Ce premier concert-test aura lieu à l'AccorHotels Arena, le palais omnisports de Paris-Bercy.  ©Radio France - Veronique Julia
Ce premier concert-test aura lieu à l'AccorHotels Arena, le palais omnisports de Paris-Bercy. ©Radio France - Veronique Julia
Ce premier concert-test aura lieu à l'AccorHotels Arena, le palais omnisports de Paris-Bercy. ©Radio France - Veronique Julia
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Résumé

Le concert du groupe Indochine, samedi prochain, à l'AccorHotels Arena, va donner lieu à une étude clinique orchestrée par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Objectif, établir si un concert de 5 000 personnes sans distanciation mais avec masque en milieu fermé présente ou pas un surrisque de contamination.

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La collaboration de la science et du monde du spectacle, c'est tout le sens du projet "Ambition Live Again", le fameux concert-test du groupe Indochine qui aura lieu samedi 29 mai, à l'AccorHotels Arena, le palais omnisports de Paris-Bercy. Il s'est monté sur la volonté conjointe du Prodiss, syndicat d'organisateurs privés de spectacles vivants, et de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Objectif commun des professionnels du spectacle et des chercheurs de l'AP-HP : vérifier qu'on ne court pas un surrisque à réunir 5 000 personnes en concert fermé et en configuration debout, non distanciée, dans la fosse.

La démonstration sera scientifique : ce concert, très encadré, fait l'objet d'une étude clinique très sérieuse de l'AP-HP, l'étude Spring (Study on PRevention of SARS-CoV-2 transmission in a large INdoor Gathering event). Pour les participants, le concert est gratuit, mais la participation a quand même un prix : elle suppose quelques contraintes, puisqu'il faut se soumettre à trois tests. Le premier, antigénique, se fait dans les 72 heures qui précèdent le concert. Le deuxième, prélèvement de salive, sera fait le jour même du concert, c'est-à-dire samedi. Le troisième, enfin, sera fait, par les participants eux mêmes, chez eux, sept jours après le concert, pour vérifier s'il y a eu contamination ou pas.

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Depuis ce jeudi, les 7 500 personnes retenues pour le test (sur les 20 000 qui s'étaient inscrites) ont donc fait le déplacement jusqu'à l'Accor Arena de Bercy pour faire leur premier test et vérifier qu'elles sont bien éligibles au concert de samedi. 

Comment le concert s'organise

Dans l'immense arène, et surtout dans sa fosse, sont installés une vingtaine de "compartiments", des modules d'accueil pour recevoir les participants. Des agents équipés de blouses blanches et bleues, (ils sont plus de 200) recueillent leur consentement et font les tests. Les participants seront reçus un par un, et il y a des déçus, forcément, car les profils à risque ne sont pas acceptés. 

Dans l'arène, les volontaires sont accueillis et testés dans une vingtaine de "compartiments".
Dans l'arène, les volontaires sont accueillis et testés dans une vingtaine de "compartiments".
© Radio France - V. J.
Après leur test antigénique, les volontaires doivent patienter 15 minutes pour avoir le résultat mais ne sont toujours pas sûrs de participer physiquement au concert.
Après leur test antigénique, les volontaires doivent patienter 15 minutes pour avoir le résultat mais ne sont toujours pas sûrs de participer physiquement au concert.
© Radio France - V. J.

"On a pas mal de personnes avec un indice de masse corporelle à 30, des gens en surpoids, qui sont rejetés de l'étude car on ne prend pas de participants porteurs de facteurs de risque. On ne prend que des 18-45 ans, sans 'comorbidités'. Évidemment, certains le prennent mal d'être évincés, mais il faut bien comprendre qu'ici, on fait d'abord une étude clinique très sérieuse et que se faire plaisir au concert est moins le sujet", explique Laure Choupeaux, membre du staff scientifique.

Romain, 28 ans, grand fan d'Indochine, en est conscient : 

Je sais qu'il y a ces contraintes et c'est le jeu. C'est un petit prix à payer, et ce n'est pas bien grave : je suis tellement frustré de concert depuis des mois que ça fait du bien de se projeter. Vivre à Paris sans le plaisir des salles et des sorties, c'est rude.

