Chasse en cours dans la forêt d’Avallon, dans l’Yonne ©Radio France - Hajera Mohammad
Chasse en cours dans la forêt d’Avallon, dans l’Yonne ©Radio France - Hajera Mohammad
Chasse en cours dans la forêt d’Avallon, dans l’Yonne ©Radio France - Hajera Mohammad
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Résumé

Un nouvel accident de chasse a coûté la vie à une jeune promeneuse, ce week-end, dans le Cantal. De son côté, une association de jeunes chasseurs, dans l’Yonne, a décidé de revoir ses techniques et à renoncer à des jours de chasse, pour que la cohabitation avec les promeneurs soit possible.

avec :

Hajera Mohammad.

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Faut-il interdire la chasse pour de bon, la limiter, la transformer ? Le débat est relancé depuis la mort, samedi 19 février, d'une randonneuse de 25 ans. C'est une chasseuse de 17 ans qui l'a tuée accidentellement lors d'une battue aux sangliers dans le Cantal. Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, les deux candidats à la présidentielle réclament ainsi l'interdiction de la chasse le week-end et les vacances scolaires, alors que Marine Le Pen défend une "tradition ancestrale qui doit être maintenue".

À Avallon, dans l'Yonne, la mairie à trouver un accord avec une société de jeunes chasseurs qui a décidé de revoir ses méthodes pour prouver que la cohabitation avec les promeneurs est possible. Reportage.

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Sécuriser au maximum la forêt

Regroupés dans une cabane, au bout d’un chemin forestier, une trentaine de jeunes chasseurs de l’association des Amis des bois de l’Avallonais, écoutent attentivement les consignes de sécurité du président, Ludovic Fabre : "S’il y a des promeneurs, vous déchargez votre arme ! Vous ne devez plus être en situation de faire feu. À la rigueur, vous leur faite un beau petit sourire, un geste de la main aimable, mais vous ne tirerez pas, même si c’est le sanglier de votre vie !"

Après ce rappel, les chasseurs, vêtus en orange fluo, vont prendre leur position dans la forêt. Ici, pas de chasse en battue ni à courre. C’est la technique de la traque-affût qui est pratiquée. Des chasseurs sont postés sur un petit mirador, à 1 mètre 50, du sol et peuvent tirer uniquement le gibier qui entre dans leur zone de tir, à 40 mètres de distance maximum, et à 360 degrés. Les autres chasseurs, jouent les rabatteurs, avec leurs chiens, pour amener le gibier vers les miradors.

Marceau Le Barillier, 25 ans, chasseur posté sur un mirador dans les bois.
Marceau Le Barillier, 25 ans, chasseur posté sur un mirador dans les bois.
© Radio France - Hajera Mohammad

"C’est une technique plus efficace, qui nécessite de tirer moins de balles, donc moins de coups de feu entendus. Le posté est aussi moins visible, il est installé sur un mirador au fond des bois, loin des chemins forestiers où se trouvent les joggeurs et les promeneurs", explique Ludovic Fabre. Chaque fois, qu’un chasseur croise un promeneur, il a pour consigne de souffler dans sa corne pour avertir les autres.

"Si on reste uniquement sur des acquis et qu’on ne remet pas en cause notre communication ou nos techniques de chasse, ou en tout cas qu’on ne cherche pas à les adapter, et bien ma foi, on va vers un échec", explique Ludovic Fabre. C’est lui qui est allé voir la mairie d’Avallon pour lui proposer une nouvelle collaboration, axée sur cette nouvelle technique de la traque-affût.

Ludovic Fabre, président des Amis des Bois de l’Avallonais, société de jeunes chasseurs de l’Yonne.
Ludovic Fabre, président des Amis des Bois de l’Avallonais, société de jeunes chasseurs de l’Yonne.
© Radio France - Hajera Mohammad

Chasse autorisée seulement cinq jours par an

Une démarche qui a convaincue la ville. Plusieurs exploitations agricoles et jardins privés sont régulièrement détruits par des sangliers et parfois par des chevreuils. La mairie a autorisé l’association a chassé dans sa forêt communale pour les 9 prochaines années, mais à certaines conditions. La chasse n’est autorisée que cinq dimanche par an et totalement interdite lors des vacances scolaires. 

La mairie a cédé sur le dimanche car les jeunes chasseurs sont aussi de jeunes actifs qui travaillent en semaine. "Je ne connaissais pas du tout la chasse", reconnaît Léa Coignot, l’adjointe en charge de la transition écologique. "Mais cette association m’a permis de me rendre compte qu’il y a des alternatives, que l’on peut trouver un terrain d’entente et ne pas rester borné sur le ‘chasse vs. Anti-chass’ ".

Léa Coignot, adjointe à la maire d’Avallon, en charge de la transition écologique.
Léa Coignot, adjointe à la maire d’Avallon, en charge de la transition écologique.
© Radio France - Hajera Mohammad

La ville communique aussi en amont les jours de chasse aux habitants, dans son journal municipal ou sur les panneaux de la voie publique. Ludovic Fabre lui a contacté directement les clubs sportifs de la commune pour présenter son association, un appel qui a "beaucoup surpris" Nathalie Berrué, secrétaire du club Carto, le club de trail local qui n’avait jamais été contactée auparavant par un représentant des chasseurs. "Le fait d’avoir le calendrier sur Avallon, c’est très pratique… alors oui, c’est le dimanche mais on s’organise pour faire nos entraînements le samedi". Elle regrette néanmoins que les communes voisines n’aient pas opté pour la même politique alors que la forêt d’Avallon s’étend également dans ces villes.

Nathalie Berrué, secrétaire du club Carto, club de trail d’Avallon.
Nathalie Berrué, secrétaire du club Carto, club de trail d’Avallon.
© Radio France - Hajera Mohammad

Revoir la méthode et la communication

Si l’enquête est toujours en cours, sur l’accident de chasse qui a coûté la vie à une promeneuse ce week-end, il va sans doute entacher encore plus l’image des chasseurs, ce que regrette Laura Cachot. À 18 ans, c’est la plus jeune du groupe d’Avallon. "Je pense qu’il faut racheter l’image de la chasse parce que beaucoup de personnes n’ont pas la bonne image… lls ont celle de gens qui y vont juste pour tuer, des barbares.. alors qu’en fait, quand on vient ici, on voit bien que ce n’est pas ça et qu’on est dans le respect des règles".

Laura Cachot, 18 ans, jeune chasseuse.
Laura Cachot, 18 ans, jeune chasseuse.
© Radio France - Hajera Mohammad

Un travail de communication nécessaire, pour la survie de la chasse, estime aussi Ludovic Fabre. "Peut-être qu’à un moment, la chasse ne se discutait pas mais maintenant avec la médiatisation et l’avènement des réseaux sociaux, les gens sont confrontés les uns aux autres, tout le monde donne son opinion, donc c’est aussi à nous d’informer les gens, de communiquer, il n’y a pas le choix. C’est ce que nous essayons de faire sur des territoires pilotes comme le nôtre."

Fin de la traque : ce dimanche matin, les jeunes chasseurs d’Avallon ont abattu 3 chevreuils. Loin des objectifs fixés au départ, mais le principal est atteint pour eux : aucun blessé ni chez eux, ni chez les promeneurs.  

Références