Les drapeaux ont été mis en berne sur la Place de la Nation à N'Djamena, au Tchad, après la mort d'Idriss Deby le 19 avril. ©Radio France - Valérie Crova
Les drapeaux ont été mis en berne sur la Place de la Nation à N'Djamena, au Tchad, après la mort d'Idriss Deby le 19 avril. ©Radio France - Valérie Crova
Les drapeaux ont été mis en berne sur la Place de la Nation à N'Djamena, au Tchad, après la mort d'Idriss Deby le 19 avril. ©Radio France - Valérie Crova
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Résumé

À N'Djamena, Mahamat Idriss Déby, président depuis la mort inattendue de son père le 19 avril dernier, peine à convaincre. À la tête d'un conseil militaire de transition, il promet des élections libres dans dix-huit mois. Mais ce qui semble rassurer Paris ne convainc pas l'opposition tchadienne.

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Nommé président dans la foulée de la mort de son père, tué au combat, selon la version officielle, Mahamat Idriss Déby, 37 ans, a promis d’organiser au Tchad des élections dans les dix-huit prochains mois. Mais si cette perspective a reçu l’assentiment du parrain français, favorable à une transition d’une durée limitée et à un retour rapide à des institutions démocratiquement élues, l’opposition tchadienne, elle, ne l'a pas acceptée. Elle dénonce un coup d’État institutionnel et une succession dynastique.

La chaleur accablante qui règne à Ndjamena n’entame pas l’énergie ni la détermination de Succès Masra. À 38 ans, cette figure montante de la scène politique tchadienne, réputée pour son franc parler, enchaine les interviews. Il nous reçoit au siège du parti les Transformateurs, créé il y a trois ans. Le mouvement qu'il a créé revendique aujourd’hui 150 000 adhérents.

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Succès Masra au siège de son parti, Les Transformateurs. Ce Tchadien de 38 ans représente la nouvelle génération. Il dénonce un coup d'État institutionnel dans son pays.
Succès Masra au siège de son parti, Les Transformateurs. Ce Tchadien de 38 ans représente la nouvelle génération. Il dénonce un coup d'État institutionnel dans son pays.
© Radio France - Valérie Crova

Entouré des portraits de Nelson Mandela, de Thomas Sankara et de Martin Luther King, Succès Masra condamne, à la fois, la prise du pouvoir par les militaires et leur charte de transition :

"Cette charte est une charte de dictature. Elle donne tous les pouvoirs à une personne (Mahamat Idriss Déby, ndlr) dans le Conseil militaire de transition. Elle nomme tout le monde et peut révoquer tout le monde à n'importe quel moment."

Ces gens qui nous promettent un avenir démocratique ont tué une dizaine de personnes et ont arrêté plus 700 personnes lors de la première marche pacifique. Vous voulez qu’on leur fasse confiance ?

"Ensuite", poursuit Succès Masra, "si l'on acte qu’un coup d'État n'est pas grave, il faut s'attendre à d'autres coups d'État dans ce pays. Est-ce que c'est ce que l'on veut offrir comme perspective ? »

Une continuité très critiquée

L’installation d’un gouvernement, composé dans sa grande majorité par d’anciens caciques du régime, laisse un gout amer à Yaya Dillo. Cet opposant n’a pas pu se présenter aux dernières élections présidentielles remportées à près de 80 % par Idriss Déby.  Il en a été empêché après un assaut lancé sur sa résidence pour l’arrêter. Sa mère est décédée pendant l'opération. 

"Une nouvelle page devait se tourner avec le décès du Président Déby qui nous a gouvernés pendant trente ans avec des méthodes peu démocratiques… Notre souhait était de voir se mettre en place un État de droit. Malheureusement, [le nouveau gouvernement s'inscrit dans] la continuité de l’ancien système, et cela peut laisser présager d’un avenir risqué pour le Tchad."

Pour Maître Delphine Kemneloum Djiraibé, membre de l'association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'homme, le pouvoir "persiste à ne pas écouter la voix de la population".
Pour Maître Delphine Kemneloum Djiraibé, membre de l'association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'homme, le pouvoir "persiste à ne pas écouter la voix de la population".
© Radio France - Valérie Crova

La confiscation du pouvoir par les militaires, qui seraient les mieux à mêmes de maintenir la stabilité du Tchad, l’avocate Delphine Kemneloum Djiraibé la rejette avec force. Cette infatigable militante des droits humains a lutté pendant plus de vingt-cinq ans pour obtenir la condamnation de l’ancien dictateur tchadien Hissen Habré.

Le fait que ce comité militaire prenne le pouvoir et impose le fils de Déby, c’est comme une incitation à la violence. On persiste à ne pas écouter la voix de la raison et la voix de la population. Aujourd’hui, le peuple est debout et dit : 'nous n’en voulons pas !'

Mais tout le monde n’est pas aussi catégorique. Mercredi, le principal opposant du président Déby, Saleh Kebzabo a choisi de composer. Deux membres de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau, le parti qu’il dirige, sont entrés dans le nouveau gouvernement, ce qui a provoqué des divisions en interne.

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"Je comprends parfaitement que les militaires aient été désemparés après la mort de leur chef, le président Déby. Mais quand on est désemparé", estime Saleh Kebzabo, "il faut chercher des conseils. Ils ont eu un réflexe militaire et sont restés entre eux. Ils ont commis une série d'erreurs. Il faut qu'on les aide à réparer ces erreurs."

Nous allons accompagner ce mouvement pour autant qu’il soit viable. Après dix-huit mois, il faudra passer à autre chose. II faut une bonne présidentielle pour que les Tchadiens choisissent pour une fois un président véritablement issu des urnes.

Le Tchad attend dans les prochains jours le verdict de l’Union africaine, qui doit se prononcer sur d'éventuelles sanctions. Une mission sur place est chargé d'évaluer cette transition mise en place en dehors de toute légalité constitutionnelle

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L'équipe

Valérie Crova
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