"En 30 minutes, c'est plié", témoigne Orizia, 21 ans, qui vient de passer le test. "Le test, quelques questions et les 15 minutes d'attente après le test, pour avoir le résultat. Franchement, pour moi qui habite Paris, ce n'est pas compliqué." Bonne nouvelle en plus, son test est négatif, elle entre dans les critères et peut espérer retourner samedi en concert : "Ça fait un an et demi que je n'y suis pas allée, c'est long ! Mon dernier concert, je me souviens, c'était Eddy de Pretto." Même enthousiasme chez Luc, 28 ans, qui est négatif lui aussi : "Je me suis inscrit, non pas pour Indochine que je connais peu, mais pour la première partie du concert, Étienne de Crecy, qui fait de la musique électro... La French Touch, j'adore !"

Parmi les candidats retenus, il y aura, en plus, un tirage au sort

Sauf que... tous les trois ne sont pas sûrs encore de pouvoir assister au concert, samedi. Car vendredi, par tirage au sort, les participants seront divisés en deux groupes distincts. Les plus chanceux iront au concert (ils seront 5 000) et les autres (ils seront 2 500), réunis dans le "groupe contrôle", le regarderont de chez eux. 

"C'est un concert fermé, à 5 000 personnes, avec ventilation renforcée, port du masque, gel hydroalcoolique, mais jauge normale, avec deux à trois personnes par mètre carré, c'est-à-dire tout ce qu'on nous dit de ne plus faire depuis des mois !", note Constance Delaugerre, virologue et principale investigatrice de l'étude. L'objectif, c'est de simuler "un concert debout en conditions normales". 

On veut voir s'il contamine plus que dans la vraie vie, donc on va comparer le "groupe concert" et le "groupe contrôle" qui reste chez lui. On va évaluer s'il y a surrisque ou pas.

Deux possibilités : soit il n'y a pas plus de risques et l'on aura prouvé qu'un concert debout à 5 000 perseonnes pendant deux heures est organisable. Soit on identifie des points faibles et, là, cela peut permettre d'adapter le protocole : "On va peut-être se rendre compte que le simple masque chirurgical ne suffit pas et qu'il vaut mieux imposer le masque FFP2, qui est plus protecteur, comme le font d'autres pays. On va peut être se dire aussi que le test trois jours avant le concert, ça ne fonctionne pas et qu'il faut faire ce test plutôt 24 heures avant ou le jour même. On peut imaginer aussi que plutôt que réunir 5 000 personnes groupées dans la fosse, il vaut mieux faire trois grappes distanciées de 1 500 personnes, car s'il y a un cluster il sera moins massif. Tout ça, on va le mesurer", ajoute Constance Delaugerre.   

Une caméra permettra d'établir aussi pendant le concert si le port du masque est bien respecté. Elle permettra aux scientifiques de savoir si le masque est "tombé" au bout de 40 minutes de concert, ou si les gens le portent mal, sous le nez par exemple.

L'objectif du concert-test est de vérifier qu'on ne court pas un surrisque à réunir 5 000 personnes en concert fermé et en configuration debout, non distanciée, dans la fosse de l'AccorHotel Arena.
L'objectif du concert-test est de vérifier qu'on ne court pas un surrisque à réunir 5 000 personnes en concert fermé et en configuration debout, non distanciée, dans la fosse de l'AccorHotel Arena.
© Radio France - V. J.

"Une jauge divisée par 12, ce n'est pas envisageable économiquement"

À l'origine de ce projet, Malika Séguineau, la directrice générale du Prodiss, qui représente plus de 400 organisateurs privés de spectacles vivants et sait qu'elle joue gros sur ce concert. Pour elle l'enjeu est de pouvoir rouvrir en pleine capacité le plus tôt possible : "Il y a pas eu de concert debout depuis mars 2020. On a perdu 85 % de notre chiffre d'affaires en 2020 et 2021 s'annonce assez mal. On a énormément de professionnels en grande difficulté, il faut qu'on rouvre au plus vite et on gagne notre vie en vendant des billets, donc la jauge limitée qu'on nous propose à partir du 1er juillet pour les spectacles debout n'est pas tenable."

"On nous dit 'une personne tous les quatre mètres carrés', c'est-à-dire une jauge divisée par 12. Ce n'est pas envisageable économiquement, personne ne peut rouvrir dans de telles conditions", ajoute-t-elle. "On doit rouvrir des que possible avec une jauge normale. Et on veut prouver que c'est faisable en observant des règles strictes, comme le port du masque et le pass sanitaire." 

Les résultats préliminaires de l'étude sont attendus fin juin, la publication suivra d'ici la fin de l'été et les professionnels du spectacle en espèrent une preuve scientifique pour des concerts debout sans distanciation dès l'automne.