Le confinement a parfois accentué chez certains la pratique du chemsex
Le confinement a parfois accentué chez certains la pratique du chemsex
Le confinement a parfois accentué chez certains la pratique du chemsex - Daniel Mazilu
Le confinement a parfois accentué chez certains la pratique du chemsex - Daniel Mazilu
Le confinement a parfois accentué chez certains la pratique du chemsex - Daniel Mazilu
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Résumé

À l'heure où le phénomène des "piqûres" inquiète le monde de la nuit, certaines drogues de synthèses sont utilisées à dessein pour augmenter les performances ou les sensations sexuelles. Et la crise sanitaire n'a fait qu'accentuer les comportements à risques.

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Il s'appelait Renaud. Un jeune homme brillant selon ses amis. Biologiste de formation, journaliste scientifique et militant de longue date au sein de Aides, association historique de lutte contre le VIH. En novembre dernier, Renaud s'est tué à 40 ans. Il est tombé du toit de son immeuble parisien en tentant d'échapper aux pompiers qui intervenaient chez lui à l'appel de ses voisins. Épilogue tragique de l'une des nombreuses crise vécues par Renaud, accro depuis trois ans au "chemsex", la sexualité sous l'emprise de drogue de synthèse.

Si l'appellation "chemsex" définit spécifiquement la prise de psychotropes dans le but d'avoir un rapport sexuel, les pratiques et les substances varient. Parmi les plus connues, le GHB et le GBL sont peu a peu détrônées par les cathinones de synthèse, dont la 3MMC, qui s'achète très simplement sur internet, pour quelques euros le gramme.

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Ancien escort et acteur porno gay, Mathieu Ferhati, décrit l'enfer de la méthamphétamine, dans lequel il est tombé en Asie. "Les clients en prenaient et m'incitaient fortement à en prendre", raconte-t-il. "L'association entre la drogue et le sexe procure un certain plaisir. C'est désinhibant, cela nous ouvre les portes de certains fantasme. C'est pour cela qu'il est si difficile de décrocher."

"Partouzes" de confinement

Car si les overdoses sont relativement rares, les médecins alertent quand au caractère fortement addictif de ces drogues de synthèse. Nombre d'usagers "gèrent" leur consommation, dans la mesure où elle reste cantonnée à l'acte sexuel. Mais la crise sanitaire et ses confinements n'ont fait que multiplier les occasions de prendre des drogues. Le docteur Michel Ohayon dirige le 190, un centre de santé sexuelle parisien. Environ 300 de ses patients HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) pratiquent le chemsex :

Pour certaines personnes pendant le premier confinement, le dernier lien social qui restait était le sexe. Pas de loisirs, pas de sorties, pas d'échanges avec les collègues de travail... En renforçant l'isolement de ceux dont la sexualité était déjà associée à la consommation de produits, le confinement n'a fait qu'aggraver ces comportements.

Mathieu Ferhati décrit ainsi ces "partouzes qui durent tout un week-end" et dont les participants ont totalement perdu la notion du temps. L'acteur X ne touche plus à la drogue. Il s'en est sorti grâce à la sophrologie. Mais encore aujourd'hui, il ressent "des pulsions sexuelles associées à l'envie prendre du produit".

Prise en charge insuffisante

Pour Renaud, qui n'a pas survécu à cette addiction, la prise de drogue se faisait aussi en dehors du cadre sexuel. Le jeune homme a basculé après une rupture amoureuse avec son dernier compagnon. Son amie Noémie, qui l'a accompagné à la fin de sa vie évoque les "crises de manque" et les "crises de parano" récurrentes. Renaud se sentait épié, changeant de téléphone chaque semaine car il se pensait sur écoute. Noémie dénonce aussi l'absence d'une prise en charge à la hauteur :

Les hôpitaux psychiatriques disaient qu'il devait d'abord aller en désintox et les centres de désintox pensaient que cela relevait de la psychiatrie. Ils se renvoyaient sans cesse la balle.

L'absence d'enquêtes de prévalence spécifiques au chemsex ne permet pas de mesurer l'ampleur du phénomène. Mais selon l'étude européenne Emis menée entre octobre 2017 et janvier 2018 dans cinquante pays, et reprise dans le Rapport Apach de L’Observatoire Français des Drogues et des Substances Addictives. Les "chemsexeurs" sont en majorité des hommes homosexuels quadragénaires plutôt urbains et diplômés.

Un récent rapport remis au Ministère de la santé indique également que le chemsex, à l'origine très urbain se pratique désormais aussi en milieu rural, au sein d'une population un peu plus jeune qu'il y a dix ans. La crise sanitaire a renforcé le chemsex solitaire ou en webcam, très loin des orgies "historiques" de la pratique.

Références