Le village de Crest dans la Drôme ©Maxppp - MOUILLAUD RICHARD
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Résumé

Cannabis, ketamine, cocaïne : les jeunes consommateurs ruraux sont de plus en plus jeunes et de plus en plus nombreux.

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Assis sur des bancs, a côté des installations pour les skateboard et les rollers, ils ont entre 12 et 20 ans.  Et pour certains d'entre eux, ont basculé dans une consommation régulière de drogues ces derniers mois. "Avant le confinement je ne connaissais pas tout ca", explique une jeune fille brune. "Je ne touchais à rien du tout. Mais pendant le confinement, j'ai consommé un peu et j’avais un groupe de potes qui consommait beaucoup… À part la cocaïne, la kétamine à 40 euros le gramme, ce n’est pas cher. Et même les taz, les amphétamines, c’est simple d’avoir ce qu’on veut", dit-elle.  

Et c’est ce qu’observe Alexis Coutin, éducateur de rue depuis 11 ans dans la région, en sillonnant Crest et les villages aux alentours, pour faire de la prévention, et rencontrer les adolescents. "Je trouve qu’on a des consommations qui augmentent", dit-il. "Avec des jeunes qui consomment de façon excessive, et de plus en plus jeunes. Aujourd’hui, ca va être les excitants, cocaïne, amphétamines, MDMA, les hallucinogènes comme le LSD -ça marche toujours- , la kétamine, et tout ca dans un joyeux mix. On a des jeunes qui consomment tout ça en une seule nuit. On a même des jeunes qui n’en sont plus à justifier leur consommation par une participation à un évènement festif. On est avec des jeunes qui peuvent consommer de la kétamine un mardi matin chez eux, parce qu’ils sont inactifs. Avec des profils de polytoxicomanie". 

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Les produits arrivent parfois plus vite que dans la capitale

Sur les bords de la Drôme, les adolescents qui fument du cannabis, eux, ont treize ou quatorze ans. Ils tirent sur un joint entre deux plongeons dans l’eau. Loin du collège, loin du lycée, et des cours en distanciel, un peu livrés à eux-mêmes.  "Je n'ai pas trop augmenté ma consommation", explique l'un des jeunes, "mais c'est compliqué". "C'est aussi une question d'entourage. Moi j’viens de Normandie, et ce n'est pas la même mentalité", précise un autre. "Les fréquentations qu’on a vont aussi jouer pas mal. Quand je revois mes anciens amis, ils ne fument pas alors qu’ils ont mon âge maintenant. Donc je pense que ça joue".  

Mais la zone géographique y est aussi pour beaucoup. Les récents affrontements entre bandes en banlieue de Valence reflètent l’augmentation du trafic, selon une source proche de la gendarmerie. Avec des dealers qui font régulièrement des aller retours entre Lyon, Grenoble, et Marseille, avec des quantités qui augmentent. Au mois de mars, gendarmes et policiers ont démantelé 3 réseaux différents dans la région, dont un à Crest. Ils ont saisi plus de 20 kilos de cannabis, de la cocaïne, et des armes.

"Pas question de se fier au paysage de campagne bucolique", reprend Alexis Coutin l’éducateur. "Les produits arrivent parfois plus vite dans les villages que dans la capitale. Donc nous on a fait un gros travail de réduction des risques. On avait des produits très étonnants qui circulaient, de la cocaïne pure à 60 ou 70%. Ça se fait dans des milieux un petit peu huppés, mais pas dans la rue". La rue, les éducateurs ne l’ont pas quittée, même pendant le confinement. Et ils attendent la réouverture complète des lycées, des bars et des restaurants, pour intensifier leurs actions de prévention.

17 min
Références

L'équipe

Antoine Giniaux
Production