Covidom a permis de réduire le séjour d'hospitalisation de 342 malades atteints par le Coronavirus en les équipant à domicile, d'un concentrateur d'oxygène et grâce aux médecins du réseau
Covidom a permis de réduire le séjour d'hospitalisation de 342 malades atteints par le Coronavirus en les équipant à domicile, d'un concentrateur d'oxygène et grâce aux médecins du réseau
Covidom a permis de réduire le séjour d'hospitalisation de 342 malades atteints par le Coronavirus en les équipant à domicile, d'un concentrateur d'oxygène et grâce aux médecins du réseau ©Getty -  HKPNC
Covidom a permis de réduire le séjour d'hospitalisation de 342 malades atteints par le Coronavirus en les équipant à domicile, d'un concentrateur d'oxygène et grâce aux médecins du réseau ©Getty - HKPNC
Covidom a permis de réduire le séjour d'hospitalisation de 342 malades atteints par le Coronavirus en les équipant à domicile, d'un concentrateur d'oxygène et grâce aux médecins du réseau ©Getty - HKPNC
Publicité
Résumé

Grâce à l'engagement de 27 médecins à la retraite, 342 malades équipés d'un concentrateur d'oxygène sont, ou ont été, soignés chez eux, leur évitant ainsi une longue hospitalisation.

En savoir plus

Ce sont des soignants émérites, des sommités, anciens chefs de service en milieu hospitalier de la région Île-de-France, qui se sont réunis et se sont engagés dans la lutte contre l'épidémie. "Je suis cardiologue, je vais bientôt avoir 68 ans et je me suis dit 'Il faut que je fasse quelque chose !' Je ne pouvais pas aller en première ligne avec les soignants, alors avec des confrères de mon âge, on a lancé 'Covidom Oxygène'. Une plateforme de télésurveillance qui permet à des malades du Covid-19 de bénéficier d'une assistance en oxygène chez eux", explique le Professeur Jean-Yves Artigou, ancien chef de service à l'hôpital Avicenne de Bobigny en Seine-Saint-Denis.

Cette expérience, qui a démarré il y a un an de manière "artisanale" au début de la crise sanitaire, se révèle concluante puisqu'elle a permis de réduire le séjour d'hospitalisation de 342 malades atteints par le coronavirus. Ces patients, qui étaient requérants en oxygène, ont pu regagner leur domicile en toute sécurité, tout en bénéficiant d'une assistance à la fois matérielle et humaine. 

Publicité

Permettre au patient de se déplacer dans son domicile

Une fois chez eux, ils sont équipés d'une machine à roulettes. "Dans notre jargon on appelle ça un extracteur", poursuit le Professeur Artigou :"C'est une machine à roulettes qui extrait de l'oxygène à partir de l'air." Le patient dispose également d'une bouteille d'oxygène de secours qui ressemble un peu à celles qu'utilisent les plongeurs sous-marins. La machine est reliée à eux par un gros et long tuyau à rallonge qui leur permet de se déplacer dans leur domicile, d'aller de la cuisine à la chambre, des toilettes au salon. Une sorte de cordon ombilical, de parachute aussi... 

Chaque jour, un médecin du réseau "Covidom" téléphone au malade pour une consultation à distance. Une conversation au cours de laquelle le praticien évalue l'état de santé du patient en écoutant attentivement sa respiration, son élocution, ses soupirs, aussi. Il s'agit de détecter "à l'oreille" s'il y a un souci et de le déceler. Une relation étroite se noue entre le médecin et le malade qui peut à tout moment appeler son référent pour lui faire part d'un problème, d'une interrogation, d'une peur. 

