Viktor et Yevghenia, habitants de la région de Marganets à 13 km à vol d'oiseau de la centrale
Viktor et Yevghenia, habitants de la région de Marganets à 13 km à vol d'oiseau de la centrale ©Radio France - Benjamin Illy
Viktor et Yevghenia, habitants de la région de Marganets à 13 km à vol d'oiseau de la centrale ©Radio France - Benjamin Illy
Viktor et Yevghenia, habitants de la région de Marganets à 13 km à vol d'oiseau de la centrale ©Radio France - Benjamin Illy
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Zaporijjia, plus grande centrale nucléaire d'Europe. L'arrivée des inspecteurs de l'AIEA sur place n'a pas permis d'écarter la menace d'un accident nucléaire, et les bombardements s'intensifient ces derniers jours. À quoi ressemble la vie à l'ombre de la centrale pour les habitants de la région ?

La grande ville de Zaporijjia, plus de 700 000 habitants : la centrale nucléaire et ses six réacteurs sont à un cinquantaine de kilomètres à vol d'oiseau.

Ici au premier coup d’œil, la vie continue. Mais les sirènes d'alerte rappellent à tous que les combats sont proches, que lla situation peut basculer. Les habitants se préparent au pire, Notamment à devoir s'enfermer chez eux sur ordre des autorités.

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"J'ai vu le matériel militaire russe dans la centrale"

À la sortie de Zaporijjia, nous rejoignons un centre d'accueil pour personnes déplacées. Ces derniers jours, les gens d'Energodar arrivent en masse, encore tremblants, épuisés par les bombardements incessants. Energodar, c'est la ville occupée par les Russes, où se trouve la centrale. Avant la guerre, elle employaient 11 000 personnes pour 50 000 habitants.

Certains salariés sont partis, comme Katarina, technicienne, qui décrit ce qu'elle a vu avant la visite de l'AIEA : "Les employés jugés trop pro-ukrainiens ont peur. Ils peuvent être capturés à tout moment, et jetés dans un sous-sol par les Russes. J'ai vu le matériel militaire russe dans la centrale, il y a leurs véhicules à l'intérieur, il y a même des locaux qui ont été minés, tout ça existe.

Elle raconte également "des tirs sur la centrale, des bâtiments sont bombardés, et maintenant les soldats se cachent dans la salle des machines, dans des zones dangereuses. Ils violent les règles de sécurité, ils détériorent des équipements importants dans des zones de radioactivité."

"C'est du chantage nucléaire !"

"La probabilité d'une catastrophe s'accroit chaque jour", déplore Dmytro Orlov, maire d'Energodar réfugié à Zaporijjia. "Les occupants russes multiplient les manipulations et font de cette centrale un moyen de pression. C'est du chantage nucléaire ! Dès le début, ils ont fait de cette centrale un bouclier pour tirer depuis leur position sans risquer d'être frappé en retour par les forces ukrainiennes."

"Globalement, cette situation est impensable", poursuit le maire. "La plus grande centrale d'Europe se trouve au milieu du champ de bataille... La sécurité de la centrale est en péril. D'ailleurs, il faut maintenant prendre en compte un autre facteur : il s'agit du personnel qui assure la maintenance technique. Les salariés commencent à fuir la région pour se mettent à l'abri. Et le personnel commence à manquer ! Avant, il s'agissait surtout de représailles envers le personnel, certains employés de la centrale étaient torturés à mort,. d'autres enlevés... Mais ces deux derniers mois il y a, en plus, des opérations militaires incessantes. Des infrastructures ont été endommagées, il y a eu des moments de déconnexion complète de la centrale !"

"On n'ira nulle part, il n'y a rien d'autre à faire"

En cas d'accident, nous dit Jeanetta, 50 ans, "Nikopol et les villages plus éloignées seront eux aussi rayés de la carte. Et moi je vous le dis : s'il y a une explosion à la centrale, nous n'aurons même pas le temps de consommer les comprimés d'iode."

Viktor et Yevghenia, eux, disent "faire avec le danger" Ce couple de retraités est résigné : "Je ne sais pas comment le dire... C'est une vie sans espoir. Tu ne peux pas protéger tes enfants. On a déjà connu la catastrophe de Tchernobyl, les Russes n'ont toujours pas compris ? S'il y a un accident, nous ne serons pas les seuls à souffrir, mais aussi toute l'Europe, peut-être le monde entier ! Sont-ils fous ?"

Pas question de partir, néanmoins : "On va continuer à vivre ici, on n'ira nulle part, il n'y a rien d'autre à faire. C*'est notre façon de résister.*"