Nancy Valle a perdu son fils Luis Felipe Zschoche au Bataclan. Elle est venue du Chili pour assister au procès des attentats du 13 Novembre.
Nancy Valle a perdu son fils Luis Felipe Zschoche au Bataclan. Elle est venue du Chili pour assister au procès des attentats du 13 Novembre.
Nancy Valle a perdu son fils Luis Felipe Zschoche au Bataclan. Elle est venue du Chili pour assister au procès des attentats du 13 Novembre. ©Radio France - Sophie Parmentier
Nancy Valle a perdu son fils Luis Felipe Zschoche au Bataclan. Elle est venue du Chili pour assister au procès des attentats du 13 Novembre. ©Radio France - Sophie Parmentier
Nancy Valle a perdu son fils Luis Felipe Zschoche au Bataclan. Elle est venue du Chili pour assister au procès des attentats du 13 Novembre. ©Radio France - Sophie Parmentier
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Résumé

Le procès des attentats du 13 novembre 2015 va reprendre cette semaine avec les interrogatoires des accusés, après quatre mois de témoignages de victimes et de récits d'enquêteurs, principalement. Récit de ces quatre premiers mois, à travers les mots de quatre victimes : Aurélie, Yann, Nadia, Nancy.

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Beaucoup ont un bonnet enfoncé sur la tête ou des tatouages qui dépassent de leurs manches. La plupart ont un cordon rouge autour du cou, pour signifier qu'ils ne veulent pas parler à la presse, quelques-uns choisissent le cordon vert et acceptent les micros. Les uns arrivent en boitant, la plupart ont des blessures invisibles. Les parties civiles ont des bancs réservés au procès des attentats du 13 novembre 2015. Certains s'asseyent toujours à la même place, d'autres changent de banc.

"Mon fils de neuf ans est bouleversé par la tenue de ce procès"

Aurélie Silvestre, jolie jeune femme blonde aux grands yeux bleus, s’est d’abord installée tout au fond de l’immense salle d’audience, un peu apeurée. Au fil des semaines, elle s’est rapprochée du box des accusés, avec deux cahiers en mains, un jaune et un noir. Dans l’un, elle note ses émotions, et dans l’autre, tout ce qu’elle entend à ce procès. Un procès qui l'effrayait avant qu'il ne débute. Et puis elle s'est laissée convaincre de venir par un ami, endeuillé, comme elle. Et elle est rapidement devenue assidue aux audiences, "pour savoir, pour apprendre". Elle pense que "comprendre" ne sera peut-être pas possible.

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Aurélie Silvestre est la veuve de Mathieu Giroud, brillant géographe, assassiné au Bataclan à l'âge de 38 ans. Le 13 novembre 2015, juste avant qu'il ne parte assister au concert des Eagles of Death Metal, ils étaient des amoureux heureux. Elle était enceinte de leur deuxième bébé, une petite fille. Et ils avaient un petit garçon de trois ans. Il en a aujourd’hui neuf et a demandé à sa maman de venir avec elle au palais de justice de Paris.

"Mon fils est bouleversé par la tenue de ce procès, et je l'ai emmené un jour, pour qu'il comprenne que son histoire à lui s'inscrit dans quelque chose de plus large qui est l'Histoire de la France, et qu'il comprenne que ce qui l'a touché lui au plus profond de son être, ça en a touché beaucoup d'autres".

En l'emmenant, sur la route, cette maman à la voix douce a expliqué à son enfant comment fonctionnait la justice, avec ses magistrats, ses avocats, mais le garçonnet "a surtout retenu les méchants pour le moment, c'est difficile pour lui".

Ce gigantesque puzzle

Sur le banc des parties civiles, Yann, est un quadragénaire à l’air timide, regard et sourire doux. Il préfère ne donner que son prénom. Yann est un survivant du Petit Cambodge. Au début, il ne pensait pas venir au procès. Il est finalement là presque chaque jour. Happé.

"Pour moi, c'est une manière de regarder en face ce qu'il s'est passé, comprendre l'ampleur de ce traumatisme qu'on a vécu de manière individuelle mais qui de plus en plus m'apparaît comme un trauma collectif. Et donc, de réunir les pièces de ce gigantesque puzzle, ça fait du bien. Et j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de soutien entre les victimes, c'était assez beau. J'ai l'impression qu'on s'est beaucoup soutenus les uns les autres, beaucoup de compréhension entre nous".

On a vu des victimes qui ne se connaissaient pas avant le procès, devenir amies au fil des audiences. Plusieurs mères endeuillées se réconfortent quotidiennement. Parmi elles, Nadia Mondeguer, serre-tête noir sur ses cheveux gris, allure charismatique. Cette professeure d'arabe d'origine égyptienne a perdu sa fille Lamia à La Belle Equipe. Lamia Mondeguer avait 30 ans. Elle a été assassinée aux côtés de son amoureux, Romain Didier, qui en avait 32. Ils étaient attablés en terrasse, fêtaient un anniversaire. Au 18e jour du procès, quand les survivants de La Belle Equipe se sont mis à raconter l'attaque, les balles qui sifflent et les corps qui s'effondrent, la violence des récits a été terrible pour Nadia Mondeguer.

"Les gens qui venaient au fur et à mesure déposer étaient les personnes qui étaient présentes avec elle, sur la même terrasse. Et ils étaient en train de me décrire ce qu'ils étaient en train de vivre. Et que je le veuille ou non, j'ai vu la violence. J'ai essayé de repousser les images, mais ça a été un moment de profonde émotion".

"Pourquoi, ils ont tué des innocents ?"

A ce procès du 13 novembre, nous avons aussi rencontré Nancy Valle, une autre maman endeuillée qui a fait le voyage depuis Santiago du Chili. Depuis septembre, elle s’est installée à Paris pour assister aux audiences. Elle n’en a manqué aucune en quatre mois. Elle les suit grâce à son interprète, Cindy. 

"Mon fils, Luis Felipe Zschoche est une des victimes du Bataclan. C'est mon devoir de maman d'être ici, pour demander la justice. Depuis le premier jour, je me pose la même question : pourquoi ? Pourquoi ils sont passés à l'acte ? Pourquoi avec des personnes innocentes ?"

En ce mois de janvier, doivent débuter les interrogatoires des accusés. Nancy viendra les écouter dans la salle d’audience. Des centaines d’autres parties civiles se brancheront sur la webradio. D’autres encore, préfèreront rester à distance et continuer à ne rien suivre de ce procès très éprouvant. Le procès doit durer encore cinq mois. Le verdict est attendu fin mai 2022.