La Posidonie, bien que réglementairement protégée,  perdrait chaque année 1,5 % de sa surface. - Mathieu Imbert PNCAL
La Posidonie, bien que réglementairement protégée, perdrait chaque année 1,5 % de sa surface. - Mathieu Imbert PNCAL
La Posidonie, bien que réglementairement protégée, perdrait chaque année 1,5 % de sa surface. - Mathieu Imbert PNCAL
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Résumé

Zoom sur un programme de protection des fonds marins inédit à Marseille, destiné à lutter contre le réchauffement climatique. L’idée est de permettre à des entreprises de compenser une partie de leurs émissions de CO2 en finançant la préservation des herbiers marins de Posidonies, des écosystèmes en danger.

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C'est l’une des richesses de la mer Méditerranée, les prairies sous-marines de Posidonies. Aujourd’hui ces plantes aquatiques à fleurs sont menacées par la pollution et la sur-fréquentation des plaisanciers qui jettent l'ancre dans les criques paradisiaques des Calanques. Une disparition inquiétante selon François Bland, directeur du Parc national des Calanques : "Nous avons des régressions très importantes des herbiers. Par exemple dans la baie de la Ciotat, 30 hectares d'herbiers ont disparu en une dizaine d'année notamment du fait du mouillage des navires."  

Les herbiers de Posidonies stockent 7 fois plus de CO2 qu'une forêt française de feuillus 

Ces écosystèmes particulièrement riches rendent d’importants services écosystémiques : ils contribuent à la protection du littoral contre l’érosion, soutiennent la pêche côtière, ou encore jouent un rôle de filtration dans la colonne d’eau. En abîmant ces herbiers, on détruit aussi un rempart naturel contre le changement climatique, car les Posidonies captent et stockent du CO2 de l’atmosphère, comme les arbres et même, plus que les forêts, détaille François Bland : "L’herbier stocke jusqu’à 1500 tonnes de carbone par hectare, c'est  3 à 5 fois plus que les forêts tropicales, et jusqu’à 7 fois plus qu’une forêt de feuillus française".  

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Le Parc national des Calanques participe à un projet pilote de compensation carbone baptisé Prométhée Med. L’idée, à terme, est de permettre à des entreprises de compenser une partie de leurs émissions de CO2 en finançant la préservation des herbiers marins. 

Un data center de Marseille va financer la protection des Posidonies pour compenser ses émissions de CO2

Dans le Port de Marseille est implanté l'un des plus gros data center de la ville. Cette usine digitale du groupe Interxion consomme 16 megawatt (MW) d'électricité, l'équivalent d'une ville de 25.000 habitants. "Nous avons beaucoup travaillé sur l'efficience énergétique" explique Fabrice Coquio, président d'Interxion France qui exploite quatre centres de données à Marseille. Le but est d'avoir un système de refroidissement des salles informatiques, indispensable pour éviter la surchauffe du matériel, le plus performant possible. Autrement dit de "gâcher le moins de froid possible" selon l'expression de Fabrice Coquio qui fait visiter le cœur du data center, des salles informatiques remplies de systèmes de stockage, de télécom, de switches et de routeurs : "Habituellement lorsque l'on rentre dans un data center, il faut un anorak mais, ici, nous maintenont la température ambiante à 24°C, nous produisons du 'froid' uniquement là où l'on en a besoin, c'est à dire devant les machines protégées par des portes vitrées". Le groupe explique qu'il a réduit au maximum ses émissions de gaz à effet de serre, "depuis 2014, Interxion achète 100% de son électricité en France sur des certificats d'énergie renouvelable et verte" détaille Fabrice Coquio. Financer la préservation des Posidonies serait donc une façon de "compenser" ses émissions résiduelles. 

C'est justement la caution "anti-green washing" du programme de compensation carbone mené en partenariat avec le Parc national des Calanques qui vise une certification du ministère de la Transition écologique : les entreprises choisies comme partenaires ont déjà mis en place des programmes de réduction de leurs émissions de CO2. 

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Objectif : obtenir le label-bas carbone 

Mais ce projet n’en est qu’à ses débuts. Il faut d’abord trouver une méthodologie pour calculer les tonnes de CO2 compensées grâce à la préservation des herbiers marins. C’est là qu'intervient EcoAct, une société de conseil et de développement spécialisée dans les stratégies de décarbonation. Emilie Alberola, directrice recherche et développement : "Tout l'objectif de cette méthodologie in fine, c'est de créer un outil de calcul carbone qui va permettre de comptabiliser le carbone qui va pouvoir être séquestré par les Posidonies". 

La société s'est donné un an pour mener à bien ce travail : "Nous allons synthétiser toute la littérature scientifique et technique autour de la dynamique du stockage de carbone par les herbiers de Posidonies. On va aussi prendre en compte les différentes mesures de conservation et de régénération en cours. Cette méthodologie sera ensuite soumise au ministère pour validation".   

Le Ministère de la transition écologique a déjà octroyé le label 'bas-carbone' à des projets forestiers ou agricoles.  Si le projet aboutit à Marseille, ce sera la première certification pour des herbiers marins.  

François Bland, le directeur du Parc national des Calanques y voit une nouvelle source de financement : "Les Posidonies sont protégées d'un point de vue réglementaires mais cela ne suffit pas. Il faut également mettre en place un certain nombre d'équipements, comme des ancrages écologiques pour les bateaux. Donc, d'inscrire ces herbiers comme puit de carbone va permettre au Parc de financer ces équipements et leur surveillance". Des aménagements d’autant plus nécessaires que les calanques connaissent depuis 2020, année Covid, une fréquentation record qui met encore plus en danger les écosystèmes marins fragiles. 

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Références

L'équipe

Sandy Dauphin
Production