Sa victoire dans la plus prestigieuse des courses au large a un peu changé la vie de Yannick Bestaven, même s'il a toujours autant de plaisir à reprendre la mer ©Radio France - Jérôme Val
Sa victoire dans la plus prestigieuse des courses au large a un peu changé la vie de Yannick Bestaven, même s'il a toujours autant de plaisir à reprendre la mer ©Radio France - Jérôme Val
Sa victoire dans la plus prestigieuse des courses au large a un peu changé la vie de Yannick Bestaven, même s'il a toujours autant de plaisir à reprendre la mer ©Radio France - Jérôme Val
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Résumé

Le 28 janvier, Yannick Bestaven remportait une éclatante victoire sur le Vendée Globe, tour du monde à la voile en solitaire et sans escale. Le marin est de retour en course avec le départ le 7 novembre de la Transat Jacques Vabre, et un nouveau statut, même s'il assure avoir gardé la tête froide.

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En cette mi-octobre, sous un très beau soleil d’automne, le vent joue à cache-cache. Yannick Bestaven est à l’entraînement à bord de son monocoque qui a quitté son ponton du bassin des chalutiers à la Rochelle, sa ville d’adoption : une navigation de moins de 48 heures dans le Golfe de Gascogne. Mais une brise légère peine à le faire avancer entre les îles de Ré et d’Oléron. Dans quelques jours, avec son copain de longue date Jean-Marie Dauris, il sera de nouveau en mer en mode compétition. "Ça fait du bien, ça fait plaisir", explique le marin en s’activant sur les manivelles pour hisser les voiles_. "C’est ce qu’on aime : partir au large, profiter du bateau, aller naviguer. Après toutes ces réunions terrestres, c’est pas mal._"

"Maintenant, je fais attention quand je vais dans les bistrots"

Depuis cette victoire dans le Vendée Globe, Yannick Bestaven est entré dans un nouveau cercle : celui des marins dont le nom est désormais connu et reconnu. "Je suis un peu moins tranquille à la Rochelle", rigole-t-il. "En plus je connais beaucoup de monde et maintenant, je fais attention quand je vais dans les bistrots."

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Avec Jean-Marie Dauris, ami de longue date et co-skipper sur la Transat Jacques-Vabre, Yannick Bestaven va traverser de l'Atlantique pendant plus de 2 semaines
Avec Jean-Marie Dauris, ami de longue date et co-skipper sur la Transat Jacques-Vabre, Yannick Bestaven va traverser de l'Atlantique pendant plus de 2 semaines
© Radio France - Jérôme Val

L’agenda de celui qui est aussi chef d’entreprise (qui fabrique des hydro-générateurs pour l’autonomie des voiliers) s’est rempli à grande vitesse. "En plaisantant, je dis que je suis devenu un parrain professionnel", raconte Yannick Bestaven_. "Je ne peux pas être parrain de tout, hélas. Par exemple, je crois que j’ai reçu plus de 600 demandes d’écoles pour intervenir auprès des scolaires. J’aimerais le faire mais c’est impossible d’être 600 fois dans les écoles. J’ai juste eu le temps d’en faire une dizaine._"

Mais il n’échappe non plus à toutes les obligations pour un vainqueur de tour du monde : il fréquente les plateaux de télévision, il intervient lors de conférences. Son livre vient de paraître ("Mon tour du monde en 80 jours", chez Gallimard). Un film sera diffusé dans les cinémas début décembre. Le Rochelais de 48 ans, d’ordinaire réservé, assume vouloir profiter de cette nouvelle notoriété. "Ça me met en avant, ça met en avant mes partenaires qui ont toujours cru en moi", explique le père de famille. "Ça met surtout en avant la course au large et c’est bien pour tous ceux qui aiment la mer, qui aiment naviguer et qui aiment notre sport. C’est top et il faut profiter de ça."

"On aurait pu craindre qu'il prenne la grosse tête"

"Est-ce que le bonhomme au fond de lui a changé ?", s’interroge l’un de ses proches amis. Une question légitime quand la gloire vous tombe dessus. Christophe Bouvet connaît Yannick Bestaven depuis des décennies. "Je retrouve le même pote que j’avais avant, il n’y a pas de soucis", se félicite-t-il_. "Comme on peut le voir de temps en temps, on aurait pu craindre qu’il prenne la grosse tête ou des trucs comme ça. Mais ce n’est pas le cas. Il est focalisé sur son groupe et il ne se met pas en avant. Foncièrement, il n’a pas changé, c’est toujours le même humain._"

Sébastien Blémont fait lui-aussi partie du cercle très proche de Yannick Bestaven. Dirigeant d’une agence de publicité à la Rochelle, il a réalisé et produit son film, intitulé "Les rêves ne meurent jamais". "Il n’a jamais fait tout ça pour l’argent", analyse-t-il_. "Il n’a jamais bien gagné sa vie. L’argent qu’il a eu allait dans ses projets et le développement de ses activités. Il n’a pas une maison de 300 m² et il ne roule pas en Ferrari._"

Une victoire et des projets

"Très fidèle en amitié", poursuit Sébastien Blémont, son train de vie n'a pas changé mais une victoire aussi retentissante ouvre des portes qui par le passé restaient fermées. La preuve : Yannick Bestaven se lance dans la construction d’un nouveau bateau avec une mise à l’eau programmée en juin prochain. "Bien sûr, c’est parce qu’il y a eu la victoire qu’il y a une suite au projet", assure Yannick Bestaven_. "Sans la victoire, je ne pense pas qu’on aurait fait un nouveau bateau. Ça permet de s’exprimer et on est plus entendu._"

La Transat Jacques-Vabre sera la dernière course de Yannick Bestaven sur son monocoque; L'an prochain, il aura un bateau neuf grâce à son succès au Vendée Globe
La Transat Jacques-Vabre sera la dernière course de Yannick Bestaven sur son monocoque; L'an prochain, il aura un bateau neuf grâce à son succès au Vendée Globe
© Radio France - Jérôme Val

Il a gardé son principal sponsor, le volailler Maître Coq qui cette année a augmenté son budget de 20 %. D’autres partenaires sont arrivés. Mais il ne faut pas croire que tout est un long fleuve tranquille. "Ce n’est pas ultra-facile parce qu’on n’a pas encore bouclé le budget idéal qu’on voudrait avoir", tempère Jean-Marie Dauris, son co-skipper sur cette transat et un de ses amis d’enfance avec qui il a tiré ses premiers bords sur le bassin d’Arcachon_. "On ne s’enflamme pas. Ce n’est pas parce qu’on a gagné là qu’on part sur un truc de folie avec un budget énorme. On reste une petite équipe. On reste dans la simplicité et humilité de ce qu’on a fait jusqu’à présent"_

Garder les pieds sur terre mais l'esprit toujours en mer : Yannick Bestaven n'oublie pas l'essentiel malgré le tourbillon dans lequel il est entraîné depuis 9 mois.

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