Le marché central à Ajaccio en Corse-du-Sud ©Radio France - Hajera Mohammad
Le marché central à Ajaccio en Corse-du-Sud ©Radio France - Hajera Mohammad
Le marché central à Ajaccio en Corse-du-Sud ©Radio France - Hajera Mohammad
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Résumé

Le feuilleton de la France, épisode 15 - Chaque mois, pendant toute une semaine, jusqu’à l’élection présidentielle, nous allons sur le terrain écouter les Françaises et les Français parler de ce qui à leur yeux, mérite débat. Aujourd’hui, les petites retraites sur le marché d’Ajaccio en Corse.

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Le marché du centre-ville d’Ajaccio se tient tous les jours sur la place Campinchi, à quelques mètres du port et à quelques pas de l’hôtel de ville. Sur les étals : des fromages, dont le fameux brocciu, des clémentines, des figatelli et autres spécialistes corses.

Le marché avec sa fille

Installé sur une chaise de camping, le visage au teint halé, le sourire malicieux, Dumè Vincenti veille sur le stand familial. À 87 ans, c’est le doyen du marché, sa mémoire vivante et la légende dit même qu’il est né ici "Ma mère a perdu les eaux sur le marché, on l’a montée dans l’appartement un peu plus haut et je suis né. Au bout de cinq jours, on me faisait descendre téter sur le marché", nous raconte l’ancien, en éclatant de rire.

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Depuis l’âge de 16 ans, Dumè cotise, il vend du fromage et de la charcuterie produit à la ferme. Aujourd’hui, c’est sa fille qui gère l’affaire, officiellement, mais lui continue de venir quasiment tous les jours sur le marché. "Pour le plaisir", "pour donner un coup de main", mais aussi pour compléter sa petite retraite de "670 euros". "Autrement, je ne sais pas ce que je pourrais faire. Qu’est-ce que vous voulez, quand on est jeune, on y pense pas à la retraite !"

Dumè assis sur sa chaise, le doyen du marché d’Ajaccio avec sa famille
Dumè assis sur sa chaise, le doyen du marché d’Ajaccio avec sa famille
© Radio France - Hajera Mohammad

"600 euros, c’est pas assez"

Julien Barreiros, "un petit-cousin de la famille", âgé d’une vingtaine d’années, lui, y songe déjà à la retraite, avec un peu d’inquiétude. "Nous, les jeunes, on ne sait pas si on va avoir vraiment une retraite" et quand il voit ce que touche Dumè, le jeune vendeur n’est pas rassuré. "600 euros, c’est pas assez ! Il faudrait le smic, 1 000 ou 1 200 euros pour vivre un minimum."

Profiter de sa retraite, Dumè, un client cette-fois-ci, aimerait bien lui aussi mais cet ancien barman a du mal, avec le coût de la vie qui augmente, le pouvoir d’achat qui baisse, dit-il, "surtout en Corse où tout est plus cher que sur le continent".

Vous avez vu le prix des carburants ? C’est énorme !"

"Et quand vous avez un loyer à 800 ou 900 euros par mois et une retraite à 900 euros, vous faites comment ?", "Tout augmente. Au milieu du mois, on est pas à découvert mais presque", nous confie-t-il.

Changer de métier

Il y a les femmes aussi, comme Émilie, maraîchère de 38 ans, qui a commencé à travailler sur le tard. La retraite, elle n’y pense même pas*. "Je vais travailler jusqu’à la fin de ma vie, pour continuer à gagner un peu [d’argent]"* même si elle ne sait pas comment elle pourra continuer à ce rythme et si son corps suivra.

Au niveau du dos, il y a beaucoup de poids à porter dans mon travail, je me demande si je ne vais pas changer de métier aussi".

Emilie et son marie Charlie vendent des fruits et légumes sur le marché d’Ajaccio.
Emilie et son marie Charlie vendent des fruits et légumes sur le marché d’Ajaccio.
© Radio France - Hajera Mohammad

En attendant, cette mère de famille continue de venir travailler, tous les matins, avec son compagnon, sur le marché d’Ajaccio pour vendre ses fruits et légumes.

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Références