Le procès de la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge va durer huit semaines ©AFP - KENZO TRIBOUILLARD
Le procès de la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge va durer huit semaines ©AFP - KENZO TRIBOUILLARD
Le procès de la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge va durer huit semaines ©AFP - KENZO TRIBOUILLARD
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Résumé

Le 12 juillet 2013, un train Paris-Limoges déraillait en gare de Brétigny-sur-Orge. La catastrophe faisait sept morts et plus de 500 blessés ou traumatisés. A partir du 25 avril, deux sociétés de la SNCF et un cheminot seront jugés par le tribunal d'Evry, pour homicides et blessures involontaires.

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Dix-huit minutes après son départ de Paris, l'Intercités n°3657 traverse la gare de Brétigny-sur-Orge (Essonne) à une vitesse de 137 km/h. A son bord, parmi les 385 passagers, Lauriane et sa nièce de cinq ans. Elles sont installées dans le wagon numéro quatre, le premier à avoir déraillé. "Le wagon s'est mis à tanguer puis il s'est allongé sur le flanc droit et il a continué sa route pendant deux cents mètres", se souvient la jeune femme.

"C'était une journée d'horreur, le chaos", poursuit Lauriane. Elle entend encore le bruit des sirènes des pompiers. "C'est encore très dur psychologiquement. J'ai un stress énorme des transports, une phobie de tout ce qui est sur rail", souffle-t-elle. A l'approche du procès, qui va durer huit semaines devant le tribunal d'Evry, Lauriane réclame une condamnation ferme des responsables.

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La maintenance des voies en question

"J'ai dit la responsabilité de la SNCF dans l'accident", répétait, un an après la catastrophe et face caméra, le patron du groupe, Guillaume Pépy. A l'origine du déraillement, une éclisse qui a pivoté. Cette sorte de grosse tige métallique maintenait les rails entre eux, au niveau d'un croisement de voies. Mandatés par la justice, les experts ont relevé un boulon manquant, d'autres usés et une fissure non surveillée. Selon eux, les voies n'étaient pas bien entretenues dans cette gare très empruntée. La SNCF le conteste.

"La SNCF a tout fait pour dire qu'il n'y avait pas de manquements au niveau de la maintenance de cet aiguillage et que si cette éclisse s'est détachée, ce n'était pas prévisible", regrette Thierry Gomes, président de l'association Entraide et Défense des victimes de la catastrophe de Brétigny. Il a perdu ses deux parents ce jour-là, fauchés sur le quai. La SNCF plaide un défaut de métallurgie. Elle a fait appel à d'autres experts.

Des écoutes téléphoniques compromettantes

Selon Me Gérard Chemla, avocat de plusieurs victimes, le groupe n'assume pas ses fautes et des écoutes téléphoniques l'ont montré pendant l'enquête. "Par exemple, il y a des discussions entre les cadres qui savent qu'il faut ralentir les trains sur le réseau Île-de-France et notamment à Brétigny parce qu'il y a un danger. Et ils disent qu'ils ne peuvent pas le faire maintenant parce que sinon les enquêteurs vont se rendre compte qu'ils ne l'ont pas fait plus tôt. Non seulement ils ne l'ont pas fait plus tôt mais en plus ils ont maintenu le danger pendant quelques mois. Tout ça montre une volonté de dissimuler les choses", souligne l'avocat.

Certaines victimes regrettent qu'il n'y ait pas davantage de cheminots jugés dans cette affaire. Le seul à comparaitre, est un jeune directeur de proximité. Lors de sa tournée de surveillance, quelques jours avant, il n'a rien vu sur l'éclisse, responsable de l'accident. En revanche, la veille de cette tournée, il se plaignait de l'état des voies dans un SMS envoyé à une amie"C’est la merde à Brétigny, ça pète dans tous les sens [...] je suis usé."

Baisse d'effectifs et manque de formations

La responsabilité ne doit pas être du côté des cheminots mais plutôt du côté des responsables de la SNCF si l'on en croit Jean-René Delépine. Il est en charge des dossiers juridiques au syndicat Sud Rail, partie civile dans ce procès. "Depuis 1997, il s'est mis en place une gestion purement financière qui a conduit à réduire constamment les équipes de maintenance de l'infrastructure et à déstructurer leur formation. Cela a eu pour conséquences que des choses n'ont pas été faites ou alors mal faites. C'est tout un système qui est remis en cause", souligne le syndicaliste.

La SNCF et ses avocats n'ont pas souhaité prendre la parole avant le début du procès, "par respect pour les victimes". Le groupe risque une amende. Le cheminot, dont l'avocat n'a pas voulu s'exprimer non plus, encourt jusqu'à 3 ans de prison.