Des Iraniens soutenant la candidature d'Ebrahim Raïssi, l'ultraconservateur grand favori de la présidentielle
Des Iraniens soutenant la candidature d'Ebrahim Raïssi, l'ultraconservateur grand favori de la présidentielle ©Radio France - Fabien Gosset
Des Iraniens soutenant la candidature d'Ebrahim Raïssi, l'ultraconservateur grand favori de la présidentielle ©Radio France - Fabien Gosset
Des Iraniens soutenant la candidature d'Ebrahim Raïssi, l'ultraconservateur grand favori de la présidentielle ©Radio France - Fabien Gosset
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Les Iraniens sont appelés aux urnes pour élire leur président le 18 juin.Le grand favori est l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi. Après huit ans de présidence Rohani, une partie des Iraniens sont désabusés et pourraient privilégier l'abstention

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Vendredi 18 juin, l’Iran élit son président. Une élection qui a lieu tous les quatre ans. Après deux mandats, Hassan Rohani ne peut se présenter à nouveau. Ce président modéré devrait laisser sa place à un ultraconservateur. Les candidats ont été sélectionnés par les autorités et un homme écrase la concurrence, Ebrahim Raïssi, 60 ans. Sa victoire annoncée devrait consacrer la mainmise des ultraconservateurs sur le pouvoir, d’où le désarroi d’une grande partie de la population iranienne.

A Téhéran, un rassemblement de soutien au grand favori de l'élection présidentielle Ebrahim Raïssi
A Téhéran, un rassemblement de soutien au grand favori de l'élection présidentielle Ebrahim Raïssi
© Radio France - Franck Mathevon

Sur une place du sud de Téhéran, des soutiens du candidat Ebrahim Raïssi sont rassemblés. Le rond-point est dominé par une mosquée imposante et le carrefour bloqué à la circulation. Des centaines de chaises ont été installées sur la chaussée pour accueillir les militants dans une chaleur accablante. Des portraits de Raïssi sont suspendus tout autour de la place. Sourire, barbe blanche, turban noir.

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Le champion des ultra-conservateurs est présenté comme le sauveur de l’Iran par les différents intervenants. Une démonstration de force avant l’élection : "Raïssi aime profondément les gens, il est très pieux, c’est un grand patriote. C’est l’homme qu’il nous faut après les difficultés que nous avons rencontrées ces dernières années", explique une femme. Un homme dans l'assemblée poursuit :

Raïssi est le meilleur président possible. Il mène une vie simple, il est prêt à se battre pour son pays. Il est contre l’Occident, contre Israël. C’est un vrai révolutionnaire. Avec le président Raïssi et le Guide suprême Khameneï, l’Iran va devenir une grande puissance mondiale

Des millions d’Iraniens, c’est vrai, restent fidèles aux valeurs de la Révolution islamique. lls se méfient de l’Occident et voient en Ebrahim Raïssi, chef de l’Autorité judiciaire, un candidat idéal, attaché au respect de la loi.

Crise économique

Beaucoup d’autres auraient au moins aimé avoir le choix. Mais le système a décidé d’écarter de la course les réformateurs qui auraient eu une chance de l’emporter. Le sortant Hassan Rohani a déçu, Trump a déchiré l’accord sur le nucléaire et rétabli les sanctions. Au bazar de Tajrish, les commerçants subissent la crise. Le rial, la monnaie locale, s’est effondrée. Iman tient une petite boutique d’épices :  

Le pouvoir d’achat des Iraniens a beaucoup baissé, ils ne peuvent plus acheter ce qu’ils veulent. Nous essayons de maintenir notre échoppe ouverte mais c’est difficile. Cette élection ne va rien changer. Celui qui va prendre le pouvoir est en réalité déjà en poste. En Iran, c’est un peu comme si le pouvoir se transmettait de père en fils, c’est une dynastie, c’est héréditaire

Alors Iman ne votera pas, comme beaucoup d’Iraniens.  

Les jeunes tentés par l'Occident

Trois étudiants nous donnent rendez-vous dans un café. Ils sont représentatifs d’une jeunesse désenchantée et tournée vers l’Occident. Ali et son frère Mohammad ont appris le Français, ils se voient tous les deux artistes. "Beaucoup de choses sont impossibles ici, explique Ali. Par exemple acheter une maison c’est très cher, même une voiture c’est difficile. On ne peut pas mener une vie avec aussi peu d’argent. Maintenant avec ces élections c’est le désespoir qui domine".

Las, Mohammad confie : "Moi je ne vote pas car il n’existe pas un horizon pour nous le peuple. Je suis fatigué et je m’en fous de voter car au final le système ne change pas". Ali reprend, "le choix de tous les gens maintenant c’est d’émigrer, c’est de ne pas rester, parce que cette fois on n’a pas l’espoir d’un changement".

Navid, lui, a déjà goûté à la vie à l’étranger, quelques mois en Italie, où il a étudié l’économie :

Peu importe la personne à la tête du gouvernement car le problème en Iran c’est la corruption qui gangrène les structures de l’Etat. Cette élection et le tri des candidats prouvent que nous sommes dans l’impasse et que la démocratie n’avancera pas. Je ne crois plus que le fait de voter soit un acte politique, que ce soit encore utile

Et l’abstention devrait être massive vendredi. Même les sondages officiels prédisent une participation historiquement basse.