Visite officielle du général de Gaulle à Amiens le 13 juin 1964 ©Getty - Keystone-France
Visite officielle du général de Gaulle à Amiens le 13 juin 1964 ©Getty - Keystone-France
Visite officielle du général de Gaulle à Amiens le 13 juin 1964 ©Getty - Keystone-France
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Résumé

Quand le général de Gaulle partait en Amérique latine en 64, c'était pour trois semaines. Pareillement quand il appareillait en 1961 pour la Lorraine ou en 1963 pour la Champagne, on lui ménageait plus de cent arrêts. Au point que ne sachant plus bien où il était, il lui fallait improviser des formules...

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Et attention pour présenter ce vif de l'histoire, nous allons prononcer un gros mot : Province... Le président de la République est à nouveau en province, aujourd'hui, à Valence, dans la Drôme... Nouvelle étape de ce que l'Elysée appelle une tournée des territoires... 

C'est le nouveau vocabulaire qu'il nous est maintenant recommandé d'employer sans rire pour désigner la reprise par la République d'une vieille habitude monarchique. Au début des guerres de religion, Charles IX et sa mère Catherine de Médicis parcouraient sans cesse le pays en ébullition pour prévenir les violences. La première itinérance dite mémorielle d'Emmanuel Macron en 2018 se déroula alors que montaient les manifestations des gilets jaunes.

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C'est dans une période difficile de la Troisième République, entre boulangisme et anarchisme, que Sadi Carnot a relevé la tradition. Au temps des rois, les bonnes villes dressaient des arcs de triomphe. En 1888, les murs des cités qui recevaient Carnot se couvrirent de drapeaux tricolores. Et jusqu'aux ailes des moulins de l'île de Ré ! Que l'île de Ré puisse être la capitale d'une heure de la France, quelle liesse inoubliable ! Et quel baume dans le cœur du président qui se sentait terriblement confiné à l'Elysée.

Certes Carnot, à peu de mois de la fin de son mandat, en 1894, mourut poignardé par l'anarchiste Caserio lors d’un de ces déplacements officiels à Lyon. Ses successeurs n'hésitèrent cependant pas à reprendre... l’itinérance là où il l'avait laissée.

-L'itinérance suit un itinéraire, aujourd'hui on fait plus bref.

Quand le général de Gaulle partait en Amérique latine en 64, c'était pour trois semaines. Pareillement quand il appareillait en 1961 pour la Lorraine ou en 1963 pour la Champagne, on lui ménageait plus de cent arrêts. Au point que ne sachant plus bien où il était, il lui fallait improviser des formules du genre "Fécamp port de mer et qui entend le rester". Oui, je sais, Fécamp n'est pas en Champagne !

Les raids de 2021 ont peu à voir avec les caravanes de cette époque. Imaginez qu'on pouvait donner une journée de congé dans les lieux qu'elles traversaient. Aujourd'hui, l'Elysée ne se préoccupe même plus de faire nombre. Autour du président, il suffit de quelques partisans, une fois qu'on a repoussé loin du champ des caméras les manifestants hostiles.

-Ce qui a changé aussi, c'est l'attitude des journalistes ?

Les lieux traversés disant leur satisfaction d'être honorés du salut de la République, les journalistes avaient tendance à se mettre au diapason du contentement général, surtout s'ils appartenaient au service public. Aujourd'hui ils laissent plutôt entendre leur mécontentement particulier. Convoyés d'un point à l'autre en voiture, parqués à un certain niveau dans le cortège, ils ne peuvent faire les images qu'ils souhaitent. Comme disait Cartier-Bresson, quand on me dit de faire ici, je veux photographier à côté. Or l'entourage proche du président serait lui, nommé : la bulle. L'emploi des mots à contresens en dit long: itinérance pour raids, bulle quand on prône l'accessibilité.

Néanmoins il reste un risque : le président lui-même. Convier Patrick Sébastien à sa table à Saint-Cirq-Lapopie n’était pas nécessairement une excellente idée. Les comiques ont tout à perdre à frayer avec le Président qui n’a rien à y gagner. Allez, un souvenir dans l'Orne. Avril 2018, Emmanuel Macron s'en était allé faire le journal de Jean-Pierre Pernaut dans l'école du petit village de Berd'huis. La maire de Berd'huis, amie politique sans doute, avait été prévenue à l'avance de la visite de repérage mais pas le président de la communauté de communes : bien que gestionnaire de l'école, il s'en était vu interdire l’accès par un nommé Alexandre Benalla. Il avait fait savoir son mécontentement.

Les Français ayant maintenant tendance à dire que les déplacements présidentiels ne sont que du vent, il faut bien en calculer la vitesse quand on s'en trouve être les organisateurs. Les lieux traversés par une tornade n'en espèrent généralement pas de nouvelle.

-Et à son retour à Paris, Emmanuel Macron présidera un conseil des ministres, un vrai ? 

Vous noterez qu'on a moins communiqué sur l'organisation du Conseil des ministres les mois passés. Alors que la délibération parlementaire continuait avec des élus présents dans les hémicycles, on n'avait pas trouvé de salle assez vaste pour réunir les ministres ensemble : ils sont pourtant astreints à demeurer solidaires de décisions dont on peut se demander si elles ont été prises par le seul souverain ou vraiment discutées en commun.