Oum Kalthoum derrière le rideau de l'Olympia à Paris après son récital le 14 novembre 1967 ©Getty - Keystone-France
Oum Kalthoum derrière le rideau de l'Olympia à Paris après son récital le 14 novembre 1967 ©Getty - Keystone-France
Oum Kalthoum derrière le rideau de l'Olympia à Paris après son récital le 14 novembre 1967 ©Getty - Keystone-France
Publicité
Résumé

Oum Khaltoum venait de la tradition la mieux établie : la grande école égyptienne de la cantillation coranique. Son père, simple paysan du Delta en apparence, était passé maitre dans cet art. Il le transposait dans la vie profane, animant les fêtes données à la campagne pour les naissances, les circoncisions...

En savoir plus

-Une exposition à l'Institut du monde arabe consacrée aux divas qui en sont issues. L'exposition nous mène jusqu'au personnage de Dalida mais nous ramène - de visage en visage : mieux vaut qu'ils soient dévoilés comme ils l'étaient alors - jusqu'à la figure-source d'Oum Khaltoum née en Egypte en 1898 dans un village du Delta du Nil et enterrée au Caire en 1975 dans un immense concours de peuple...

Peut-être cinq millions de personnes, comme, cinq ans plus tôt, pour le colonel Nasser.

Publicité

Oum Khaltoum venait de la tradition la mieux établie : la grande école égyptienne de la cantillation coranique. On dit le Coran incréé mais il est incarné par le corps dans la prière, par la voix dans le chant. Le père d'Oum Khaltoum, simple paysan du Delta en apparence, était passé maitre dans cet art. Il le transposait dans la vie profane, animant les fêtes données à la campagne pour les naissances, les circoncisions, les mariages. Son fils et sa fille l'accompagnaient.

L'histoire dit que, pour la circonstance, Oum Khaltoum était souvent habillée en bédouin. Il s'agissait de ne pas déroger à la bienséance. 

Lorsqu'au début des années 20, Oum Khaltoum va tenter sa chance au Caire, elle inscrit simplement « récitante » sur la carte de visite qu'elle se fait confectionner. 

-A cette époque, la chanson ne volait pas encore de ses propres ailes ?

L'apparition du disque 78 tours avait déjà permis à nombre de maitres de graver leur répertoire. Progressivement, la musique commence à être pensée pour le 78 tours. 

L'époque est techniquement favorable à la chanson mais elle l'est aussi politiquement. Le Royaume Uni vient de reconnaitre l'indépendance, au moins formelle, de l'Egypte dont le sultan, Fouad prend le titre de roi en 1922. Oum Khaltoum chantera au mariage de son fils Farouk en 1938 et devient un emblème du pays.

Dès 1930, la radio du Caire diffuse une fois par jour l'une de ses chansons. L'élargissement de son émetteur accompagnera son succès à moins que ce ne soit son succès qui fasse augmenter sa puissance.

-Ses apparitions sont assez rares pour se transformer en évènements.

Aussi, en parcourant l'exposition de l'IMA, peut-on légitimement la rapprocher des stars du cinéma, volontairement invisibles. Cinéma qu'elle a abordé à partir de la deuxième moitié des années trente mais avec une certaine distance.

Oum Khaltoum se tenait d'ailleurs toujours à distance. Béjart ayant imaginé qu'une danseuse pourrait la représenter sur scène dans un de ses ballets, on lui fit bientôt comprendre qu'on ne pouvait imaginer Oum Khaltoum danser, elle n'était pas une femme de mauvaise vie mais une sorte d'idole immobile.

-Ses concerts se tenaient quasi exclusivement dans l'espace arabe.

A elle seule, elle était une autre Ligue arabe. Avant la guerre de 1967, elle promet d'aller chanter à Tel Aviv mais Tel Aviv reconquise. La guerre des Six jours tournant au désastre pour l'Egypte. Oum Khaltoum adresse une chanson à Nasser afin qu'il ne quitte pas son poste. Exemptée de payer des impôts depuis 1964, elle offre en retour ses cachets pour la reconstruction de la puissance de feu de l'Egypte.

C'est ainsi qu'est imaginé par le gouvernement égyptien un passage exceptionnel à Paris. Le directeur de l'OIympia, Bruno Coquatrix, n'a nulle idée de l'importance Oum Khaltoum : « j'étais étonné qu'elle demande une rémunération si importante ; j'ai donc augmenté le prix des places ; quelle ne fut pas ma surprise quand je vis les guichets pris d'assaut. Et ces deux soirs de novembre 1967, ce fut du délire ».

Le signal était donné de l'importance nouvelle que prenait l'immigration arabe en France.

-Les deux soirées durèrent jusqu'à deux ou trois heures du matin.

Coquatrix avait pensé que ce serait trop court car Oum Khaltoum avait annoncé deux ou trois chansons. Mais chacune, rebondissant, d'ornementation nouvelle en improvisation, et en superpositions, pouvait durer des heures.

A son arrivée à Paris, les journalistes l'avaient comparée à nos chanteuses réalistes, telle Edith Piaf. Elle en avait la présence mais la différence était immense. « Pourquoi devrais-je rester fidèle à tes promesses ? Jusqu'à quand resterai-je captive alors que le monde s'ouvre à moi », Oum Khaltoum chantait cela mais au contraire de nos chanteuses, elle ne pouvait pas laisser entendre que c'était autobiographique. On ne sait d'ailleurs quasi rien de sa vie privée. Pas d'amant qui soit connu, deux maris mais très tardifs, la cinquantaine venue. Elle protégeait sa maison de très hauts murs infranchissables. La diva arabe telle qu'elle l'incarne, c'est la Forteresse.

Divas, d'Oum Kalthoum à Dalida, le thème d'une exposition à l'Institut du monde arabe à Paris