Napoléon sur son lit de mort à Saint-Hélène - gravure d'après Charles de Steuben
Napoléon sur son lit de mort à Saint-Hélène - gravure d'après Charles de Steuben
Napoléon sur son lit de mort à Saint-Hélène - gravure d'après Charles de Steuben ©Getty - Universal Images Group
Napoléon sur son lit de mort à Saint-Hélène - gravure d'après Charles de Steuben ©Getty - Universal Images Group
Napoléon sur son lit de mort à Saint-Hélène - gravure d'après Charles de Steuben ©Getty - Universal Images Group
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Résumé

En 1821, nombre de Français ne parvenaient pas à se convaincre de la mort de Napoléon et dès 1816, des paysans d'Ardèche l'avaient vu descendre de la lune. D'autres plaquaient l'oreille au sol afin d'entendre au loin la marche de l'armée qui allait le faire revenir.

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-Ce 5 mai c'est le bicentenaire de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène. Du moins pour ceux qui croient à sa disparition.

Depuis longtemps l'Europe n'avait connu pareil conquérant. Il avait pu se targuer d'y régner sur 40 millions de sujets. Son échec final laissait les imaginations en émoi.

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Dès son remplacement par la Restauration qui pouvait paraitre bien terne, apparurent des objets séditieux qui entretinrent un culte à peine clandestin : des bustes, des tabatières, des couteaux, des images surtout, par centaines de milliers. En 1823, Las Cases fit paraître son Mémorial, les dits et écrits de l'empereur recueillis à Sainte-Hélène. Après la révolution de 1830, le mouvement s'emballa. Au point que le roi Louis-Philippe, dans son souci de se présenter en héritier de toute l'histoire de France, jugea préférable d'organiser en 1840 le retour du corps impérial pour l'inhumer aux Invalides.

La reine Marie-Amélie, qui appartenait à la vaste famille des Bourbons, le prévint : "Méfiez-vous, mon ami, même mort, il est dangereux".

-D'autant que nombre de Français ne parvenaient pas à se convaincre de sa mort.

Dès 1816, des paysans d'Ardèche l'avaient vu descendre de la lune. D'autres plaquaient l'oreille au sol afin d'entendre au loin la marche de l'armée qui allait le faire revenir.

En 1840, Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, tente un coup d'état pour tirer parti de la gloire renouvelée de son oncle : il sait qu'aux yeux de nombre de naïfs, il peut passer pour la réincarnation de son oncle.

-Les premiers livres qui imaginent l'empereur toujours vivant commencent à paraître.

Ainsi dès 1836, un ouvrage de Geoffroy-Château. Il développe une première uchronie possible. L'uchronie modifie le cours de l'histoire en partant d'un point de départ fictif. Pour Geoffroy-Château, c'est la campagne de Russie de 1812 : que se serait-il passé si la Grande Armée avait pu échapper à sa débâcle ? Eh bien, Napoléon aurait pu partir à la conquête du monde. Valéry Giscard d'Estaing a encore publié il n'y a pas si longtemps un ouvrage à partir de la même hypothèse : pour lui, le Napoléon sauvé des neiges aurait choisi de faire le bonheur de l'Europe par la paix...

-Autre point de départ pour les uchronies : Sainte-Hélène.

Napoléon n'y est pas mort, proclament de nombreux livres dont Olivier Boura fait l'inventaire dans un des ouvrages les plus réjouissants suscités par ce bicentenaire. 

Je voudrais juste signaler parmi eux un conte signé de Simon Leys, le savant sinologue, l'auteur des "Habits neufs du président Mao". On y apprend qu'un sosie a pris la place du captif à Longwood et on y voit l'ex-empereur rejoindre l'Europe sur un brick où il sert de souffre-douleur à l'équipage à cause de sa vague ressemblance avec... Napoléon. Un réseau de conspirateurs doit l'accueillir à Bordeaux mais le bateau est dérouté vers Anvers. Là, personne. Le fugitif n'a presque pas d'argent, il en consacre un peu à visiter le champ de bataille de Waterloo et quand il finit par rejoindre Paris, il y apprend la mort du sosie le 5 mai 1821. Catastrophe. Personne ne va plus le croire.

Il trouvera refuge chez une bonapartiste, importatrice de pastèques et de melons.

Il ne peut trop se découvrir car la brave dame qui l'a mise dans son lit (Empire !) pourrait l'envoyer chez le docteur Quinton...

-Et qui est le docteur Quinton dans le conte de Simon Leys ?

Un aliéniste qui s'est fait une spécialité des faux Napoléon.

Il y en avait déjà 5 à Charenton en 1818. Et en 1840, 14 à Bicêtre.

C'est un premier effet des cérémonies du retour voulues par Louis-Philippe. C'est à se demander ce qui va se passer après le passage du président aux Invalides demain. Combien  de malades vont-ils se prendre pour Macron ?

Ouvrage : Olivier Boura Napoléon n'est pas mort à Sainte-Hélène - Deux siècles d’uchronie Gaussen

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Jean Lebrun
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