Soldats de la Werhmacht hissant le drapeau allemand sur l'acropole d'Athènes en mai 1941 ©Getty - picture alliance
Soldats de la Werhmacht hissant le drapeau allemand sur l'acropole d'Athènes en mai 1941 ©Getty - picture alliance
Soldats de la Werhmacht hissant le drapeau allemand sur l'acropole d'Athènes en mai 1941 ©Getty - picture alliance
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Résumé

Mai 1941 à Athènes, les gardes allemands faisant la fête pour célébrer la victoire du Reich, 2 résistants grecs grimpent au mat glissant, ils font tomber le drapeau gigantesque qu'ils jettent ensuite dans un puits où, selon la mythologie, se tenait le serpent qui gardait l'Acropole.

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-Il y a 80 ans, à la fin du mois de mai 1941 à Athènes que viennent de prendre les troupes de Hitler, le drapeau à croix gammée est décroché par deux résistants grecs.

Ils ont 25 ans. Lakis Sandas mort plus jeune, racontera moins souvent que Manolis Glezos cette nuit mémorable. Les gardes allemands faisant la fête pour célébrer la victoire du Reich, ils grimpent au mat glissant, ils font tomber le drapeau gigantesque qu'ils jettent ensuite dans un puits où, selon la mythologie, se tenait le serpent qui gardait l'Acropole.

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Peu auparavant, à l'arrivée des Allemands, un garde grec, lui, avait dû affaler le pavillon hellénique à bandes bleues. Ce garde était un evzone, un soldat vêtu de cette jupette dont les 400 plis symbolisent les 400 années de servitude d'avant l'indépendance. L'evzone s'appelait Kostas Koukidis. Il avait descendu son drapeau et, ni une ni deux, s'en était enveloppé et s'était jeté dans le vide devant les Allemands. Hitler lui-même reconnaîtra plus tard que le soldat grec "a su se battre avec une vaillance et un mépris de la mort égaux aux nôtres".

-Les Allemands avaient dû venir en Grèce pour prendre le relais des Italiens qui les premiers s'étaient heurtés à la résistance grecque.

Mussolini considérait n'avoir pas reçu sa part après la guerre contre la France à laquelle il s'était rallié au dernier moment. Il était mécontent de n'avoir pas été prévenu par Hitler de son intervention en Roumanie. Il décide donc de mener sa guerre personnelle.

Disposant d'une base en Albanie qu'il a annexée en 1939, il pense ne faire qu'une bouchée des Grecs. Mais entre novembre 1940, date de son premier assaut et janvier 1941, non seulement il est rejeté du territoire grec mais les Grecs pénètrent d'une cinquantaine de kilomètres en Albanie. On lit en gare de Vintimille une affiche rieuse de la résistance clandestine : "Si vous voulez visiter l'Albanie, engagez-vous dans l'armée grecque".

La Grèce est alors dirigée par un dictateur Metaxás, un fascistoide ; il n'empêche, il fait front et l'union nationale se cristallise. Jusqu'aux communistes qui n'ont pas les hésitations de leurs camarades français à la même période ; ils s'engagent totalement : "Chaque ravin, chaque village, maison par maison, doit devenir une citadelle du combat de libération nationale "

-Il a fallu l'intervention allemande pour venir à bout de cette union nationale.

Metaxás qui aurait souhaité une paix blanche avec Rome arbitrée par Berlin disparaît très tôt. Le roi de Grèce qui réapparait au grand jour a des liens avec Londres. Le soutien britannique se renforce.

L'Axe est alors engagé dans de grandes opérations en Libye, en direction de l'Egypte. Il ne peut tolérer que la Grèce devienne un porte-avion britannique.

Hitler choisit d'intervenir en avril et de faire d'une pierre deux coups, attaquant en même temps que la Grèce la Yougoslavie qui capitule le 6 avril. 300000 soldats grecs restent retenus en Albanie pour contenir des Italiens deux fois plus nombreux. Ils sont seulement 130000 dans le reste du pays face à 700000 Allemands. Athènes tombe, le roi et le gouvernement passent en Crète qui résiste le plus qu'elle peut, permettant une évacuation en assez bon ordre vers Alexandrie des Britanniques et du gouvernement grec.

La résistance grecque n'a pourtant pas été inutile. Elle a retardé les opérations de l'Axe en Afrique et surtout différé de six semaines l'invasion programmée de l'Union soviétique. Celle-ci commencera si tard qu'elle sera mécaniquement contrariée par l'hiver qui suivra.

Et puis les Grecs ont donné l'exemple. A Radio Londres, Jean Marin déclare : "Jusqu'ici les héros étaient grecs : maintenant ce sont les Grecs qui sont les héros". Plus tard, l'homme du drapeau de l'Acropole, Manolis Glezos se trouvant pris dans une autre des aventures dont il aura toujours le secret, sera qualifié par le général de Gaulle de "premier résistant d'Europe". Au bout de quelque quinze ans de prison et d'on ne sait combien d'élections comme candidat de gauche radicale, il finira doyen du Parlement européen. Le lendemain de sa mort, en 2020, le pavillon hellénique sera mis en berne sur l'Acropole.

-Post-scriptum

Le ministère grec de la Culture vient de bétonner lourdement les abords et la chaussée qui monte à l'Acropole au motif de permettre un accès plus facile aux groupes de touristes qui viennent faire le tour vite fait du monument avant de redescendre vers les tavernes les plus proches. 

Plus chic, Dior a obtenu l'autorisation de shooter des photos sur l'Acropole pour sa collection Croisières 2022. La justification est le souvenir d'un défilé "iconique", je cite, qui a eu lieu là il y a soixante-dix ans en 1951.

Il est utile de rappeler aux communicants de Dior un souvenir plus ancien : 1941.