L'artiste birmane Yadanar Win lors d'une manifestation de soutien à la démocratie dans son pays, le 18 septembre 2021 à Paris.
L'artiste birmane Yadanar Win lors d'une manifestation de soutien à la démocratie dans son pays, le 18 septembre 2021 à Paris.
L'artiste birmane Yadanar Win lors d'une manifestation de soutien à la démocratie dans son pays, le 18 septembre 2021 à Paris. ©AFP - STEPHANE FERRER YULIANTI / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
L'artiste birmane Yadanar Win lors d'une manifestation de soutien à la démocratie dans son pays, le 18 septembre 2021 à Paris. ©AFP - STEPHANE FERRER YULIANTI / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
L'artiste birmane Yadanar Win lors d'une manifestation de soutien à la démocratie dans son pays, le 18 septembre 2021 à Paris. ©AFP - STEPHANE FERRER YULIANTI / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
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Résumé

Le 1er février 2021, l’armée renversait le gouvernement et arrêtait Aung San Suu Kyi. Le peuple se soulevait contre ce putsch. Des manifestations réprimées dans le sang : 1500 civils tués. Des dizaines de milliers de Birmans ont quitté le pays. Certains d’entre eux ont été accueillis en France.

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Yadanar Win, 34 ans, nous a donné rendez-vous dans un parc de Marseille où elle espère s’installer avec son mari français, neuf mois après son arrivée en France. Artiste en Birmanie, elle a pu fuir à l’étranger grâce à une bourse accordée par l’Allemagne.

Un an après, elle se souvient du jour où l’armée a repris brutalement le pouvoir dans son pays. "J’étais surprise, tremblante même. Je me sentais désespérée. Alors avec mes amis, d’autres artistes, on a rejoint les manifestations. On a écrit des slogans sur des pancartes : "Rejetez le coup d’Etat", "Liberté", "Démocratie". Et au fil des jours, il y avait de plus en plus de monde".

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Yadanar ouvre son ordinateur pour montrer des photos de ses performances artistiques et militantes l’an dernier après le coup d’Etat. Sur les images, elle est assise sur une chaise dans un quartier animé de Rangoon, vêtue d’une robe blanche maculée de sang, les pieds enchaînés, le visage masqué pour symboliser le musellement de l’opposition par les militaires, entourée d’une foule de manifestants portant des pancartes dénonçant le coup d’Etat.

La performance fait aussi l’objet d’une vidéo visionnée plus de deux millions de fois sur Facebook. On y entend un chant révolutionnaire, souvent entonné l’an dernier, l’hymne des soulèvements de 1988, contre le pouvoir militaire, déjà.

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Les manifestations continuent en Birmanie

Après cela, difficile pour Yadanar de rester en Birmanie. L’armée tue et emprisonne les opposants. D’où son départ pour l’Europe. Un an après, la résistance contre la junte n’a pas baissé les bras en Birmanie. "Ces manifestations continuent encore aujourd’hui", assure Yadanar. "On le voit sur les réseaux sociaux. Dans des petites villes, de petits groupes se rassemblent pour crier leur colère. Et je ressens à chaque fois des frissons, j’ai peur pour ces manifestants.

Le camp d’en face est très puissant. Ils ont plus d’argent, plus d’armes. Mais la majorité des gens ne veulent pas des militaires. Donc il reste de l’espoir"

Kolatt, artiste lui aussi, a fui également la Birmanie en novembre. Grâce à l’aide de l’Institut français à Rangoon, il a pu rejoindre son amie Yadanar en France. Mais avant cela, dans son pays, il a fait un choix plus radical. Quelques semaines après le coup d'Etat, il est parti dans une zone contrôlée par les rebelles de la minorité karen, dans le sud du pays, pour se former au maniement des armes. "On est allé très loin dans la jungle. C’est comme un camp de formation militaire. On doit se lever à 4h du matin. Au début on nous donne des bambous en guise de fusil car il n’y a pas assez d’armes dans la jungle. Et après un mois et demi, on nous donne un vrai fusil pour une semaine. C’est très dur. Il y a peu de choses à manger, et on nous réveille souvent la nuit avec de fausses alertes à la bombe pour qu’on s’entraîne à fuir. Donc on ne peut pas vraiment dormir".

Les militaires "sont devenus des sauvages"

Kolatt passe ainsi du côté de la résistance, les Forces de défense populaires (PDF), formées en mai dernier par le gouvernement birman en exil pour combattre la junte militaire au pouvoir. Les PDF sont très proches de certains groupes armés qui contrôlent plusieurs zones frontalières et luttent contre l’armée depuis plusieurs décennies.

Tant de personnes ont été tuées. Pendant les rassemblements, l’armée a tué des manifestants d’une balle dans la tête, parfois même des femmes enceintes, sans raison. Les militaires sont devenus des sauvages. Et c’est de pire en pire"

Kolatt apprend la guerre mais refuse d’aller au front. Il va donc regagner Rangoon, où il joue un autre rôle au sein des Forces de défense populaires : il cherche des financements, participe à des actions de désobéissance civile.

Puis cet automne, il quitte enfin la Birmanie, où il a laissé ses proches, avec qui il continue à échanger au quotidien. "Pas question de les abandonner", dit-il. Il joint au téléphone une de ses amies à Rangoon, une jeune femme qui préfère rester anonyme. "Je n’ai plus d’espoir", soupire-t-elle. "P**lus de projets. Notre pays est en crise. Je travaille pour un groupe international mais les étrangers n’investissent plus en Birmanie. Je n’aurai bientôt plus de travail, et les emplois se raréfient."

Répression dans les villes, combats intenses dans les campagnes entre armée et rebelles. Les Birmans qui ont pu fuir le pays ont un rôle à jouer, selon Yadanar.

Nous, les Birmans en exil, on essaie d’attirer l’attention, d’éveiller les consciences, de dire "regardez ce qui se passe chez nous, soutenez notre espoir".

Yadanar et Kolatt prévoient tous deux de revenir en Birmanie. Ils sont convaincus que l’armée finira par tomber.

Références

L'équipe

Franck Mathevon
Journaliste