L'usine d’aluminium Rusal, dirigée par l’oligarque Oleg Deripaska, un proche de Vladimir Poutine
L'usine d’aluminium Rusal, dirigée par l’oligarque Oleg Deripaska, un proche de Vladimir Poutine
L'usine d’aluminium Rusal, dirigée par l’oligarque Oleg Deripaska, un proche de Vladimir Poutine ©Radio France - Claude Bruillot
L'usine d’aluminium Rusal, dirigée par l’oligarque Oleg Deripaska, un proche de Vladimir Poutine ©Radio France - Claude Bruillot
L'usine d’aluminium Rusal, dirigée par l’oligarque Oleg Deripaska, un proche de Vladimir Poutine ©Radio France - Claude Bruillot
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Résumé

L'immense forêt de Sibérie, censée absorber le CO2, est peu à peu grignotée par le béton et polluée par les usines tenues par des proches du président russe. Reportage.

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La semaine dernière, à l’occasion du sommet sur le climat, Vladimir Poutine annonçait que, dans 30 ans, la Russie émettrait moins de gaz à effet de serre que toute l’Europe réunie. Une annonce de plus pour le président du quatrième pays le plus pollueur au monde, où des régions entières – comme celle de Krasnoïarsk en Sibérie orientale – sont encore obligées de se chauffer au charbon et où les quotas d’émission de CO2 ne sont pas respectés.

Au sud de Krasnoïarsk, devant l’usine d’aluminium du consortium Rusal, les grandes cheminées grises, usées par cinquante années d’intense activité, crachent leurs fumées noires emportées par les vents venus de la taïga. Cette usine est la propriété de l’oligarque Oleg Deripasko, proche de Vladimir Poutine. Galina, 65 ans, physicienne de formation, dénonce avec "un groupe d’activiste", comme on les appelle en Russie, cette entreprise comme d’autres dans la région, dont les standards ne respectent pas les règles de filtrages et de rejets dans l’atmosphère : 

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"Ce que l’on voit et ce que l’on sent, ce sont les émissions cancérigènes de l’usine d’aluminium de Krasnoïarsk. Je crois que ces dégagements sont encore plus importants la nuit, parce que quand il fait beau et que je dors à l’Académie des sciences, je suis obligée de me réveiller la nuit pour fermer les fenêtres."

Des émissions jusqu'à 34 fois supérieures aux normes

Certaines nuits près de l’usine de Rusal, des activistes assurent que les émissions de particules solides sont jusqu’à 34 fois supérieures aux normes autorisées. Igor Speht, lui, a mis en place un projet baptisé "Le Ciel" , avec l’installation de cinquante capteurs qui mesurent la qualité de l’air au quotidien à Krasnoïarsk. Mais il sait que tant que le pouvoir régional ou national se confond avec les grands lobbies russes de l’énergie, il n’y aura pas de changement : "Tous ceux qui sont proches de notre Président ont des affaires plutôt florissantes. Toutes les usines de Rusal produisent à partir de technologies anciennes. La seule chose qui les oblige à se moderniser ce sont les standards européens, avec les quotas sur les émissions de CO2. Et la production d’aluminium doit aussi correspondre à ces règles".

Pourtant, officiellement, les autorités de la région de Krasnoïarsk, grande comme cinq fois et demie la France, assurent que la situation s’améliore avec une réduction de la pollution atmosphérique. Pavel Borzikh est le ministre régional de l’environnement :

"Les grands incendies, c’était essentiellement en 2018-2019. Nous avons surtout nos problèmes de qualité de l’air. Mais je crois que nous les réglons progressivement. Au cours des cinq dernières années, le niveau de la pollution atmosphérique a baissé de 13%."

Du charbon et des malades

Pas un mot en revanche sur l’autre grande problématique sibérienne après les pollutions industrielles. Dans un pays deuxième producteur mondial de gaz, rien n’est fait pour construire un gazoduc et alimenter Krasnoïarsk. Essentiellement pour une question de coût. Sans compter les infrastructures locales de distribution : relier la ville à un gazoduc coûterait environ deux milliards d’euros. Résultat : le million d’habitants continue à se chauffer au charbon, avec des rejets dans l’atmosphère qui provoquent chaque jour d'hiver, le "ciel noir", comme le surnomment les habitants. 

Anna a 31 ans, elle est enseignante. Elle doit régulièrement s’arrêter de travailler pour s’occuper de son fils de 3 ans, malade à cause de la pollution. "Je m’inquiète beaucoup de sa santé, parce que nous avons des problèmes de respiration par le nez. Il est toujours enrhumé, il tousse", explique-t-elle. Le docteur qu'elle a consulté n'a pourtant pas fait le lien avec la pollution. "Jamais il ne dira ça, parce que c’est interdit. On essaie de ne pas trop y penser pour éviter d’être démoralisés. Je ne vais jamais manifester parce que je trouve que ça ne sert à rien. Même quand les gens manifestent, notre administration ne change rien."

L’immense forêt sibérienne est censée absorber les émissions de CO2 mais la ville de Krasnoïarsk n’en finit plus d’empiéter sur elle
L’immense forêt sibérienne est censée absorber les émissions de CO2 mais la ville de Krasnoïarsk n’en finit plus d’empiéter sur elle
© Radio France - Claude Bruillot

Comme beaucoup d’habitants de Krasnoïarsk, Anna dit attendre avec impatience les week-ends pour sortir de sa ville et partir s’aérer dans les parcs forestiers aux alentours. Elle passe alors souvent, à 30 minutes au sud de l’agglomération, devant le grand barrage hydroélectrique sur le fleuve Lénisséï, dont 90 % de la production est réservée à l’alimentation de l’usine d’aluminium d’Oleg Deripaska, un proche de Vladimir Poutine.

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Claude Bruillot
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