A Saint-Remy-de-Provence, un verger pilote pour cultiver des amandiers avec moins d’eau.
A Saint-Remy-de-Provence, un verger pilote pour cultiver des amandiers avec moins d’eau.
A Saint-Remy-de-Provence, un verger pilote pour cultiver des amandiers avec moins d’eau. ©Radio France - Sandy Dauphin
A Saint-Remy-de-Provence, un verger pilote pour cultiver des amandiers avec moins d’eau. ©Radio France - Sandy Dauphin
A Saint-Remy-de-Provence, un verger pilote pour cultiver des amandiers avec moins d’eau. ©Radio France - Sandy Dauphin
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Résumé

Pour lutter contre la sécheresse, des arboriculteurs aidés par des chercheurs essaient de nouvelles techniques pour économiser l'eau, une ressource de plus en plus précieuse avec l'arrivée d'étés secs.

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Comment adapter l'agriculture aux sécheresses qui vont devenir de plus en plus fréquentes avec le réchauffement climatique ? En Provence, les agriculteurs connaissent déjà bien les contraintes en eau liées au climat méditerranéen. Des arboriculteurs et des chercheurs testent des techniques pour économiser la ressource.

La technologie pour lutter contre le gaspillage d'eau

A Saint-Rémy-de-Provence, sur cette terre d'oliviers, Agnès Benoît veut relancer une autre production ancestrale un peu oubliée, celle de l'amande, en version bio, et pour elle, l'eau est vitale : "Depuis des années, on a des étés où il ne pleut pas. On est obligé de prévoir un arrosage des amandiers, des oliviers, de la vigne. Dans d’autres régions, les cultures ne sont pas forcément irriguées."

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Un verger parsemé de coquelicots baigné de soleil. À première vue, un paysage immuable de carte postale de Provence. Sauf que dans ce champ, Agnès, fille d'agriculteur, a installé sondes, capteurs et écran : "Avec mon téléphone, je peux piloter le système d’arrosage. Je peux démarrer, le programmer, et voir comment vont les arbres. Je ne maîtrise pas à 100%, je suis toujours en train d’apprendre, c’est très technologique."

Agnès Benoît dans son verger pilote d’amandes bio à Saint-Rémy-de-Provence.
Agnès Benoît dans son verger pilote d’amandes bio à Saint-Rémy-de-Provence.
© Radio France - Sandy Dauphin

Son système d'arrosage au goutte à goutte est conçu pour gaspiller le moins d'eau possible. "Là, autour de l’amandier, on voit deux sondes enterrés dans le sol, qui permettent de savoir si le sol est sec ou pas" explique Agnès. "Autour du tronc, deux capteurs permettent de vérifier la bonne évolution du tronc, et donc de l’arbre." En fonction de ces deux indicateurs, elle lance un arrosage. "L’amandier, on va l’aider à résister à des futures potentielles sècheresses. On ne le biberonne pas."

De l'eau amenée depuis les Alpes

Ce verger pilote utilise trois fois moins d'eau que les amandiers de Californie affirme Alice Ract-Madoux, directrice de projet AgriTECH chez la société du Canal de Provence, l'exploitant du réseau hydraulique qui fournit l’eau d’irrigation aux agriculteurs est partenaire du projet : "Dans les années 70, les enjeux agricoles étaient différents. L’enjeu du changement climatique et la demande des consommateurs, c’est vraiment une évolution de l’agriculture vers toujours moins d’impact sur l’environnement. On accompagne ces filières pour un usage rationnel de l’eau."

Avoir un usage plus rationnel de l'eau est devenu un impératif, même dans cette partie de la Provence relativement épargnée pour l'instant par les sécheresses grâce à l'eau amenée depuis le lac artificiel de Sainte-Croix dans les Alpes de Haute Provence, l'un des grands réservoirs d'eau de la France. "On est un peu gâté, reconnaît Alice, "on a de grands barrages dans l’eau, de grand réservoir, qui nous permettent de stocker l’eau et de la transférer dans le reste de la Provence, par des canaux, par des galeries, par des stations de pompage. On a un devoir de mieux partager cette eau, avec des règles de gestion, en priorisant certains usages."

Maxime Jacquot l’un des agronomes du projet Ec’Eau Plant du Groupement de recherche en agriculture biologique d’Avignon
Maxime Jacquot l’un des agronomes du projet Ec’Eau Plant du Groupement de recherche en agriculture biologique d’Avignon
© Radio France - Sandy Dauphin

Le retour de pratiques ancestrales

Des arbres fruitiers moins gourmands en eau, c'est aussi la quête du Groupement de recherche en agriculture bio (Grab), situé un peu loin près d'Avignon. Dans un champ expérimental, Gilles Libourel manipule un tout jeune pêcher. Le but est développer au maximum ses racines pour le rendre plus résistant à la sécheresse, précise cet expérimentateur au Grab : "La petite racine qui sort, c’est ça que l’on cherche, avec l’approfondissement du système racinaire. L’objectif est d’aller chercher l’eau là où elle est, à priori plus en profondeur qu’en surface. Ça permettrait d’avoir besoin de moins d’eau et des arbres qui soient plus autonomes."

Et pour booster les racines, Maxime Jacquot, agronome au Grab plante des pêchers différemment en revenant à d'anciennes pratiques agricoles : "On compare le fait de planter directement du noyau, que l’on va mettre en terre pour obtenir un arbre, à des arbres classiques qui viennent de pépinières et qui ont été transplantés plusieurs fois avant d’arriver au verger. Ce sont des racines que l’on coupé à plusieurs reprises, taillées. Si l’arbre a sa place définitive dès le départ, on imagine qu’il aura un développement racinaire le plus vite possible pour exploiter l’eau qu’on lui amène."

Ce sont des pratiques ancestrales qui existaient en Provence d’après Maxime Jacquot, "pour obtenir des arbres naturellement résistants à la sécheresse, pour consommer moins d’eau en arboriculture".

Dans un verger au mètre carré il faut entre 300 et 600 litres d'eau par an pour avoir une production en fruits avec les standards actuels, on est quand même conscient qu'à moyen terme il va falloir partager cette eau et la gérer durablement.

Dans ce verger expérimental bio près d'Avignon, on teste aussi des tomates ou de vieilles variétés d'abricot, pour trouver celles qui résisteront le mieux au climat de demain.

Références