Écoliers chantant des slogans en breton, et portant une pancarte sur laquelle est ecrit "sonjit e sevenadur breizh", "pensez a la culture bretonne". Manifestation pour l'enseignement de et en langue bretonne, Quimper, 13 mars 2021.
Écoliers chantant des slogans en breton, et portant une pancarte sur laquelle est ecrit "sonjit e sevenadur breizh", "pensez a la culture bretonne". Manifestation pour l'enseignement de et en langue bretonne, Quimper, 13 mars 2021.
Écoliers chantant des slogans en breton, et portant une pancarte sur laquelle est ecrit "sonjit e sevenadur breizh", "pensez a la culture bretonne". Manifestation pour l'enseignement de et en langue bretonne, Quimper, 13 mars 2021. ©AFP - Maud Dupuy / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Écoliers chantant des slogans en breton, et portant une pancarte sur laquelle est ecrit "sonjit e sevenadur breizh", "pensez a la culture bretonne". Manifestation pour l'enseignement de et en langue bretonne, Quimper, 13 mars 2021. ©AFP - Maud Dupuy / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Écoliers chantant des slogans en breton, et portant une pancarte sur laquelle est ecrit "sonjit e sevenadur breizh", "pensez a la culture bretonne". Manifestation pour l'enseignement de et en langue bretonne, Quimper, 13 mars 2021. ©AFP - Maud Dupuy / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Résumé

Au mois d'avril, une grande majorité de députés avaient voté une loi qui étendait les possibilités d'enseignement des langues régionales. C'était sans compter sur le Conseil constitutionnel qui, ce même vendredi, a censuré deux articles de la loi Molac.

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-Il y a le concours de l'Eurovision mais il y a aussi le choix de la chanson de la Redadeg. "Ar Redadeg" ? En breton, "la course" ! Le départ en a été donné de Carhaix (Finistère) au moment précis où le Conseil Constitutionnel censurait deux articles de la loi Molac qui voulait soutenir les langues régionales.

La Redadeg a été créée sur le modèle de la Korrika une course au Pays basque destinée à collecter des fonds pour les Ikastolas, les écoles où l'enseignement est dispensé continûment en basque. 

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Une chanson sélectionnée par concours accompagne le parcours. Cette édition, c'est le groupe Lies issu des Barbouillouzes de Bignan qui a remporté le pompon mais on se souvent toujours du succès des lycéens de Diwan de Vannes, œuvrant avec les Ramoneurs de menhirs.

Qui veut participer achète un kilomètre de la course : particulier, association, collectivité. Le bénéfice ainsi obtenu est distribué pour une bonne part aux écoles Diwan. Elles pratiquaient déjà l'enseignement dit immersif depuis trente ans quand la Redageg a été inventée en 1998. Celle-ci contribue à leur popularité. 

Qui a acquis un kilomètre le court en portant un bâton-témoin qui passe de main en main. Ce weekend, place du Champ de Foire à Carhaix, c'est le député Paul Molac qui l'a transmis au départ. ll avait été choisi pour le succès parlementaire qu'il a remporté - provisoirement - en avril : une grande majorité de députés avaient voté la loi rédigée à son initiative et qui étendait les possibilités d'enseignement des langues régionales.

C'était sans compter sur le Conseil constitutionnel 

Qui, ce même vendredi, a censuré deux articles de la loi Molac.

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, fort mécontent de ce texte, a poussé une soixantaine de parlementaires à saisir le Conseil constitutionnel sur l'un des articles. Le Conseil s'est auto-saisi de deux autres.

Ainsi est mort et enterré l'article 4 qui voulait consolider l'enseignement immersif - toutes les disciplines scolaires en langue régionale.

L'article 2 de la Constitution ne le permettrait pas qui définit le français comme langue de la République. Donc plus de possibilité d'enseignement immersif dans l'enseignement public ? Et qu'en sera-t-il dans les écoles sous contrat comme Diwan et les Ikastolas ? François Bayrou note que si le sens de la décision du Conseil  est de mettre en cause leur principe - je le répète : immersif - alors la situation sera explosive. S'exprimant dans Ouest-France samedi, le ministre n'est guère rassurant : une opportunité s'offrirait pour ces écoles de passer à une nouvelle phase de leur enseignement. 

"Ouest France" interroge le ministre 

Ils le poussent à rapprocher la situation qui est ainsi faite aux établissements immersifs de celle des établissements hors contrat financés par des puissances étrangère. 

Jean-Michel Blanquer répond que la décision du Conseil contribuera à la cohérence d'un cadre que fonde déjà la loi confortant les principes de la République. On imagine la colère des animateurs d'écoles immersives d'être une fois encore soupçonnés de séparatisme. Oui, au siècle dernier, Roparz Hemon, linguiste pionnier, a eu le tort de collaborer avec l'ennemi en même temps qu'il rationalisait la langue bretonne. Ce reproche ressassé peut-il à l'infini être opposé aux simples locuteurs du breton ?  

L'autre accusation est presque d'ordre inverse. Il y a peu, on a ainsi vu lors d'une Redadeg, un agriculteur barrer le chemin aux coureurs avec un gros pulvérisateur menaçant et s'allonger dessus comme un gisant : "Vous voulez notre mort" disait-il aux bretonnistes : cette fois ils étaient accusés d'écologie gauchiste. Pourtant, un des plus farouches députés défenseurs des langues régionales, Marc Le Fur, est aussi le plus proche qui soit de la FNSEA.

Dans la loi Molac, l'article 4 a été censuré 

Il permettait l'inscription à l'état-civil des signes diacritiques. Le fameux tilde sur le nom de Fanch par exemple

Aussitôt la réponse a fusé : l'inscription d'une formule en anglais a été prévue au beau milieu de la nouvelle carte d'identité et le tilde n'est pas possible !

Il est des décisions qui devraient être prises simplement au niveau réglementaire et qui dépassent en effet le sens commun. 

L’enseignement des et en langues régionales pourrait avoir une fonction de renouvèlement du français par des mots venus des expériences d'en bas. Nous avons besoin de laboratoires d'innovations linguistiques partagés grâce aux langues régionales, au créole, au parler des quartiers populaires plutôt que de nous entendre imposer des expressions, des acronymes voire des structures de phrases qui tombent d'en haut - des milieux technocratiques, économiques, médiatiques hélas.

Qui menace gravement le français aujourd'hui ? 

Ceux qui constituent la team dominante de la nation start-up et qui considèrent nos territoires comme des espaces avec des gens dessus où il faut monter par crossfertilization des business models ? Ou ceux qui dans les régions se battent avec l'énergie du désespoir pour défendre leurs singularités ?

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production