Vue de la facade de la Banque de France à Paris en 1873
Vue de la facade de la Banque de France à Paris en 1873
Vue de la facade de la Banque de France à Paris en 1873 ©AFP - Leemage
Vue de la facade de la Banque de France à Paris en 1873 ©AFP - Leemage
Vue de la facade de la Banque de France à Paris en 1873 ©AFP - Leemage
Publicité
Résumé

Charles Beslay, le doyen d’âge de la Commune, avait 75 ans et, à ce titre, présida la première séance à l'Hôtel de Ville après les élections du 18 mars 1871. Surtout, c'était un bourgeois qui avait notamment beaucoup investi dans les concessions de chemin de fer. Davantage, il avait auparavant été député !

En savoir plus

Les élus de la Commune étaient jeunes - 38 ans de moyenne d'âge. Et les deux groupes sociaux les plus représentés étaient les ouvriers et les artisans d'une part et d'autre part, les professions "intellectuelles". Mais un homme faisait figure d’exception : Charles Beslay.

C'était le doyen d’âge (75 ans !) qui, à ce titre, présida la première séance à l'Hôtel de Ville après les élections du 18 mars. Et, surtout, c'était un bourgeois qui avait notamment beaucoup investi dans les concessions de chemin de fer. Davantage, il avait auparavant été député ! Elu une fois au suffrage universel en 1848 et deux fois au suffrage restreint, fondé sur la fortune, au début de la monarchie de Juillet, en 1831.

Publicité

-On ne sera pas étonné de savoir qu'il avait été élu où ? En Bretagne !

Son parcours a été restitué par Jean Kergrist quand il sortit de l'oubli l'histoire de la construction du canal de Nantes à Brest. Dans les Côtes du Nord non loin du Morbihan, à Glomel, une tranchée s'était avérée particulièrement difficile à creuser : 18 kilomètres de long, 100 mètres de large, 22 de profondeur. Les travaux avaient été assignés à des bagnards - généralement des militaires déserteurs ; la gendarmerie les avait parqués dans un camp sommaire où les fièvres rodaient. Or la concession de cette partie délicate du canal avait été adjugée à un entrepreneur à ses débuts, notre Charles Beslay. En voyant le sort des bagnards et la misère qui rongeait cette zone qu'on nomma "Sibérie de la Bretagne", le jeune homme avait eu le cœur soulevé. Une réputation d'humanité s'était attachée à lui. Lorsqu'au lendemain de la révolution de 1830, les bagnards s'étaient révoltés, ils lui avaient demandé d'être leur porte-parole. En même temps, Beslay avait protégé les villes voisines des affrontements qu'ils auraient pu y provoquer. Il gagna ainsi l'estime des prolétaires et la reconnaissance des propriétaires qui l'élirent à la Chambre. Beslay restera un homme de la négociation - plus tard, dans ses entreprises, de la participation des travailleurs aux bénéfices, de l'association du capital et du travail.

Il avait été bonapartiste en 1815, Il se qualifie lui-même de libéral en 1830. En 1848, il est de nouveau député mais républicain. Quant à l'homme qui siège à la Commune en 1871, comment est- devenu socialiste ?

Largement sous l'influence de Proudhon dont, les dernières années, il devint l'intime, l’assistant financièrement. Dans l'assemblée de la Commune, il est une petite quinzaine de blanquistes, les disciples de Blanqui, partisans de la manière forte, bouffeurs de curés aussi. Mais les proudhoniens comme Beslay sont plus nombreux. Ils ne pensent pas que la transformation passera par la prise du pouvoir par le haut ; par exemple, à la grève ils préfèrent la mutualisation des sociétés ouvrières et à la violence des révolutions une patience constructive.

Il n'y a pas quasiment pas de marxiste au sein de la Commune. Mais Marx a laissé de la période une analyse souvent citée, "La guerre civile en France", où il met en accusation ceux qui auraient été trop timorés.

Et Beslay en est. La Commune fonctionnait par délégations. Beslay devient délégué à la Banque de France tandis que Jourde est délégué aux Finances. La Banque de France, les années précédentes, était devenue le pivot de la politique économique du pays. Les deux délégués disposaient d'une riche encaisse en or et en argent que le gouvernement Thiers n'avait pas eu le temps d'évacuer. Beslay ne veut pas émettre de billets à tout va. Par ailleurs, il n'est comme ses collègues, que l'élu de Paris. Il ne veut pas décider d'une politique pour la France entière. Enfin il songe à l'indemnité de guerre qu'il faudra continuer de payer à l'Allemagne. C'est sa responsabilité ainsi qu'à Jourde. Bref les deux hommes tiennent les cordons de la Banque serrés. Ils font même surveiller constamment les abords de son siège l’Hôtel de la Vrillière par un bataillon de Gardes nationaux de toute confiance.

Mais n'aurait-il pas fallu plutôt financer davantage de mesures sociales pour satisfaire les revendications ouvrières et aussi davantage de dépenses militaires pur se défendre des Versaillais ? Marx dira qu'en puisant trop peu dans le Trésor, la Commune ne s'est pas donné les moyens nécessaires. On sait qu'en revanche, elle crut nécessaire de prendre un certain nombre d'otages en espérant les monnayer avec les Versaillais. Engels observera que l'or de la Banque de France valait bien davantage que 10.000 otages.

Charles Beslay semblait assuré de la longévité. Il est mort bien plus tard, à 83 ans.

Pendant la Commune, il avait laissé en place le sous-gouverneur de la Banque, par ailleurs député monarchiste, le marquis de Ploeuc. On a murmuré que celui-ci était aussi habile que Beslay était complaisant. En tout cas - sens de l'honneur, solidarité bretonne ? - après la Semaine sanglante c'est Ploeuc qui protège à son tour Beslay, le conduisant jusqu'à la frontière de la Suisse. On aimerait reconstituer la conversation qu'ont dû avoir les deux hommes sur le rôle de l'argent dans la politique.

Ses camarades communards n'accableront pas Beslay de reproches, c'est plutôt lui qui les accablera de dons. Il eut à Neufchâtel l'hospitalité généreuse. Il est vrai que les revenus des concessions ferroviaires helvétiques dans quelles il avait investi lui procurèrent jusqu'au bout une honnête aisance. Il farda jusqu'au bout son confort et l'estime de lui-même.

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production