Naissance de Napoléon Bonaparte - Gravure de 1869
Naissance de Napoléon Bonaparte - Gravure de 1869
Naissance de Napoléon Bonaparte - Gravure de 1869 ©AFP - Leemage
Naissance de Napoléon Bonaparte - Gravure de 1869 ©AFP - Leemage
Naissance de Napoléon Bonaparte - Gravure de 1869 ©AFP - Leemage
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Résumé

Le 15 août 1769, Lætitia qu'on appellera plus tard Madame mère, a accouché sur un divan. L'historienne Dorothy Carrington en est d'accord même si Caterina, la vieille servante querelleuse ne déposa pas l'enfant sur un tapis représentant des scènes d'Homère- il n'y avait guère de tapis dans la petite ville d'Ajaccio...

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-Cette semaine, c'est l'anniversaire de la mort de Napoléon le 5 mai 1821. S'il est un objet de conquête de première importance pour lui, c'est la mémoire.

A Sainte-Hélène, il fournit à Las Cases le matériau mythologique du Mémorial.

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En Corse, c'est sa naissance qui fait l'objet d'un légendaire.

La meilleure historienne de l'île était une anglaise, Dorothy Carrington qui s'y était installée après la guerre, heureuse d'avoir trouvé le royaume de Calypso. Elle était devenue familière non seulement des paysages et des habitants de la Corse mais aussi de ses archives. Son livre sur "Napoléon et ses parents" confronte notamment le manuscrit des mémoires de Carlo, le père de Bonaparte avec les chroniques qui répètent à l'envie les circonstances inouïes de la venue au monde de Napoléon.

-Elle eut lieu le 15 aout 1769. A Ajaccio qui fête chaque été cette naissance par un grand feu d'artifice sur la baie.

Ce jour-là, Lætitia qu'on appellera plus tard Madame mère a accouché sur un divan. Dorothy Carrington en est d'accord même si Caterina, la vieille servante querelleuse ne déposa pas l'enfant sur un tapis représentant des scènes d'Homère- il n'y avait guère de tapis dans la petite ville d'Ajaccio, encore moins l'été. Et la maison Bonaparte n'était pas ce qu'elle est devenue. C'était seulement deux appartements de trois pièces l'un sur l'autre.

-Lætitia, la plus belle femme de l'île, avait été prise de douleurs pendant la messe à la cathédrale, là où elle s'était marée avec Carlo cinq ans plus tôt.

Belle sans doute, peut-être pas au point qu'on l'a dit. Séduisante certainement - le commandant français de l'île pourra plus tard en témoigner. Il n'en reste pas moins que, selon Dorothy Carrington, le jeune Carlo était amoureux d'une autre ! Et quand l'historienne regarde de près les registres paroissiaux, il semble bien que Carlo se soit dispensé de cérémonie religieuse en 1764 ! Les Corses prennent parfois de ces libertés avec les règles ! Une association matérielle des deux patrimoines, médiocres, des Ramolino- la famille de Lætitia -et des Bonaparte a pu suffire. Puis Carlo a planté là la jeune épousée et est allé enterrer sa vie de garçon à Rome. Un an durant.

-Nous sommes en 1765. Pascal Paoli, même s'il ne peut contrôler les derniers points d'appui des Génois dont Ajaccio, est depuis dix ans le Général de la nation corse qu'il constitue en état avec des institutions républicaines, très modernes d'ailleurs.

Carlo décide de rejoindre sa capitale, Corte ou il achève ses études à l'université du Père de la Nation. Lætitia arrive à son tour. C'est à Corte que naît Joseph. Paoli accorde sa confiance à Carlo et ouvre à Lætitia le salon italien de son austère palazzo. Le couple Bonaparte participe en 1768 à la dernière réception de Paoli qui accueille l'envoyé du bey de Tunis venu lui offrir des chevaux arabes, des autruches et... un tigre.

-Mais cette même année 1768. Versailles conclut un accord avec Gênes qui lui transfère la propriété de la Corse où débarque cette année-là un premier contingent de soldats français puis un second l'année suivante.

Paoli est meilleur dans le rôle du Père de la nation que dans celui de général. En mai 1769, sa petite armée est mise en déroute à Ponte Novo. Il fuit vers Porto Vecchio où il embarque pour l'Angleterre. Carlo l'a accompagné mais Paoli lui recommande de revenir à Corte qui va tomber et de s'occuper de sa famille. Lætitia est enceinte de Napoléon.

-Été 1769. Carlo, Lætitia avec Joseph dans ses bras quittent Corte. En catastrophe.

Contrairement aux chroniqueurs napoléonides qui composent une sorte d'évangile apocryphe, Dorothy Carrington ne donne pas à l'équipée une allure d'épopée. Ce n'est pas une colonne de maquisards farouches qui s'avance, ils sont seulement quelques-uns. Certes, un soir, ils abritent dans une grotte Lætitia qui peine sur son âne mais ce n'est tout de même pas la crèche avec Marie et l'enfant Jésus. Des gorges de la Restonica, le groupe passe à la vallée du Liemone qui est en crue. Lætitia manque de tomber avec le petit Joseph dans ses bras mais ce n'est tout de même pas la fuite en Egypte.

Il n'empêche, les chroniqueurs imaginent que le petit Napoléon remuait dans le ventre de Madame mère quand l'appelait au loin le bruit de la canonnade. Mais les Français n'avaient pas beaucoup de canons. Et dès le troisième jour, Ajaccio fut en vue où le personnel de la "maison" Bonaparte qui n'en était pas encore une accueillit tranquillement les fuyards qui ne couraient plus aucun risque. Encore un peu de temps et Carlo passera du côté du commandant en chef français. Et Lætitia plus encore que lui.

Dorothy Carrington mérite d'être lue qui remet l'aventure à sa vraie place.

Cependant elle ne nie pas que le soir de ce 15 août 1769, une comète traversa le ciel, traçant au-dessus de la baie d'Ajaccio un arc brillant.

Une autre fut vue de Sainte-Hélène juste avant la mort de l'empereur le 5 mai 1821.

Ouvrage : Dorothy Carrington Napoléon et ses parents au seuil de l'histoire Editions Alain Piazzola

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Jean Lebrun
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