Le centre de consultation médicale maritime est basé au SAMU de Toulouse.
Le centre de consultation médicale maritime est basé au SAMU de Toulouse. ©Radio France - Béatrice Dugué
Le centre de consultation médicale maritime est basé au SAMU de Toulouse. ©Radio France - Béatrice Dugué
Le centre de consultation médicale maritime est basé au SAMU de Toulouse. ©Radio France - Béatrice Dugué
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Depuis Toulouse, douze médecins urgentistes soignent à distance les marins Français ou francophones qui naviguent partout dans le monde.

Depuis son inauguration en 1983, le Centre de consultation médicale maritime (CCMM) assure chaque année 6 000 rendez-vous médicaux à distance, pour les marins français et francophones en mission sur la planète. Deux médecins urgentistes basés au SAMU de Toulouse se relaient 24h/24 et 7 jours sur 7 pour les soigner. 

Le docteur Amalric est de garde ce jour-là. Elle reçoit l'appel du capitaine d'un porte-conteneur qui navigue dans le Golfe persique. Il s'est réveillé avec des tâches noires devant les yeux pendant environ un quart d'heure. "Même vision", dit-il que celle des "migraines ophtalmiques quand il était petit". Mais il n'en a jamais eu au réveil. 

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Des liaisons parfois difficiles

La conversation est interrompue. Même à l’heure des satellites et d’Internet, les liaisons peuvent être aléatoires. "Quand il sont là ou aux Kergelen" montre la médecin sur la carte, "je peux vous dire qu'ils sont très très loin, sans beaucoup de liaison". 

Le doigt sur le planisphère, elle pointe l’éloignement potentiel des secours pour les navires marchands, les bateaux de pêche, les ferries, voire les plaisanciers. 

Plusieurs jours pour atteindre un navire

L’urgence ne se compte alors pas en minutes, raconte le docteur François Consina, ex du CCMM.

"Ce n'est pas du tout pareil d'envoyer un secours sur un navire qui est à proximité des côtes, et où on va être sur des délais de prises en charge similaires à ceux qu'on peut avoir sur terre, et envoyer un secours à un bateau qui est coincé entre les Îles de la Société et le Japon."

On a des délais qui vont forcément dépasser plusieurs jours avant qu'on puisse accéder au marin malade ou blessé.

De l'importance du diagnostic

Du coup, la précision de la consultation devient capitale explique Patrick Roux, responsable du site et urgentiste lui-même. 

Quand on voit pas le patient, l'interrogatoire est extrêmement important et parfois extrêmement long. 

"Parfois l'image peut nous aider à préciser des choses, notamment dans des contextes traumatiques. Et oui, il faut être assez fort en terme de diagnostic. Parce qu'on couvre toute la médecine."

La consultation reprend :

-"Cette difficulté à trouver les mots c'était quoi ?

- En, fait j'ai commencé à parler au timonier et je ne trouve plus le mot que je veux lui dire", explique le marin. 

L'incident est suffisamment sérieux pour que Jeanne Marie Amalric l’oriente vers une prise en charge à terre. "Ce que je vous propose, c'est qu'on organise un accueil à quai à Dubaï quand vous arrivez ce soir. Si jamais d'ici là vous avez de nouveau des symptômes déficitaires, des vertiges, vous nous rappelez", conclue-t-elle. 

Le dossier médical est traduit et expédié au Cross Gris Nez qui fera le lien avec les autorités locales concernées. 

Des bateaux très équipés

Un malade à bord est un équipier qui manque, dans un univers où chacun est indispensable. Il faut donc rapidement trouver une solution. Evacuation en ultime recours, débarquement au prochain port…Dans 80% des cas, il s'agit d'une prescription médicale, sur des bateaux obligatoirement très équipés. 

Patrick Roux détaille : "Que ce soient des porte-conteneurs, des pétroliers, leur équipement médical n'est pas loin de celui du service d'urgence d'un petit hôpital, avec des moyens de faires des injections, de poser des perfusions."

Ils ont une demi-douzaine d'antibiotiques, des médicaments à visée cardiaque, neurologique. 

Les commandants transmettent des photos, des constantes médicales, soignent souvent eux- mêmes. Ils sont formés pour tout cela. Depuis l’épidémie de Covid, ils embarquent beaucoup plus de bouteilles d’oxygène à bord, car des marins sont morts pour en avoir manqué. 

Les consultations en hausse

Cette crise a également malmenés les matelots psychologiquement, les privant d'escale et donc de relève...De quoi craquer. "On a eu beaucoup de situations l'année dernière", explique Patrick Roux. 

Des décompensations anxieuses, des problèmes psychiatriques avec des troubles du comportement.

"Imaginez : on leur dit "vous allez finalement débarquer" et puis non finalement parce que les autorités locales nous l'interdisent", poursuit l'urgentiste. 

Le Covid a généré 13% de consultations en plus pour le CCMM, dont les effectifs vont augmenter très prochainement. Le Centre devra bientôt prendre en charge la santé des employés qui construisent et assurent la maintenance des éoliennes marines