Le fleuve Evros marque la frontière entre la Grèce et la Turquie. ©Radio France - Yann Gallic
Le fleuve Evros marque la frontière entre la Grèce et la Turquie. ©Radio France - Yann Gallic
Le fleuve Evros marque la frontière entre la Grèce et la Turquie. ©Radio France - Yann Gallic
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Résumé

SÉRIE - Bilal a fui le Kurdistan irakien en 2018 pour rejoindre le Royaume-Uni. Pendant trois ans, il a filmé son parcours, le froid, la faim, les violences et la solidarité. Deuxième épisode le long du fleuve Evros qui sépare la Grèce et la Turquie. Une frontière sous haute surveillance.

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Yann Gallic (Journaliste au service reportages).

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Sur près de 200 kilomètres, le fleuve Evros marque la frontière entre la Grèce et la Turquie. C'est l'une des portes d'entrée en Europe pour de nombreux réfugiés comme Bilal : il a réussi à franchir cette frontière terrestre en 2019. Mais depuis, le gouvernement grec a renforcé les moyens de contrôle. À Kastanies, dernier village grec avant la Turquie, un nouveau mur a été construit l'an passé. Un mur métallique de cinq mètres de haut, surmonté de barbelés, avec des caméras et des détecteurs de mouvement. Stavros Tziamalidis est boulanger et président du village de Kastanies: "Il y a beaucoup moins de réfugiés maintenant. Avant la construction du mur, il y en avait 200 ou 300 qui passaient la frontière chaque jour. Aujourd'hui, il n'y a plus que 30 ou 40 migrants par jour."

Un arsenal anti-migrants

Le long de la frontière, la police grecque a déployé des radars, des drones et même des canons sonores. Un arsenal technologique pour décourager les migrants. Mais ce n'est pas suffisant selon Panagiotis Ageladarakis. Cet agriculteur voit souvent des réfugiés dans les champs qui bordent le fleuve: "Les policiers ne font pas bien leur travail", affirme-t-il. "Quand ils viennent ici en voiture, les réfugiés se cachent dès qu'ils entendent le bruit du moteur." Panayotis estime que l'Europe ne peut pas intégrer ceux qu'il considère comme des "immigrés illégaux": "Nous, les habitants, on pourrait aider à surveiller la frontière car nous connaissons très bien la région. On pourrait voir et alerter dès qu'un migrant essaie de passer."

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Une traversée dangereuse

Chaque année, des réfugiés se noient dans le fleuve Evros. Depuis le mois de janvier, 19 corps ont déjà été retrouvés du côté grec. Médecin légiste à l'hôpital d'Alexandroupoli, Pavlos Pavlidis tente de retrouver l'identité de ces exilés. Une tâche difficile car ils n'ont pas de papiers d'identité: "Ceux qui se noient dans le fleuve restent longtemps dans l'eau", explique-t-il. "Quand on repêche les corps, ils sont déjà dans un état de décomposition avancée." Dans l'armoire de son bureau, Pavlos Pavlidis garde précieusement les objets personnels récupérés sur les corps. Ce sont des indices qui permettront peut-être d'identifier ces morts sans nom: "Je donne ces effets personnels à la famille du défunt quand elle se manifeste. Et si elle reconnait l'un des objets, je peux faire des prélèvements ADN sur les proches qui pourront aider à l'identification".

Le médecin légiste Pavlos Pavlidis essaie d'identifier les migrants qui se sont noyés dans le fleuve Evros.
Le médecin légiste Pavlos Pavlidis essaie d'identifier les migrants qui se sont noyés dans le fleuve Evros.
© Radio France - Yann Gallic

"Nous ne sommes pas heureux en Grèce"

Ceux qui parviennent à franchir la frontière se retrouvent souvent coincés dans des campements ou des centres de rétention. Alah vit dans un camp de réfugiés près de Thessalonique. Cet irakien a fui son pays avec sa femme et ses trois filles: "On a passé la frontière six fois. Mais à chaque fois, la police nous arrêtait et nous renvoyait en Turquie. Finalement, nous avons réussi. Et après, on s'est retrouvé dans ce camp." Alah et sa famille vivent ici depuis dix mois: "Nous en avons marre. Les gens qui gèrent le camp sont gentils mais il n'y a pas de travail pour nous ici. On n'a pas d'argent! Nous ne sommes pas heureux en Grèce."

Centre de rétention pour migrants près de la frontière.
Centre de rétention pour migrants près de la frontière.
© Radio France - Yann Gallic

En Grèce, l'intégration des réfugiés reste difficile. D'autant plus que le gouvernement a récemment durci les conditions d'accueil. La plupart des migrants espèrent poursuivre leur route pour aller vivre dans un autre pays de l'Union européenne. 

4 min

L'intégralité de la série de reportages "sur les pas de Bilal", est à réécouter ici :

- Episode 1 : "Quitter son Kurdistan natal", par Mathilde Dehimi

- Episode 2 : "L'arrivée en Grève, de l'autre côté du fleuve", par Yann Gallic

- Episode 3 : "En Serbie, passer mais par quelles frontières ?", par Rémi Brancato

- Episode 4 : "A la frontière franco-italienne, gravir la montagne de nuit", par Thibaut Lefèvre

- Episode 5 : "Apercevoir l'Angleterre", par Mathilde Dehimi