En Géorgie, des Russes bien embarrassants

Plusieurs milliers de russes ont traversé la frontière avec la Géorgie pour échapper à la guerre en Ukraine.
Plusieurs milliers de russes ont traversé la frontière avec la Géorgie pour échapper à la guerre en Ukraine. ©AFP - VANO SHLAMOV
Plusieurs milliers de russes ont traversé la frontière avec la Géorgie pour échapper à la guerre en Ukraine. ©AFP - VANO SHLAMOV
Plusieurs milliers de russes ont traversé la frontière avec la Géorgie pour échapper à la guerre en Ukraine. ©AFP - VANO SHLAMOV
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La Géorgie, petit pays du Caucase, a vu des dizaines et des dizaines de milliers de Russes arriver sur son sol, après l’appel à la mobilisation lancé par Vladimir Poutine. Après une guerre éclair déclenchée en 2008 par le Kremlin, la Géorgie a perdu 20% de son territoire, occupé depuis par Moscou.

Dans une petite ruelle pavée, la pente est raide. Il faut de bonnes jambes pour atteindre cette partie de la capitale, Tbilissi. On est surpris par le calme du quartier, seuls quelques scooters de livraison de repas viennent gâcher ce havre de paix. Un drapeau blanc et bleu "Action for migration" est accroché au balcon d'une vieille maison typique de la vieille ville de la capitale géorgienne. Ici, deux associations qui viennent en aide aux arrivants se sont installées. L'endroit ressemble plus à un espace de coworking. Chacun est derrière son ordinateur, comme Yuri, 35 ans, arrivé deux semaines après l'appel à la mobilisation lancé par Vladimir Poutine.

Histoires économiques
2 min

Dans un réflexe bien russe, il ne veut pas donner son nom de famille, et explique ensuite que la Géorgie a toujours fait partie de ses rêves ... mais comme destination de vacances. "Je voulais venir comme touriste, mais je suis devenu migrant" dit cet homme qui, avant toute chose, ne souhaite "pas parler de politique" quand on l'interroge sur les guerres lancées par son pays en Géorgie en 2008, et en Ukraine depuis février 2022.

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Dans le centre-ville de Tbilissi, les messages anti russes et anti Poutine sont légion.
Dans le centre-ville de Tbilissi, les messages anti russes et anti Poutine sont légion.
© Radio France - Vanessa Descouraux

"Il faut contrôler cette population"

Le visage de Tbilissi change depuis cette arrivée de citoyens russes. Les boutiques de téléphonie sont bondées, car ils veulent ouvrir une ligne. Les restaurants sont pleins de familles russes. Pour les plus fortunés, les hôtels sont plus remplis que d’ordinaire en cette saison automnale. Les prix de l’immobilier ont aussitôt bondi, inaccessibles pour bon nombre de Géorgiens. Mais Katia, originaire de Sibérie, n'a pas de problème avec ça. Elle ne dément que l'économie locale en sera perturbée, mais elle ajoute, sure d'elle-même, qu'"avec les devises russes qui entrent, tout cela finira par être positif pour la Géorgie".

La Géorgie est un pays du Caucase de 3,8 millions d'habitants, soumis à un départ massif de ces jeunes depuis plusieurs années, faute de perspectives internes satisfaisantes. Cette arrivée de citoyens russes est vue comme un possible élément déstabilisateur. Nona Mamulashvili est députée de l'opposition et elle y voit "un problème de sécurité nationale" : "Ils demandent des écoles dans leur langue, ils achètent des biens partout dans le pays. Que vont-ils faire ? Que va demander la Russie en échange ? Il faut contrôler cette population qui entre sur notre territoire sans contrôle."

Le traumatisme de 2008

Le traumatisme de la guerre éclair de 2008 menée par Moscou est encore là en Géorgie. Le Kremlin a mis la main en cinq jours sur 20% du territoire de son petit voisin. Les citoyens russes ne sont pas forcément les bienvenus, considérés comme des occupants. Cependant, beaucoup ne comprennent pas ce ressenti, reconnaît Danil, Moscovite de 27 ans. Cet étudiant en relations internationales connaît l'histoire guerrière de son pays et confesse s'adresser aux Géorgiens d'abord en anglais et ensuite basculer en russe, langue largement plus répandue en Géorgie (la langue officielle est le géorgien). "Les Russes doivent connaître les émotions et l'histoire de Géorgie", assume-t-il.

Pour le gouvernement, la question de l'accueil des Russes n'a pas de réponse simple. "Sont-ils victimes ou complices du pouvoir russe ? C'est un dilemme moral. Comment traiter ces gens ? Sont-ils responsables de ce qui se passe actuellement sur le sol ukrainien", affirme Giorgi Khelashvili, vice-président de la commission des affaires étrangères au Parlement. Il affirme que 50.000 Russes ont trouvé refuge en Géorgie depuis le début de la guerre en Ukraine. La société civile estime qu'il y en a six fois plus.

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