Partout où il passe, Haidar El Ali, le Monsieur grande muraille verte du Sénégal plante des arbres.
Partout où il passe, Haidar El Ali, le Monsieur grande muraille verte du Sénégal plante des arbres.
Partout où il passe, Haidar El Ali, le Monsieur grande muraille verte du Sénégal plante des arbres. ©Radio France - Nathanaël Charbonnier
Partout où il passe, Haidar El Ali, le Monsieur grande muraille verte du Sénégal plante des arbres. ©Radio France - Nathanaël Charbonnier
Partout où il passe, Haidar El Ali, le Monsieur grande muraille verte du Sénégal plante des arbres. ©Radio France - Nathanaël Charbonnier
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Résumé

On l'appelle la Grande Muraille verte d'Afrique. Elle traverse plus de 11 pays sur 7 500 kilomètres, entre le Sénégal et Djibouti. À l'origine il s'agissait de créer une sorte de forêt de 15 kilomètres de large pour lutter contre l'avancée du désert. Depuis 2009, date de sa création, la grande muraille avance.

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7 500 kilomètres de long, entre le Sénégal et Djibouti. C'est la grande muraille verte, un projet écologique sans fin lancé en 2009. On a parlé de lui en début d’année lors du sommet One Planet, avec 14 milliards de dollars réunis pour sa réalisation. On a aussi parlé de lui lors du sommet du G5 Sahel, où l’on croit que l’argent investi auprès des populations doit permettre de faire reculer le terrorisme en Afrique.

Au Sénégal, l'homme chargé de la réalisation de cette muraille s'appelle Haidar El Ali. Ce Sénégalais d'origine libanaise est connu dans le pays car il a été ministre de l'Environnement. À la tête de l'agence de reboisement et de la Grande Muraille verte, il parcourt le pays pour inciter les habitants à planter des arbres. Aujourd'hui, c'est dans la commune de Linguère qu'il s'est arrêté avec son équipe. Comme partout où il passe, il est accueilli par des chants et des discours. Lui répond en wolof. Son propos est simple. Il estime que toutes les politiques ont échoué et que la seule façon de faire, désormais, est d'aller sur le terrain pour demander aux populations de se mobiliser.

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Pour moi, ce n'est pas qu'une question que d'argent. C'est une question de volonté, de détermination, d'engagement.

"Et arrêtez de me parler des milliards qui doivent arriver", poursuit Haidar El Ali_. "Je n'entends parler que de cela : 14 milliards du sommet One Planet, 30 milliards fond vert climat. Malgré tous les milliards que l'on injecte, le résultat n'est pas là, alors il faut changer de méthode. Si vous n'accompagnez que les gens qui savent écrire des dossiers, organiser des séminaires, faire des rapports, on ne va pas en sortir parce que ceux qui font cela, ils ne font rien d'autre que cela." _

Linguère, dans le nord-est du Sénégal, où il pleut moins de 400 ml d'eau par an.
Linguère, dans le nord-est du Sénégal, où il pleut moins de 400 ml d'eau par an.
© Radio France - Nathanaël Charbonnier

Conséquence, Haidar arpente le Sénégal, notamment les régions où il pleut moins de 400 ml d’eau par an, car c'est l'un des critères qui permet de délimiter la Grande Muraille verte. Et partout où il passe, il plante des arbres, notamment des fruitiers, car il estime que si les arbres rapportent aux populations, alors elles se mobiliseront d'autant plus.  

Les Sénégalais plantent des arbres par milliers mais attention, cette grande muraille n’a rien à voir avec un édifice, comme la Grande Muraille de Chine, qu'on pourrait voir depuis la lune. Non, ici, on parle d'une succession de parcelles, comme l’explique l’anthropologue et chercheuse au CNRS Priscilla Duboz.

"Ce sont des petites parcelles, parce que ce territoire est habité par des transhumants, dont le mode de vie nécessite des déplacements avec leur bétail. Si vous faites une muraille, vous les bloquez. Vous ne pouvez quand même pas empêcher ces populations de vivre ! Donc, des petites parcelles sont définies en accord avec les populations afin que leur implantation ne nuise pas aux parcours de transhumance."

C'est une espèce de mosaïque de parcelles. Et cela ne veut pas dire que ce n'est pas efficace, car si l'on met toutes ces parcelles bout à bout, on aboutit à une surface grande comme la Belgique. Et qui peut se vanter aujourd'hui dans le monde d'une telle réalisation ? Personne sauf les Africains.

Le Nord Sénégal, région de transhumance. Les éleveurs, notamment peuls, y vivent avec leurs troupeaux.
Le Nord Sénégal, région de transhumance. Les éleveurs, notamment peuls, y vivent avec leurs troupeaux.
© Radio France - Nathanaël Charbonnier

Des arbres, des parcelles, et un pari. Que l’argent investi dans cette muraille profite aux populations pauvres du Sahel et qu’elles puissent ainsi mieux résister à l’argent des djihadistes. Oui, l’idée est bonne, analyse Julie Benmakouf, spécialiste du Sahel dans l’organisation internationale Idlo... à condition de pacifier d’abord les zones les plus vulnérables. 

"C'est comme si on voulait planter des arbres dans une forêt qui est en train de brûler. Donc, en l'état actuel des choses, ça me paraît très compliqué d'envisager du long terme sans qu'il y ait une maîtrise de la sécurité dans la région du Sahel. Mais si on pense à dix ans, alors, c'est très intéressant."

C'est une manière de repenser l'écologie en Afrique. Une manière de réfléchir ensemble à des routes de transhumance acceptables par tous. Une manière de réfléchir à la façon dont les communes, les localités, peuvent faire vivre ensemble les éleveurs, les agriculteurs.

Mais c'est une idée qui tarde à se mettre en place. Depuis 2009, seulement 4 millions d’hectares auraient été aménagés et plantés sur les 100 millions prévus.

Dans le village de Linguère, les habitants repartent chez eux avec des arbres à planter.
Dans le village de Linguère, les habitants repartent chez eux avec des arbres à planter.
© Radio France - Nathanaël Charbonnier
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