La clinique Southwestern Women's Options à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, reçoit des patientes de tous les États voisins. ©AFP - Sébastien Paour
La clinique Southwestern Women's Options à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, reçoit des patientes de tous les États voisins. ©AFP - Sébastien Paour
La clinique Southwestern Women's Options à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, reçoit des patientes de tous les États voisins. ©AFP - Sébastien Paour
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Résumé

Au Texas, depuis le 1er septembre, les femmes ne peuvent plus avorter après six semaines de grossesse. Celles qui souhaitent le faire doivent désormais faire des heures de route pour sortir de l'État. Mais face à elles, les pro-Life restent mobilisés. Reportage à Albuquerque, au Nouveau-Mexique.

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Des millions d'enfants perdent leur droit à la vie chaque année, à cause de l'avortement. Au Texas, nous voulons sauver ces vies. 

Celui qui parlait ainsi au mois de mai à Austin, au Texas, c'est le gouverneur Greg Abbott. Il signait la loi qui interdit tout avortement après six semaines de grossesse… Elle est entrée en vigueur le 1er septembre 2021.

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Et depuis, elle fait l’objet de nombreux recours, jusqu’à la Cour suprême, qui pourrait dire à partir du 1er décembre prochain si la loi texane remet en cause ou non le droit à l’avortement, en vigueur depuis 1973 aux États-Unis sur la base du célèbre arrêt « Roe contre Wade ».

En attendant, les Texanes qui le peuvent sont obligées d'aller se faire avorter dans les États voisins, comme le Nouveau Mexique. 

Barrières géographiques

Matt se réchauffe dans sa voiture en laissant le moteur tourner. Il est bientôt 17 h et il est sur le parking de la clinique Southwestern Women’s Options d’Albuquerque depuis 6 h du matin. Il est venu de San Antonio, au Texas, avec son amie de 23 ans. 

« On a roulé toute la nuit, environ 10 heures et demie de route… Ça été une longue journée. » Presque 1 200 kilomètres pour que sa compagne puisse avorter. À sa sortie de la clinique, elle marche lentement, visage baissé, et s’engouffre sans un mot dans la voiture.

Devant la clinique, un homme interpelle les visiteuses. _« Madame, nous pouvons vous aider !  _Avec la compagne de Matt, Jose Korigan n’a pas eu de succès. Il reconnaît d’ailleurs qu’il échoue dans 99  % des cas… Le militant anti-avortement est ici deux fois par semaine depuis quatre ans pour tenter de faire reculer celles qui viennent mettre un terme à leur grossesse.

S’il vous plait, laissez-nous vous aider ! Donnez-nous une minute… S’il vous plait ! Votre bébé mérite une dernière chance.

Il porte désormais une mini-caméra sur le front, parce que les rapports avec les pro-avortement se sont nettement tendus depuis l'adoption de la dernière loi texane… « L’autre jour, une femme a jeté ma Bible au milieu du parking, et j'attendais qu'elle appelle les flics. Mais tout a été enregistré... »

Rapport de forces extrême

Jose Korigan montre les caméras dont est équipée la Southwestern Women’s Options. « 25 en tout… Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, rien que sur la façade ! Parce qu'ils ont peur pour leur vie ! »

Derrière les grilles, le visiteur n’est pas le bienvenu. Seules les femmes qui ont rendez-vous peuvent franchir la limite. « Le mois dernier, elles ne venaient que du Texas. » Trois patientes par semaine avant la loi, quatre fois plus depuis. Et dans les autres États voisins du Texas – Louisiane, Colorado, Oklahoma –, le Planning Familial note la même tendance.

Et toujours dans la même ambiance délétère, avec cette loi qui permet de porter plainte contre tous ceux qui aident à l’avortement.

Pour se prémunir des actions des militants anti-avortement, la clinique Southwestern Women's Options est équipée de 25 caméras.
Pour se prémunir des actions des militants anti-avortement, la clinique Southwestern Women's Options est équipée de 25 caméras.
© Radio France - Sébastien Pour

Joan Lamunyon Sanford dirige l’antenne du Nouveau-Mexique de l’Association religieuse pour la liberté de choix en matière de procréation, qui paye hôtel, billet d’avion ou carburant à celles qui sont dans le besoin. Il s'alarme : 

« C'est une période très dangereuse. Si quelqu'un demande un congé à son employeur, l’employeur peut-il être poursuivi pour avoir donné ce congé pour venir au Nouveau-Mexique ? La loi est censée être appliquée seulement au Texas. Mais on ne sait pas si les gens nous poursuivront. Et tous les coûts sont supportés par la personne qui est poursuivie. Les personnes qui intentent le procès n'ont rien à perdre. Et tout à gagner. »

Malgré tout, les volontaires de son association se relaient devant les cliniques pour éloigner les anti-IVG et leurs photos de fœtus morts ou leurs images religieuses. Comme le St Joseph de Philipp Lahey, 87 ans, militant anti-avortement depuis 1981 et qui, depuis septembre, vient devant la clinique d’Albuquerque quatre jours par semaine.

On espère que le Nouveau-Mexique et le reste du pays suivront le Texas. Nous le prions, nous l'espérons. Et nous espérons que l’arrêt "Roe contre Wade" sera interdit. Il pourrait être annulé.

Joan, qui se bat pour que les femmes aient le choix, redoute également une remise en cause du droit à l’avortement acquis en 1973. 

C'est la première fois en vingt ans de carrière que j'ai vraiment l'impression qu’on pourrait perdre "Roe contre Wade". 

Les cartes sont maintenant dans les mains des neuf juges de la Cour Suprême, à Washington.

Références

L'équipe

Sébastien Paour
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