Abus sexuels : quand des fidèles critiquent leur Église

Crèche de Noël à la basilique Saint Bonaventure, à Lyon
Crèche de Noël à la basilique Saint Bonaventure, à Lyon ©Radio France - Rémi Brancato
Crèche de Noël à la basilique Saint Bonaventure, à Lyon ©Radio France - Rémi Brancato
Crèche de Noël à la basilique Saint Bonaventure, à Lyon ©Radio France - Rémi Brancato
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Cette semaine, c'est un mois de l'avent particulier qui débute pour les catholiques de France. Les dernières révélations concernant les abus sexuels au sein de l'Église ont bousculé nombre de fidèles. Certains protestent même sous le mot d'ordre "sortons les poubelles". Reportage à Lyon.

À la basilique Saint-Bonaventure, les fidèles de la messe de midi, ce vendredi-là, sont une quarantaine. Particulièrement engagés dans leur paroisse comme Jacqueline, bénévole à l'accueil, plongée dans sa lecture quotidienne de "La Croix" beaucoup font part de leurs doutes. "J'ai été abasourdie et triste, j'ai l'impression que ça ne finit jamais", confie la retraitée, choquée par les dernières révélations concernant notamment des évêques. Depuis quelques mois, elle constate même une "baisse de l'assistance" aux messes, et y voit un lien.

Car depuis les aveux du cardinal Ricard et de l'ancien évêque de Strasbourg Jean-Pierre Grallet, mais surtout depuis la révélation de la sanction envers Michel Santier, ancien évêque de Créteil, par Rome, cachée aux croyants, la colère monte. Pour la mesurer, les fidèles du café Le Simone, près de Perrache, confient leurs interrogations.

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Jérôme Moreau, le président de l'association "Les Alternatives Catholiques", composée de laïcs catholiques, fait la visite, entre le bar et l'espace de coworking. Le lieu abrite des expositions et des événements. "En tant que fidèles, nous sommes parties prenantes de l'Église et nos conférences permettent de se forger une opinion politique", détaille-t-il. Les abus sexuels y tiennent une bonne place.

Le café associatif catholique "Le Simone", à Lyon
Le café associatif catholique "Le Simone", à Lyon
© Radio France - Rémi Brancato

Parmi ses habitués, de plus en plus de croyants formulent des contestations envers l'institution. "On n'est pas des gens qui aimons critiquer l'Église" explique pourtant Jean Dumant-Liczko, "juriste, lyonnais, catho du dimanche, famille nombreuse". Le jeune homme de 35 ans, qui explique avoir par le passé participé à la Manif pour Tous n'avait pas embrassé spontanément le combat des victimes d'abus, qui se sont manifestées dès 2016 dans son diocèse, à Lyon, au moment de l'affaire Preynat.

Le rapport Sauvé, une prise de conscience chez les fidèles

"J'étais en colère avec eux contre le père Preynat mais je n'avais pas du tout envie d'écouter en détail ce que disaient les gens de la Parole libérée, je me sentais agressé par la manière dont ils reprochaient au diocèse son comportement" reconnait aujourd'hui celui qui dit avoir "évolué sur la question". Le rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (CIASE), présidée par Jean-Marc Sauvé, publié à l'octobre 2021 a permis une prise de conscience.

Alors Jean a manifesté fin octobre devant la cathédrale pour interpeler ses évêques, avec le collectif "Agir pour notre Église" qu'il a rejoint. "On voit beaucoup de langue de buis chez les catholiques, dans des déclarations souvent très molles", dénonce-t-il. Et la manifestation a réuni des catholiques de toutes sensibilités * : "plusieurs personnes, de droite, conservatrices, légitimistes, nous ont dit qu'ils ne pouvaient plus mettre leurs enfants au catéchisme et être surs du prêtre qui allait les encadrer",* ajoute Mahaut Hermann, essayiste, chercheuse et organisatrice de la manifestation pour le mouvement : "même une catho de gauche comme moi, je n'avais jamais organisé de manifestation !"

Une interpellation des évêques

Le mot d'ordre ce jour-là ? "Sortons les poubelles". Un slogan en réponse à un tweet de Michel Aupetit, l'ancien archevêque de Paris qui, au moment des révélations sur Michel Santier, se questionnait sur ceux qui "aiment fouiller dans les poubelles", disant préférer "se délecter de la bonne odeur du Christ".

"Il y a clairement des évêques qui ont encore des réflexes de protection de l'Institution", dénonce Mahaut Hermann, qui estime que si les fidèles prennent la parole, ils forceront les prélats à les écouter davantage et à appliquer les recommandations du rapport Sauvé. Cet automne reste en tout cas inédit avec une "impression que tout s'est accéléré dans la prise de conscience des catholiques".

Le téléphone sonne
37 min

Des départs de fidèles dans les paroisses

Elle assure même que de nombreux clercs contactent le collectif pour afficher, en privé, leur soutien. Le seul à s'être présenté au rassemblement confie sa fatigue "car il y a toujours des affaires nouvelles, qui aujourd'hui concernent les évêques". Le père Franck Gacogne, curé de la paroisse de Vaise, déjà engagé aux côtés des victimes du père Preynat voit d'un bon œil l'action et les prises de position des fidèles au sein de l'Église.

"Sans les associations de victimes, peut-être que rien n'aurait bougé dans l'Église et aujourd'hui je salue les collectifs de baptisés qui prennent la relève", estime le prêtre, qui regrette une trop grande frilosité de la hiérarchie ecclésiastique. "Je ne suis pas sûr que tous les évêques ont perçu la profondeur du cataclysme : beaucoup de catholiques ont quitté l'Eglise, ici par exemple, nous avons eu deux demandes dites de 'débaptisation'". Selon lui, un quart des croyants de sa paroisse l'ont quitté depuis la publication du rapport Sauvé, une bénévole pourtant engagée de longue date, écœurée, a même mis fin à ses fonctions.

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