Maison de Palestiniens à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. ©Radio France - Frédéric Métézeau
Maison de Palestiniens à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. ©Radio France - Frédéric Métézeau
Maison de Palestiniens à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. ©Radio France - Frédéric Métézeau
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Résumé

Pluie de roquettes contre bombardements massifs : la guerre est ouverte entre Israël et Gaza. Mais ce n'est pas dans le sud-ouest de la région que la mèche a été allumée. C'est à Jérusalem-Est, dans un quartier à majorité palestinienne, que la crise a éclaté. Reportage à Sheikh Jarrah.

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Sheikh Jarrah était connu pour son calme, sa verdure, ses jardins, ses maisons basses. Mais une décision de justice a fait basculer ce quartier à majorité palestinienne de Jérusalem-est. La Cour suprême doit encore se prononcer sur l'expulsion de plusieurs familles palestiniennes, mais depuis un mois, le mal est fait : Sheikh Jarrah est devenu un symbole, l'épicentre d'une nouvelle crise, un lieu de violences et de les tensions.

Maïsoun Moahmad Rocheh en est l'incarnation. Samedi soir, cette mère de famille, accompagnée de ses deux filles, rentrait chez elle en voiture lorsqu'elle a été molestée par la police. Une scène violente relayée par la  Al-Jazeera et les réseaux sociaux.

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"Tu sais ce que m'ont fait ces trois policières alors qu'on n'avait pas d'armes dans la voiture ?" interpelle Maïsoun Moahmad Rocheh, montrant un hématome sur sa cheville violacée. "Elles nous ont frappé. J'ai appelé mon mari à l'aide", poursuit la victime, "mais il n'a pas pu s'approcher."

Maïsoun Mohamad Rocheh et sa fille, habitantes de Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est, molestées samedi 15 mai 2021 par la police.
Maïsoun Mohamad Rocheh et sa fille, habitantes de Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est, molestées samedi 15 mai 2021 par la police.
© Radio France - Frédéric Métézeau

Cette violence, loin de lui faire peur, ne fait que creuser le fossé avec les Israéliens. "Je ne peux pas vivre avec les colons. Ce sont les plus extrêmes, il nous détestent." Quant à partir, il n'en est pas question pour elle, pas plus que pour Abou Said al-Kurdi, 77 ans, qui vit ici depuis 1956.

Nous sommes comme les pierres de Jérusalem, nous serons toujours là, pour l'éternité... On quittera Jérusalem morts, on ne partira pas vivants.

Si, pour le vieil homme, "chaque pierre a son histoire", il y voit des marques "des Romains, des Ottomans, des Omeyyades, mais (...) rien pour les Juifs". Même déni pour Mohamad Abu al-Ummus, venu en soutien d'un quartier voisin : "Pour les Palestiniens, les musulmans et les chrétiens, Jérusalem, c'est l'ascension de Mahomet au ciel, c'est l'Eglise du Saint-Sépulcre", assure ce chômeur de 54 ans, expulsé en 2009 de Sheikh Jarrah.

À Sheikh Jarrah, Jérusalem-est, un graffiti : "Bienvenue à Sheikh Jarrah, quartier de résistance"
À Sheikh Jarrah, Jérusalem-est, un graffiti : "Bienvenue à Sheikh Jarrah, quartier de résistance"
© Radio France - Frédéric Métézeau

Un parti-pris historique que conteste l'avocate israélienne Nili Naouri, membre du Likoud (le parti de droite de Benyamin Netanyahou) et dirigeante de l'association Israel Forever. "Les Arabes ne reconnaissent ni notre droit historique, ni notre droit légal. Ce que l'on appelle le 'peuple palestinien' est véritablement le plus gros bluff de l'histoire. Ça n'est qu'une entité qui a été créée de toutes pièces dans le courant du XXe siècle."

Dans cette course à l'antériorité, estime la juriste qui conseille l'association d'aide juridique aux colons juifs qui veulent venir s'installer à la place des palestiniens, "lorsque vous faites des fouilles archéologiques, vous découvrez uniquement l'histoire du peuple juif, un peuple vieux de 4 000 ans, ce qui est écrit dans la Bible".

Colons juifs à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. En arrière plan, une banderole en arabe : "Sauvez Sheikh Jarra".
Colons juifs à Sheikh Jarrah, quartier administré par Israël de Jérusalem-est. En arrière plan, une banderole en arabe : "Sauvez Sheikh Jarra".
© Radio France - Frédéric Métézeau

"Le Mont du Temple, en particulier, a été la source et a tout déclenché. Jérusalem est le cœur du peuple juif, de la nation juive", poursuit Nili Naouri. "Mahomet n'a jamais mis les pieds à Jérusalem. Ça n'a jamais existé." Un déni brutal, là aussi, qui justifie, pour Nilli Naouri, de démonter le "dôme doré" qui trône au milieu de l'Esplanade des Mosquées, l'appellation musulmane du Mont du Temple. En d'autres termes, démonter Al-Aqsa pour reconstruire le troisième temple juif.

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Mais toucher Al-Aqsa, c'est jouer avec le feu. Moussa, qui vit à quelques mètres de l'Esplanade des Mosquées, était sur place le 8 mai au soir, quand la police israélienne a investi la mosquée. Une opération qui, selon lui, "a agité toute la jeunesse palestinienne". Au point de rassembler la contestation, dit-il :

Les israéliens nous divisent depuis 1948 et 1967, mais [cette crise] prouve que le peuple palestinien est uni. À Gaza, en Cisjordanie, mais aussi en Europe et dans les camps de réfugiés en Jordanie et au Liban !

Chaque peuple voit en Jérusalem sa capitale politique... Et chacun est persuadé d'avoir l'Histoire et Dieu avec lui.