Femmes polonaises dans leur atelier de broderie en France au début du XXème siècle ©Getty - Hulton Deutsch
Femmes polonaises dans leur atelier de broderie en France au début du XXème siècle ©Getty - Hulton Deutsch
Femmes polonaises dans leur atelier de broderie en France au début du XXème siècle ©Getty - Hulton Deutsch
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Résumé

La pression migratoire qui s'exerce aujourd'hui sur la Pologne remet en mémoire les épreuves subies par les Polonais au XIXème qui contraignirent beaucoup d'entre eux à l'émigration, notamment vers la France.

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-La pression migratoire qui s'exerce aujourd'hui sur la Pologne vous remet en mémoire les épreuves subies par les Polonais au XIXème qui contraignirent beaucoup d'entre eux à l'émigration. Dans les années 1830, on a parlé de Grande émigration.

Attention, les chiffres auxquels est parvenue récemment une équipe de chercheurs, Asileurope XIXème, ne sont pas comparables à ceux que connait l'Europe de nos jours: il s'agit seulement de quelques petites dizaines de milliers de personnes.

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Les Français contemporains ont eu néanmoins le sentiment de faire face à de véritables vagues migratoires qui les prenaient par surprise.

Notre pays n'a pas eu à accueillir que des Polonais. Mais aussi des Espagnols, des Italiens, de sensibilités politiques diverses. Des Grecs indépendantistes. Des Portugais libéraux : après leur échec à prendre une île au large de leur pays, ils ont été 700 à rejoindre d'un coup les côtes bretonnes !

Mais les Polonais ont été autrement plus présents. Rappelons que dans ces années 1830, le pays n'existe plus, partagé entre les puissances voisines. Néanmoins la chanson la Varsovienne, d’origine française ordonne : "Polonais, à ta baïonnette, / Vive, vive la liberté". Et les insurrections se répètent : 1831, 1845-1863. Les soldats des armées de libération nationale vaincues passent en France à pied par la Prusse et la Bavière. Les civils expulsés arrivent aussi bien par mer. En 1848 200 Polonais sont embarqués de force sur le Gian Matteo au port autrichien de Trieste. Destination forcée : les États-Unis, à l'époque moins attrayants qu'aujourd'hui. Les Polonais furieux prennent le commandement du bateau et contraignent le capitaine à les débarquer à Alger. Espèrent-ils entrer dans la jeune Légion étrangère ou participer au mouvement de "colonisation peuplante" de l’Algérie ?

-1849, c'est la Deuxième République conservatrice. Les autorités préfèrent en tout cas qu'ils demeurent de l'autre coté de la Méditerranée... C’est qu’ils deviennent indésirables...

Au milieu du XIXe, l’hospitalité est moindre que dans les années de la Révolution de juillet 1830.

Je dis bien hospitalité. Un devoir largement issu de la morale religieuse et qui s'impose parce que le malheur, sacré, doit être secouru.

Mais, les années passant, ce discours bienveillant est concurrencé par des considérations pragmatiques.

Où installer tous ces nouveaux venus ? La Monarchie de Juillet opte pour le logement dans des casernes des grands centres- pour les Polonais, c’est d'abord Besançon. Mais on choisit aussi le plus vite possible d’autres villes, plus petites et moins inflammables. Sans enfermement cependant et avec des secours financiers individualisés. Le montant des subsides est déterminé par la position sociale de départ : les généraux et les ministres polonais en exil touchent une aide financière de première classe, les cultivateurs et les artisans une aide de cinquième classe...

Ne nous étonnons pas trop de ce choix d'un soutien financier, il permet aussi d'instaurer un contrôle.

-Les Polonais sont les obligés du gouvernement français qui veut vérifier qu'ils ne manquent pas à leurs obligations.

Dans les villes où sont leurs dépôts, les Polonais font souvent du bruit dans les cabinets de lecture et du tapage dans les cafés.

Il arrive même qu'ils veuillent imposer leurs pratiques religieuses intégralement catholiques. Ils obtiennent une église qui leur est propre rue Saint-Honoré à Paris qu'ils font desservir par leur clergé national. Admettons. Mais on les voit en 1832 assiéger le théâtre d'Avignon pour exiger l'interdiction d'une pièce qu'ils jugent anticatholique ! Ne passent-ils pas les bornes, ces Polonais ?

-En plus, ils s'ingénient à dissimuler leur identité ou leur nombre exact.

Lequel, je le répète, nous semble très faible au regard d’aujourd’hui.

En 1840, ils sont peut-être 32000 réfugiés à toucher des subsides.

Mais réfugiés : à l'époque, qu’entend-on par-là ?

Sous l'Ancien Régime, ce pouvait être aussi bien un déserteur d'une armée qu’un aristocrate exilé par son roi.

En expérimentant, en tâtonnant de nouveaux dispositifs d’accueil et de contrôle à la fois, la monarchie de Juillet commence à construire la notion.

Pressent-on pour autant un droit des réfugiés ?

Pas encore. Les Français exercent leur hospitalité. Les réfugiés ne peuvent en revanche s’abriter sous un droit. Il faudra pour cela les catastrophes du XXème. Avant que les amnésies collectives du début du XXIème n'invitent à le déconstruire.

Ouvrage : Delphine Diaz En exil. Les réfugiés en Europe, de la fin du XVIIIᵉ siècle à nos jours Folio-Gallimard 

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L'équipe

Jean Lebrun
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