il l'envoie, en 1958, à la tribune de l'Assemblée générale de l'OMS déclarer la guerre contre la variole. Au nom de tous, quels que soient les choix idéologiques.

Peu de temps auparavant, une campagne d'éradication de la malaria avait été lancée à grands frais mais elle était en train d’échouer : elle avait notamment abouti à rendre plus résistant le moustique-vecteur, l’anophèle ! Les occidentaux hésitent à se saisir de la perche que leur tendent les Soviétiques. Néanmoins, ils finissent par le faire, en 1959. L'objectif commun déclaré est d'atteindre l'immunité collective par un taux universel de 80% de vaccination. L'effort, partagé, mérite d'être signalé. Surtout quand on considère aujourd'hui le niveau de vaccination anticovid en Afrique par exemple - 0,5% au mieux.

En réalité, en matière de variole, dès 1960, si certains pays avancent bon train, il apparait que dans d'autres, l'objectif est inatteignable. En Inde particulièrement. De toute façon, l'absence de chiffres fiables empêche de mesurer exactement les progrès effectués ou non. 

Une stratégie complémentaire va s'avérer indispensable. Elle va être mise au point par un Américain, le docteur William Foege. Une épidémie de variole s'étant déclarée au Nigeria nouvellement indépendant, il propose d'isoler les villages atteints et de recenser les cas-contacts : il n'est plus besoin de distribuer à tout va des vaccins qui manquent, ils sont appliqués seulement aux personnes directement concernées.

-La combinaison des deux méthodes différentes selon les pays - ouverture globale, populations ciblées- finit par produire ses fruits. 

Le vaccin contre la variole est né, grâce à Edward Jenner, en Angleterre. Les derniers morts recensés le sont en Angleterre en 1978. Il s'agit d'une photographe, madame Janet Parker qui se serait bien passée de cette célébrité mais son studio se situait juste au-dessus du laboratoire de virologie du professeur Bedson. Le virus s'y serait disséminé et aurait gagné l'étage supérieur par les conduits de l'immeuble. J'ai lu deux versions du sort que la variole a réservé à Bedson : soit il a été lui-même atteint, soit il s'est suicidé. Les deux peuvent d'ailleurs se combiner.

-En 1980, l'OMS déclare la variole éradiquée.

Bill Gates célèbre tout ensemble l'américain Foege et le soviétique Viktor Zdhanov pour leur combat commun qui prouve ce que peut faire l'humanité réunie face aux désastres.

Sauf que, si Foege est toujours vivant, Viktor Zdhanov est mort dès 1987 en emportant bien des secrets. Wikipédia indique qu'après avoir vite quitté son poste de vice-ministre, il a continué ses travaux sur bien d'autres virus que celui de la variole mais à lire les livres du professeur Jean-François Saluzzo, il a en fait rejoint une entreprise, Biopreparat, d'un genre bien particulier, puisqu’elle travaillait dans le plus grand secret à répondre à des questions du genre : comment armer des missiles avec le virus de la variole ?

-En 1969, le président Nixon avait mis fin unilatéralement aux recherches américaines sur les armes biologiques offensives et en 1972, une vingtaine de pays signent la convention internationale interdisant les armes biologiques. L'URSS qui avait relancé la lutte contre la variole, faisait bande à part en voulant en faire une arme de guerre.

Très précisément. Deux dirigeants de Biopreparat vont faire défection, Pasheknik en 1989 et Alibeck en 1992. Les descriptions qu'Ils donnent du complexe Biopreparat impressionnent Thatcher et Reagan qui demandent des comptes à Gorbatchev.

La question du maintien des stocks de virus de la variole qui se posait depuis la déclaration de l’éradication s’en est retrouvée posée avec davantage d'acuité. Et aussi celle du stockage de quantités suffisantes de vaccins : une attaque variolique par des groupes terroristes nous laisserait en effet assez démunis.

Il faut dire que l'exemple de l'emploi possible de ces méthodes vient de loin. Dès 1763, les Anglais en guerre contre nous au Canada auraient offert à nos alliés indiens des couvertures qui auraient été réconfortantes... si elles n'avaient été sciemment contaminées par le virus de la variole.

En la matière, la guerre bactériologique est plus ancienne que la coopération internationale.

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production