Le Professeur Bruno Housset, pneumologue, ancien chef de service du centre inter hospitalier de Créteil dans le Val de Marne a rejoint Covidom
Le Professeur Bruno Housset, pneumologue, ancien chef de service du centre inter hospitalier de Créteil dans le Val de Marne a rejoint Covidom
© Radio France - Cécilia Arbona

"Une façon de contribuer à l'effort de guerre"

Retraité depuis le mois de septembre dernier, le professeur Bruno Housset, pneumologue, ancien chef de service du centre inter hospitalier de Créteil dans le Val-de-Marne est, dit-il, "dans son élément" depuis qu'il a rejoint cette "brigade" de soignants volontaires et bénévoles qui prend soin de malades sans les rencontrer. "Pour moi, c'est une façon de contribuer à l'effort de guerre. La consultation téléphonique nous permet de savoir quelle est la saturation sous oxygénothérapie, ou sans oxygène, et au fil des jours on peut envisager de sevrer les personnes qui se sentent mieux. On a aussi, sur ce capteur, les pulsations, donc on se rend compte aussi s'il y a une tachycardie ou si le cœur bat trop rapidement ou pas."

"Je préfère être soigné chez moi, même si j'entends les cris de mes enfants, c'est mieux que l'hôpital", nous confie un chauffeur de poids lourd de 46 ans, père de famille. Certes, le quotidien est pesant pour lui, avec ce fil à la patte XXL que représente le tuyau à rallonge qui le relie en permanence à la machine à oxygène, qui roule derrière lui chaque fois qu'il bouge dans son appartement. Mais c'est le souvenir de l'hospitalisation et de la mort qu'il a frôlé qui le hante et le mine : "J'ai été déclaré positif au Covid-19 le 16 mars, je n'avais plus d'oxygène. On m'a conduit en urgence à l'hôpital Bichat, on m'a mis 15 litres d'oxygène, j'ai fait une embolie pulmonaire. Après le scanner, ils m'ont envoyé directement en réanimation, là je me suis dit 'Ça y est je suis mort. Pour moi c'est fini !' Je me disais que j'allais laisser mes quatre enfants, le petit dernier a 3 ans !" 

Après six jours en réa puis cinq jours en soins intensifs, ce père de famille a pu rentrer à la maison grâce à Covidom
Après six jours en réa puis cinq jours en soins intensifs, ce père de famille a pu rentrer à la maison grâce à Covidom
- DR

Ce père de famille, profondément marqué, est resté six jours en réa puis cinq jours en soins intensifs. Quand on lui a annoncé qu'il allait rentrer chez lui pour poursuivre les soins, il était angoissé : "Je leur dit 'Non ! Je ne suis pas prêt !' Et ils m'ont rassuré en m'expliquant qu'ils n'allaient pas me lâcher dans la nature, que je serai suivi avec un médecin qui m'appellerait tous les jours. Et quand je suis revenu chez moi tout était prêt. Il y avait la machine qui donne de l'oxygène et le gros tuyau pour me permettre de me déplacer dans l'appartement." 

Un équipement qui commence à lui peser maintenant :

"Si tout va bien la semaine prochaine, on va arrêter. J'ai hâte qu'on m'enlève ça, c'est un cauchemar parce que je suis comme un prisonnier. C'est la mort que j'ai frôlé, c'est dans ma tête, ça me travaille..." 

Le Professeur Housset décrypte : "Je pense qu'il y a pour ce patient la nécessité de mettre en place une aide psychologique."

Pour certains patients seulement

Sur les 342 malades suivis, il n y a eu aucun décès. En fait, explique le Professeur Jean-Yves Artigou, le succès de l'oxygénothérapie repose sur une bonne sélection du patient. Il faut répondre à des critères bien précis pour mettre en place cette procédure.

Actuellement, 105 personnes sont suivies par "Covidom Oxygène" avec une moyenne de 14 jours de délai de sevrage en oxygène. Concrètement, cela veut dire que l'on gagne 14 jours d'hospitalisation, et que cela permet de libérer des lits en soins intensifs. L'âge moyen des personnes prises en charge à domicile a diminué : il est de 59 ans alors qu'il était de 64 ans au début de la crise sanitaire. 

"Grâce à Covidom, on a pu éviter 5 400 lits/journée, ça veut dire un service de 30 lits pendant 6 mois. Ce n'est pas neutre et on en est assez fier. J'espère que tout ça va se calmer et que l'on pourra transposer cette expérience dans d'autres domaines de la médecine", se félicite le Professeur Artigou.

Références

L'équipe

Cecilia Arbona
Production
Cecilia Arbona
Journaliste