Depuis le 22 mai, le volcan Nyiragongo (République Démocratique du Congo) est en éruption.  ©AFP - Moses Sawasawa
Depuis le 22 mai, le volcan Nyiragongo (République Démocratique du Congo) est en éruption. ©AFP - Moses Sawasawa
Depuis le 22 mai, le volcan Nyiragongo (République Démocratique du Congo) est en éruption. ©AFP - Moses Sawasawa
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Résumé

Il y a 10 jours le Nyagarongo, ce volcan à l'est de la RDC entrait en éruption, faisant plus de 30 morts, et détruisant une partie des faubourgs de Goma, la capitale du Nord Kivu. La colère du volcan, une malédiction de plus sur la terre tourmentée par les conflits et les maux du Nord-Kivu.

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Devant l'avancée de la lave et les secousses permanentes, 400 000 personnes ont fui, répondant à l'ordre d'évacuation lancé par les autorités. Déjà traumatisés par des années de conflit dans cette région, certains ont trouvé refuge de l'autre côté de la frontière, au Rwanda, au bord du lac Kivu. 

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Tout à l'heure la terre a tremblé. Puis encore. Et encore un peu. Les secousses ne sont plus aussi violentes, mais dans le camp de Bousasamana, chaque sursaut de la terre ravive le traumatisme. 

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Ici, les regards sont sidérés, les gestes mécaniques.  Comme ceux de cet homme, un pasteur. Le soir de l'éruption, il a quitté son église en courant, mais il n'a pas pu retrouvé sa maison,dit il. Il ne restait plus rien. La lave avait tout brûlé. Un paysage méconnaissable , sans plus aucun repère. "Comment pourrais-je trouver la paix", ajoute-t'il encore, "alors que mon voisin a brûlé dans sa maison avec sa femme et ses trois enfants?" Dans le camp, plus de 1500 personnes, en majorité des femmes et des enfants ,sont assises, à même le sol.  

Pillages dans la ville désertée

Il y a deux jours ils étaient beaucoup plus nombreux. Quand les secousses ont commencé à se calmer, la majorité des réfugiés a choisi de rentrer, malgré la peur du volcan, en apprenant que des pillages avaient lieu dans Goma, désertée de ses habitants. Gaël est musicien, rappeur de Goma. Revenir le terrorise.  "Imaginez en plein éruption du volcan, les gens qui  en profitent pour voler les autres, les piller, prêt à tuer même pour voler tout ce que tu as. Voyez, je ne peux plus retourner dans une zone pareille! Il faudrait être fou pour retourner au Congo maintenant"  

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Plus loin, il y a cette femme. Sa maison a brûlé, son mari ses enfants ont disparu dans la panique, elle ne sait pas où ils sont. Sa voix, d'un coup se brise. "On n'a plus de larmes, on a déjà tout terminé, on n'a plus rien. Les larmes ont séché".

L'éruption a surpris tout le monde. L'Observatoire Volcanique de Goma n'avait émis aucun avis d'alerte. Mais avait-il encore les moyens de le faire? La Banque mondiale, suspectant des détournements de fonds avait stoppé ses financements, laissant les scientifiques sans moyens de payer une connexion internet, ou l'essence pour que les chercheurs se rendent près du cratère. Et cela rend désespère cet homme. "On sait beaucoup de choses sur les volcans, à Goma, il y a des chercheurs, des scientifiques, mais leurs moyens sont limités :  y'a pas de laboratoires, il n'y a pas d'outils... Les salaires sont médiocres,. Avec cette catastrophe, on paie le tribut des problèmes incessant qui s'ajoutent les uns aux autres. C'est une malédiction sur les Kivu". 

Gael ,dit Big Z, rappeur de Goma "Tout le monde paniquait, les maisons tremblaient. Cette éruption, c'est plus qu'une bombe nucléaire, c'était vraiment catastrophique."
Gael ,dit Big Z, rappeur de Goma "Tout le monde paniquait, les maisons tremblaient. Cette éruption, c'est plus qu'une bombe nucléaire, c'était vraiment catastrophique."
© Radio France - Claude Guibal

La terreur des milices 

Les Kivu, ce sont des décennies d'un conflit sanglant où, agités par des puissances régionales et des intérêts industriels, des milices armées se battent, terrorisant les civils. Pour contrôler l'accès aux richesses minières, dont le coltan, composant essentiel des smartphones, elles pillent, rançonnent, violent, massacrent.. La femme aux larmes taries hausse le ton. "A Goma, on est en totale insécurité à cause des milices. Même si on décidait de rentrer, le danger terminé, comment on fait, où on va, avec tout ça dans notre tête?" 

Plus de 1500 personnes sont actuellement accueillies par les autorités rwandaises dans des camps de fortune autour de Gisenyi
Plus de 1500 personnes sont actuellement accueillies par les autorités rwandaises dans des camps de fortune autour de Gisenyi
© Radio France - Claude Guibal

Puis il y a le Kivu, ce lac immense, grand comme une mer, chargé de méthane et de dioxyde de carbone, véritable bombe à retardement, si la lave en fusion en libérait les gaz toxiques qui sont stockés dans ses profondeurs, en atteignant ses eaux.  Une éruption limnique, comme celle, terrible qui a fait 1800 morts au Cameroun en 1986 lorsque le lac Nyos a relaché son souffle mortel, tuant sur place tous ceux qui l'ont respiré. 

Le lac Kivu, lac tueur ?

"Ce lac représente un grand danger, s'emporte la femme, redressant son turban rouge.   "Aujourd'hui le magma de Nyiragongo se dirige vers le lac. Si la RDC n'a pas été capable jusqu'à présent de faire quelque chose pour évacuer ces gaz, faut-il attendre aujourd'hui que les gens fuient pour réaliser que c'est un danger?  On le sait bien qu'il y a du gaz,  ce n'est pas un danger nouveau! Nous croyions que la terre était la chose la plus solide sur laquelle s'appuyer. Mais la terre de Goma se révolte contre nous. Demain, vous, les journalistes, vous allez compter les morts."

Dans le camp posé entre deux collines, ses mots résonnent. Au loin, dans les brumes  la silhouette du Nyagarongo, ce volcan des Kivus, l'un des plus dangereux du monde, s'est effacée, invisible et terrifiante.