Une maison dans le centre historique de Castroville au Texas en 2008
Une maison dans le centre historique de Castroville au Texas en 2008
Une maison dans le centre historique de Castroville au Texas en 2008 ©AFP - Rob Francis / Robert Harding Heritage
Une maison dans le centre historique de Castroville au Texas en 2008 ©AFP - Rob Francis / Robert Harding Heritage
Une maison dans le centre historique de Castroville au Texas en 2008 ©AFP - Rob Francis / Robert Harding Heritage
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Résumé

En 1836 le Texas arrache son indépendance au Mexique. Il veut attirer des colons vers des terres dont il dispose, après en avoir exproprié des impresarios mexicains qui eux-mêmes avaient pu les prendre aux Indiens. Le français Henri Castro se propose de jouer l'intermédiaire entre la jeune république et la France.

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-A Cuba, Raul Castro quitte ses dernières fonctions officielles, à 89 ans. L'occasion d'évoquer un autre Castro, français, Henri qui, à 61 ans, fonda en Amérique en 1844, une ville qui porte encore son nom.

Castroville. Non pas Castro-île, le nom qu'on a pu donner au pays de Fidel et Raul.

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Henri Castro est né à Bayonne. Il était issu d'une famille juive dissimulée - marrane - qui avait quitté la péninsule ibérique, d'où son nom. De nature assez aventurière, il est passé aux Etats-Unis. Il y a été naturalisé et y représente des intérêts français, notamment ceux d'un grand banquier de la monarchie de Juillet, Laffitte.

En 1836 le Texas arrache son indépendance au Mexique. Il veut attirer des colons vers des terres dont il dispose, après en avoir exproprié des impresarios mexicains qui eux-mêmes avaient pu les prendre aux Indiens.

Castro se propose de jouer l'intermédiaire entre la jeune république et la France. Il se fait accorder de vastes concessions et s'en va quérir des colons dans sa mère patrie. Il commettra le prodige d'en amener plus d'un millier, à moins que ce ne soit le double -les estimations que j'ai lues varient.

-Nombre de Français sont tentés par l'émigration dans les années 1840. Et pas seulement vers l'Algérie dont le gouvernement leur indique la direction. Il est même des leaders socialistes pour leur proposer une terre promise, au Texas toujours.

Il faut voir qu'à ce moment, la France rurale atteint le maximum de population auquel elle soit jamais parvenue. Nous sommes en état de surcharge démographique.

Des chefs socialistes s'installent en effet dans le rôle du berger qui annonce qu'à l'autre bout du monde, l'herbe est plus verte.

Dans les bibliothèques de Cuba, on conserve sûrement le Voyage en Icarie d'Etienne Cabet, 1839, un des premiers livres communistes. Avant l'abolition totale de la propriété et de l'inégalité, Cabet propose une préparation par la vie communautaire. La première Icarie est tentée dans le Texas nouveau-né. Cabet lui-même s'embarquera un peu après ses premiers disciples. Mais l'affaire tourne vite au désastre, même après une transplantation dans l'Illinois. Les Icariens ne comptent pas assez d'agriculteurs et trop d'artisans qui ont du mal renoncer à leurs professions alors que la priorité est de produire de quoi manger.

Un autre socialiste, fouriériste cette fois, Victor Considérant, tentera un an plus tard l'implantation au Texas avec sa colonie de la Réunion près de Dallas. Ils seront jusqu'à 350 à répondre à son appel. Les mêmes difficultés se dresseront qu'à Icaria. Les agriculteurs baisseront les bras, les artisans décidés à ne pas abandonner leurs talents finiront par rejoindre la ville de Dallas en expansion, y créant des ateliers, une brasserie pour l'un, une horlogerie pour l'autre. Au lieu d'implantation de la colonie socialiste, on trouve maintenant le parking d'un supermarché.

-Castro qui était tout sauf un socialiste - nous parlons d'Henry au XIXème non de Raul aujourd'hui- a mieux réussi. Pourquoi ?

Pour son recrutement, il avait jeté son dévolu sur une population paysanne. Et il était allé la chercher jusqu'en lointaine Alsace, dans des villages homogènes -le curé de l'un d'eux se proposa même d'accompagner le mouvement. 

De l'Alsace aux ports belges ou au Havre, le voyage fut malaisé. La traversée longue. Et surtout, sur place, les dernières centaines de kilomètres au Texas, calamiteuses. Chariots trainés par des bœufs, enlisés dans les ornières de pistes impraticables. Moiteur du climat. Partout des fourmis, des serpents à sonnettes. Surtout, on n'avait pas parlé aux Alsaciens... des Indiens. Les affrontements avec eux vont durer plus d'une génération.

L'an dernier le cinéaste Paul Greengrass les évoquait à sa façon dans un film avec Tom Hanks : "La mission". On y entendait une petite fille prise en otage par les Indiens ne plus parler que le kiowa, ayant oublié l'anglais. Les Alsaciens de Castroville et des autres colonies équivalentes ont en fait longtemps conservé le dialecte alsacien. Il ne se perd là-bas que depuis le début du XXIème siècle.

A Castroville, moins de 3000 habitants aujourd'hui, une maison à colombage abrite un centre d'interprétation de l'aventure d'Henri Castro et de ses pionniers. Un cercle perpétue les danses alsaciennes.

Ah j'oubliais un détail qui pourrait intéresser Raul Castro. Le Castroville d'Henri vote républicain, quel que soit le candidat républicain et a fortiori s'il s'appelle Trump. La même méfiance y entoure Cuba et l'hispanisation telle qu'elle vient de la ville voisine de San Antonio. Les colonies du Texas c'est l'échec du socialisme utopique et l'hostilité au socialisme réel.