La Grande Galerie du Muséum central des arts de la République entre 1801 et 1805 - peinture d'Hubert Robert ©Getty - Photo Josse/Leemage
La Grande Galerie du Muséum central des arts de la République entre 1801 et 1805 - peinture d'Hubert Robert ©Getty - Photo Josse/Leemage
La Grande Galerie du Muséum central des arts de la République entre 1801 et 1805 - peinture d'Hubert Robert ©Getty - Photo Josse/Leemage
Publicité
Résumé

Le grand musée de proportions immenses, ce n'est pas une idée des Lumières. En France qui joue un rôle pionnier dans son émergence, il date du règne de Louis XVI : c'est dans les années 1780 qu'il est prévu d'ouvrir les collections royales à un public large. La Révolution précipite le mouvement.

En savoir plus

-Les musées ont été si longtemps fermés... Vous avez eu le loisir de méditer sur le premier puis le deuxième volume de l'histoire mondiale des musées de l'historien franco-polonais Krzysztof Pomian...

Le grand musée de proportions immenses, ce n'est pas une idée des Lumières. En France, qui joue un rôle pionnier dans son émergence, il date du règne de Louis XVI : c'est dans les années 1780 qu'il est prévu d'ouvrir les collections royales à un public large.

Publicité

La Révolution précipite le mouvement : l'iconoclasme d'après 1792 qu'elle cherche à contrôler lui fait entamer une politique de conservation des biens religieux, aristocratiques, monarchiques qu'elle a successivement nationalisés. Roland, le mari de Madame, ministre de l'Intérieur après la chute de la monarchie, est le premier à affirmer nettement le caractère démocratique que devrait avoir le grand musée, qui doit être le bien de trous les citoyens.

Ce musée ce sera le Louvre, débarrassé peu à peu de ses occupants parasitaires, au premier rang desquels les ateliers d'artistes qui s'y étaient logés, tels des coucous. Les jeunes artistes seront en revanche les bienvenus dans le public ainsi que les étrangers, à condition - un règlement le dit tout de suite- qu'ils s'abstiennent de tous chants, badinages et autres désordres.

-Le Louvre, c'est un lieu de silence et d'éducation.

L'art éclaire l'art, la présentation des grandes œuvres côte à côte produit des effets positifs sur le jugement.

L'idéal visé serait de pouvoir présenter un panorama complet de toutes les grandes écoles de sculpture et de peinture depuis la Grèce. Qu'à cela ne tienne ! La "Grande Nation" ainsi que se conçoit la France révolutionnaire puis impériale, va poursuivre ce but en provoquant par la puissance de ses armées des rapprochements... forcés. En clair l'armée du Nord confisque quantité d'œuvres de Hollande, de Belgique et de Rhénanie conservées en Allemagne. Et l'armée d'Italie autant et davantage d'œuvres d'Italie. 

L'abbé Grégoire puis d'autres ont justifié ainsi la vocation d'universalité de la France que Pomian juge délirante. La patrie des arts, c'est la liberté. La liberté est inventée par la France. En conséquence, la France doit être le domicile des œuvres de l'Europe entière. CQFD.

On ne connaitra pas avant la Deuxième Guerre de transports d'œuvres aussi gigantesque. Généralement discrets, parfois mis en spectacle : ainsi pour les chevaux de Saint Marc. Le banquet organisé pour Bonaparte retour d'Italie dans la Grande Galerie retarda de beaucoup l'ouverture du lieu tant il avait provoqué de dégâts.

Cela n'empêche pas Vivant Denon d'appeler Musée Napoléon le Louvre peu après qu'il en est nommé directeur.

-Après Waterloo, il fallut bien restituer...

Quand il fallut en particulier rendre ce qui avait été collectionné par les Papes- eux aussi pouvaient prétendre à l'universalité, Denon en tomba malade et démissionna. 

Dans la première moitié du XIXème, les musées d'Europe s'éloignent des objectifs totalisants de la France impériale ; ils deviennent les enjeux d'une fierté nationale et les instruments d'une politique de rivalités intra-européennes. Ainsi au Louvre toutes les écoles classiques d'Europe restent présentées mais pour combler les vides béants depuis 1815, sont privilégiées les gloires de l'école française qu'il s'agit de singulariser.

-La Grande Bretagne s'arroge cependant une vocation très large : elle annexe les marbres du Parthénon. La question de leur restitution reste pendante depuis.

Le poète Byron a qualifié l'auteur de l'enlèvement, en 1801, Elgin, de pillard de sanctuaire et de spoliateur. Les défenseurs du passage des marbres au British Museum soutiennent qu'il bénéficiait d'une autorisation du gouvernement ottoman que les Grecs ne considèrent pas comme ayant été le leur. Et pour respecter les formes, c'est un vote parlementaire acquis en outre de justesse, qui a autorisé le rachat des marbres à Elgin...

Ce vote date de 1816. A cette date, ce n'est plus la France mais la Grande Bretagne qui devient le lieu des débats les plus acharnés sur les responsabilités des musées.

Plus tard, en 1851, c'est Londres qui organise la première exposition universelle. Ce qu'on montre peut maintenant venir du monde entier et pas seulement d'Europe ; ce qu'on montre relève de toutes les activités humaines et pas seulement des Beaux-Arts. Et ce qu'on montre l'est dorénavant à des foules. A l'heure britannique s'ouvre une nouvelle carrière pour les musées. Ce sera l'objet du tome III de du grand œuvre de Krzysztof Pomian, avec l'entrée en scène des Etats-Unis.

-Aux Etats Unis des initiatives sont prises aujourd'hui qui montrent que la grande question après la restitution est en 2021 celle de la diversité.

Diversité, équité, inclusivité... Les conséquences économiques de la pandémie sont lourdes pour les musées privés américains. Des directeurs proposent de vendre des œuvres pour résorber le déficit et... pour acheter des travaux d'artistes des minorités ethniques.

Ici, si on voulait suivre cette piste, on aurait à peine la possibilité d'orienter la politique d'acquisition dans cette direction puisque les collections d'Etat sont inaliénables.

Le débat sur les musées maintenant axé sur la diversité est décidément moins vif dans les musées en France que lorsque le Louvre en 1800 prétendait présenter l'unité du genre humain.... Et on ne s'en porte peut-être pas plus mal.

Ouvrage : Krzysztof Pomian Le musée, une histoire mondiale. Tome II : L’ancrage européen, 1789-1850 Gallimard

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production