Le maire de Saint-Coulitz Kofi Yamgnane se promenant dans sa commune en novembre 1989
Le maire de Saint-Coulitz Kofi Yamgnane se promenant dans sa commune en novembre 1989
Le maire de Saint-Coulitz Kofi Yamgnane se promenant dans sa commune en novembre 1989 ©Getty - Jean-Erick PASQUIER
Le maire de Saint-Coulitz Kofi Yamgnane se promenant dans sa commune en novembre 1989 ©Getty - Jean-Erick PASQUIER
Le maire de Saint-Coulitz Kofi Yamgnane se promenant dans sa commune en novembre 1989 ©Getty - Jean-Erick PASQUIER
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Résumé

Kofi Yamgnane avait jusqu'ici présenté son parcours plutôt à la manière d'un de ces contes qu'il affectionne tant. Il est né au lendemain de la guerre au pays Bassar au Togo qui a donné de nombreux combattants à la France. Les missionnaires l'ayant repéré, son père le laisse partir faire ses études en France.

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-Kofi Yamgnane n'a pas été le premier maire noir, ni le premier député noir ni, en 1991-1993 le premier noir membre du gouvernement. Cependant son parcours politique d'une vingtaine d'années a marqué parce qu'il a débuté inopinément dans un petit village finistérien, Saint-Coulitz, 250 habitants. Et qu'il s'est poursuivi sous le signe d'une gaité qui a paru inébranlable. Plusieurs livres l'ont accompagné. Le dernier qui vient de paraître rend un son inhabituel chez Kofi Yamgnane.

Il l'a titré "Mémoires d'outre-haine". La haine qui s'est exprimée dans les lettres qu'il n'a cessé de recevoir, qu'il a conservées et qu'il décide maintenant de rendre publiques.

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Il avait jusqu'ici présenté son parcours plutôt à la manière d'un de ces contes qu'il affectionne tant. Il est né au lendemain de la guerre au pays Bassar au Togo qui a donné de nombreux combattants à la France. Les missionnaires l'ayant repéré, son père le laisse partir faire ses études en France. Il lui confie, à moins que ce ne soit un proverbe qui le dise : "Vas à la rencontre d'autres hommes, les plus nombreux possible, tu en deviendras davantage homme". Kofi devient élève de l'Ecole des Mines, il travaille à l'Equipement à Brest, épouse une finistérienne qui, née sur la terre battue, a fait elle aussi l'expérience de la difficulté. D'ailleurs il confond volontiers les qualités de son Togo natal et de sa Bretagne d'adoption : on est peut-être pauvres mais d'autant plus riches d'imaginaire ! L'une de ses premières idées à Saint-Coulitz sera d'installer un Conseil des Sages : pas question de prendre une décision avant de l'avoir passée au tamis des anciens qui détiennent d'importants savoirs.

Les Bretons seront les premiers à se rengorger de la réussite de Kofi Yamgnane. Voilà un homme qui, venu de loin, comprend d'emblée l'esprit des lieux. "Vous nous donnez envie de nous installer en Bretagne", lui écrit-on parfois.

Racontant son histoire, Kofi Yamgnane se contentait de signaler quelques cactus qui piquaient dans le courrier qu'il recevait. Du genre: "Il faut être Breton et alcoolique pour élire un Nègre." Bon, en répétant cela, il se mettait encore les locaux de son côté.

-Dans "Mémoires d'outre haine", il fait le choix d'ouvrir grandes les portes de ce qu'il appelle son musée des horreurs.

Je ne suis pas sûr qu'il faille citer à l'antenne toutes ces missives. Les enveloppes peuvent suffire surtout quand elles contiennent des excréments. Elles sont, par exemple, libellées à l'intention de « Bouffi Miam Miam, mairie de Saint-Coulitz ».

Pour que personne ne se dédouane du danger, Kofi Yamgnane tient à reproduire aussi les propos qu'il a entendus dans la bouche de syndicalistes quand il soutenait la reconversion d'une usine : "Espèce de sale macaque, retourne dans ton arbre". Ou ce courrier d'un musulman : "Tu as insulté l'Islam, on coupera tes couilles de chien".

On voulait croire que la Bretagne faisait sienne son ascension. Eh bien, on a même vu des Bretons l'insulter !

-Faisant mémoire de cette hostilité accumulée, l'ancien secrétaire d'Etat à l'intégration ne parle plus exactement comme autrefois.

Quand il avait repéré une vieille dame du village voisin qui assiégeait chaque jour anonymement son téléphone, il allait la voir et réglait la question avec elle. On le voit au fil des années se décider à porter plainte.

La guêpe, prise d'un instant d'intelligence, avait demandé à l'abeille de lui montrer comment on fabrique le miel de la bienveillance, l'abeille se lança dans l'explication de son travail mais la guêpe, trouvant la leçon fastidieuse s'envola bien vite. 

Alors comment faire ?

Le grand anthropologue Claude Lévi-Strauss, désespérant en 1971 l'auditoire de l'Unesco par une conférence sur le racisme et l'antiracisme remarquait : "Rien n'indique que les préjugés raciaux diminuent, s'ils connaissent une brève accalmie, ils rejaillissent ailleurs avec une intensité accrue". Il ajoutait qu'il fallait néanmoins les combattre. Avec la patience de l'abeille. La pondération en la matière peut s'apparenter à la lâcheté.

Bref, pour passer de l'abeille au mouton, il ne faut pas laisser pisser le mérinos, contrairement à la formule du général de Gaulle avec lequel, Kofi Yamgnane, soit dit en passant, est assez injuste.

Une lettre m'a frappé :"Tu as tout ce que je n'ai pas, un grand diplôme, une femme que tu as surement volée à un Français et en plus, tu veux être maire dans mon pays". Elle en dit long. Encore est-elle rédigée correctement. Sous la signature SOS France, on lit des messages où les mots ont fait naufrage. C'est par la perte de la langue que le pire devient possible.

Et cette leçon tirée, remettons- comment dit Kofi Yamgnane ? Ce nouveau conte à sa place qui peut être votre bibliothèque.

Ouvrage : Kofi Yamgnane Mémoires d'outre-haine Locus Solus

Références

L'équipe

Jean Lebrun
Production