Combats entre Versaillais et Communards dans le cimetière du Père Lachaise en mai 1871 ©Getty - DEA PICTURE LIBRARY
Combats entre Versaillais et Communards dans le cimetière du Père Lachaise en mai 1871 ©Getty - DEA PICTURE LIBRARY
Combats entre Versaillais et Communards dans le cimetière du Père Lachaise en mai 1871 ©Getty - DEA PICTURE LIBRARY
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Résumé

Pendant la semaine de combats qui ne s'acheva que le 28 mai, les communards ou supposés tels étaient fusillés au dos des barricades, au mieux produits devant des commissions militaires de hasard. Certains généraux furent plus impitoyables que d'autres. On n'est pas près de se mettre d'accord sur le nombre de morts.

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-20 mai 1871 La Commune ne le sait pas encore mais elle vit ses derniers jours.

Depuis des semaines, l'armée des Versaillais s'est nourrie de nouvelles troupes, réorganisée tandis que du côté des communards, les fédérés, la rationalité a du mal à s'imposer. On aurait aimé, par exemple, que le 20 au soir, la porte de Saint Cloud soit gardée : c'est par là que les Versaillais entreront le dimanche 21. Et puis les communards sont divisés; le Comité de Salut public désigné le 1er par l'assemblée de l'Hôtel de Ville n'a pas montré son efficacité. L'opinion parisienne est de plus en plus perplexe : pendant la semaine qui va s'ouvrir, la délation et le meurtre viendront souvent d'en bas.

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Et dans le pays, la Commune ne bénéficie plus de ses rares soutiens des débuts. L'idée s'est peu à peu imposée qu'elle est constituée de repris de justice, de piliers de cabarets, de voyous et de déclassés. Et, pire encore, d'antipatriotes qui creusent les divisons de la France sous les yeux des Allemands qui occupent toujours une bonne partie du pays - et le Nord et l'Est de la capitale.

Le chef du pouvoir exécutif, Thiers, a beau jeu de dire qu'il va rendre Paris à la France souveraine. Et de se comparer au président américain Lincoln : lui aussi a dû suspendre les libertés face à une guerre de Sécession.

-Entre Thiers et la Commune se vide une querelle qui est presque d'ordre personnel.

Le 10 mai, le Comité de salut public ordonne la destruction de l'hôtel particulier de Thiers, place Saint Georges - on dit de plus en plus souvent place Georges. Le mobilier doit en être vendu, le linge livré aux ambulances. Et les bijoux des dames Thiers sont raflés. Une remarque à ce sujet. Parmi les surnoms qui sont alors donnés à Thiers dans la presse de la Commune, on lit "infâme vieillard, nain grotesque, César en raccourci " mais aussi "incestueux". Les dames Thiers sont deux : la mère, madame Dosne, sa maitresse historique et sa fille qu'elle a marié au bonhomme. Thiers n'y a pas vu malice, il aimait qu'on prît soin de lui et, à cet égard, deux femmes en valaient mieux qu'une. Détestant l'imprévu et jaloux de son confort, il a ressenti l'assaut contre son hôtel, ses collections, ses livres comme un attentat intolérable.

Il le vengeait en lançant ses troupes contre la capitale en même temps qu'il donnait des gages à sa majorité parlementaire royaliste dont la comtesse de Ségur exprimait ainsi le sentiment : il était temps, disait la bonne dame, que Thiers cessât les tendresses paternelles qu'il avait eues pour les scélérats.

-On discute encore pour savoir si Thiers a été débordé ou non par ses troupes.

Jules Simon, l'un de ses avocats, fait remarquer que les armées sont rarement composées de philosophes. Pendant la semaine de combats qui ne s'acheva que le 28 mai, les communards ou supposés tels étaient fusillés au dos des barricades, au mieux produits devant des commissions militaires de hasard. 

Certains généraux- tel Cissey -furent plus impitoyables que d'autres. L'incendie par les communards des Tuileries et de l'Hôtel de Ville qui aurait pu gagner d'autres hauts lieux comme le Louvre poussa aux pires extrémités.

On n'est pas non plus près de se mettre d'accord sur le nombre de blessés mortels et de fusillés. En 1876, l'historien  communard Lissagaray estima le chiffre à 17000. D'autres dont Jacques Rougerie l'établirent à la hausse: 30000 si on considère de près le déficit de la population parisienne pendant cette année terrible 70-71. L'historien britannique Robert Tombs révise, lui, à la baisse : 5000, 8000 ? Il s'appuie notamment sur les registres des cimetières et les compte rendus de la voirie qui devait débarrasser les rues des amoncellements de cadavres.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : 5 ou 8000 morts, cela veut dire une répression mieux tenue par une armée que ses chefs ont laissée monter aux degrés ultimes de violence dès le premier jour. L'expiation organisée délibérément, en instantané.

-On ne sait pas non plus combien de personnes ont suivi plus tard les obsèques de Thiers.

Ce sera peu de temps après, en 1877. Dans cette décennie 70, la Commune est quasi unanimement détestée. Thiers, écarté du pouvoir en 1873, a conclu une alliance tacite avec Gambetta et Ferry.  Son appui est indispensable pour fonder la Troisième République : il y apporte son électorat de bourgeois et de propriétaires.

Le maréchal-président Mac-Mahon, qui dirigeait les troupes de Versailles en mai 71 fait barrage à cette coalition républicaine et provoque en 77 des élections. Thiers, malin une dernière fois, a le bon gout de mourir en pleine campagne électorale. Les républicains sont quelques centaines de milliers à accompagner son convoi ! Certains disent : un million.

Le tombeau du nabot monstrueux - ainsi que le désignait Marx domine le Père Lachaise de ses 14 mètres. Il a été plastiqué au moment du centenaire, en 1971.

Références

L'équipe

Jean Lebrun
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