Un dealer menotté et arrêté par la BAC pendant une descente de police en 2012 à Marseille. ©AFP - Steven Wassenaar / Hans Lucas
Un dealer menotté et arrêté par la BAC pendant une descente de police en 2012 à Marseille. ©AFP - Steven Wassenaar / Hans Lucas
Un dealer menotté et arrêté par la BAC pendant une descente de police en 2012 à Marseille. ©AFP - Steven Wassenaar / Hans Lucas
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Résumé

On parle souvent du trafic de drogue à Marseille sans mettre de visage ni de voix sur ses protagonistes. France Inter vous propose d'entendre d'anciens trafiquants marseillais qui ont "raccroché" à leur sortie de prison.

avec :

Laurent Macchietti (Technicien), Géraldine Hallot (Journaliste).

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Dans une ville qui compte 150 points de vente de stupéfiants et où près de 30 personnes ont perdu la vie dans des règlements de compte depuis le début de l'année, leur témoignage n'aura sans doute pas valeur d'exemple. Mais il montre que l'on peut sortir du trafic et de l'ultra-violence qui va de pair. "Paroles de repentis", c'est un reportage, rare, de Géraldine Hallot et Laurent Macchietti dans le quartier du Castellas, à Marseille.

Arriver à tourner la page de "l'argent" et de "l'adrénaline"

Il faut passer outre le débit mitraillette. Cette façon d'avaler ses mots comme pour mieux les retenir. Se confier mais pas trop, rester sur ses gardes. Karim (prénom d'emprunt qu'il s'est choisi) a 25 ans. Il vient d'une famille très connue dans le trafic de drogue à Marseille. Dès son plus jeune âge, il est "tombé dans la marmite", comme il dit. "J'ai toujours trafiqué. Pour l'argent. Pour l'appât du gain", explique-t-il sans détour. "Je sortais, je dépensais, je profitais de la vie. Je ne vivais pas comme un mouton, je vivais comme un roi.

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Karim dit qu'il a arrêté de vendre de la drogue à sa sortie de prison "sous la pression de sa femme". Aujourd'hui, parfois, il "regrette (sa) vie d'avant". "Des fois ça me manque, je ne vais pas vous mentir. Ça me manque d'avoir un calibre sur moi. J'aime bien l'adrénaline." Karim l'assure toutefois : "Maintenant, je me suis calmé. Je suis devenu un oiseau."

Karim a passé au total quatre années en prison. Officiellement donc c'est sa femme qui l'a convaincu d'arrêter le trafic. Mais les assassinats de ses deux cousins l'ont aussi profondément marqué. Le premier, considéré par la police comme l'un des caïds du Castellas, a été abattu au volant de sa voiture en mars 2016. Le second a connu le même sort en mars 2019 dans le quartier de la Busserine. Il était sorti de prison quelques mois plus tôt. "Ils ont été tués à la kalachnikov", raconte l'ancien trafiquant. "Et tout le monde s'en fout.

"Des fois, le passé te rattrape. C'est pour cela que je regarde toujours derrière moi."

"Certains se sont fait arrêter, certains courent toujours et peuvent s'en prendre à moi", explique Karim. Il est constamment sur ses gardes_. "Des fois, le passé te rattrape. C'est pour cela que je regarde toujours derrière moi._" "Je suis aux aguets, je suis parano. Quand tu vis dans un quartier, tu es obligé d'être comme cela. Tu es obligé de faire le voyou, parce que si tu fais le fatigué, ils vont te prendre pour un fatigué", poursuit-il. Même ceux avec qui il a grandi, Karim ne leur fait "pas confiance".

Alors quel avenir pour lui ? "Je vais au travail et je reste tranquille avec ma femme et mes enfants. Je fais quoi sinon ? Le caïd ? Pour finir au cimetière ou en prison ?" Aujourd'hui, Karim travaille en intérim. Il est préparateur de commandes. Il gagne 2000 euros par mois.

Prendre un nouveau départ

Le trafic, c'est terminé aussi pour Yassine (prénom d'emprunt), après 40 mois passés en prison. On vient de lui enlever son bracelet électronique. Lors de son arrestation, il avait sur lui cinq kilos de cannabis. Il est désormais intarissable sur sa nouvelle vie et son nouveau travail : il a monté sa plateforme de chauffeur privé, Massilia VTC. "J'ai trouvé trois employés qui travaillent pour moi. Je fais mon train-train quotidien. Je paie mes factures. J'essaie de m'instruire un peu. De connaître un peu les impôts tout ça... C'est tout nouveau pour moi", raconte Yassine, limite candide. 

"Je me disais que ce n'était pas bien ce que je faisais. Soit j'allais mourir, soit j'allais prendre quinze ans de prison."

"Mon ancienne vie ne me manque pas. Je gagnais beaucoup d'argent : 30 000 euros par mois. 1000 euros par jour. Je faisais mes vacances, j'allais à Marbella. Je faisais ma petite vie de jeune inconscient. Jusqu'à ce que la vie te rattrape." La vie qui le rattrape, c'est d'abord une peine de cinq ans de prison qu'il qualifie "d'astronomique". Il sortira finalement au bout de trois ans et demi, grâce à son projet de plateforme financé par Pôle Emploi. 

Mais s'il a fait une croix sur le trafic, c'est aussi pour sa mère qui souffre d'un cancer. "Au parloir, je voyais son état se dégrader", confie-t-il. "Je me disais que ce n'était pas bien ce que je faisais. Soit j'allais mourir, soit j'allais prendre quinze ans de prison."

Yassine a cette jolie formule : "J'ai arrêté le trafic avant que mon cœur ne noircisse trop. Avant qu'il ne soit trop tard." Yassine vit en couple, dans le sud de Marseille. Il a quitté son quartier du Castellas pour ne pas être tenté, dit-il, de replonger.

Références

L'équipe

Géraldine Hallot
Géraldine Hallot
Géraldine Hallot
Journaliste