Accueil de réfugiés ukrainiens par des bénévoles à Paris le 11 mars ©AFP - Laure Boyer / Hans Lucas
Accueil de réfugiés ukrainiens par des bénévoles à Paris le 11 mars ©AFP - Laure Boyer / Hans Lucas
Accueil de réfugiés ukrainiens par des bénévoles à Paris le 11 mars ©AFP - Laure Boyer / Hans Lucas
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Résumé

Plusieurs centaines de familles proposent depuis le début de la guerre en Ukraine d'accueillir chez elles des réfugiés. Un élan de solidarité déjà à l'œuvre pour les Afghans cet été. Mais vivre avec un inconnu sous son toit n'est pas toujours facile. Reportage aux portes de Paris.

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Nous sommes ici dans une résidence de Saint-Ouen au nord de Paris, un ensemble de logements sociaux construit par Jean Nouvel dans les années 80 et successivement surnommé "le bateau", "le train" ou "le vaisseau cosmique". Et c'est ici que Abbas, réfugié afghan, fait une pause dans son exil, chez Frédérique et sa fille cadette Justine.

Les deux femmes accueillent depuis quatre ans, dans la chambre désormais vide de Lola, la fille aînée. "Quand elle est partie, il y a eu cette place disponible", détaille Frédérique, chanteuse d'opéra, "dans le même temps il y avait des centaines de personnes qui dormaient dehors dans des conditions inhumaines porte de la Chapelle à côté de chez nous. Moi je me demandais ce que je pouvais bien faire, et est arrivée l'idée d'héberger des réfugiés".

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Et Abbas, donc. Le jeune Afghan de 20 ans a passé six semaines dans cette jolie chambre blanche sous les toits, avec vue sur la Défense et la Tour Eiffel. Une escale, dans son exil, alors qu'il vient d'obtenir l'asile en France, nous explique t-il dans son français hésitant : "C'est la troisième famille dans laquelle je suis logé. Ici il n'y a pas vraiment de règles, et j'avoue que j'apprécie cela. C'est calme et chacun fait sa vie comme il l'entend".

Ne pas accueillir en continu

Poser des règles, c'est pourtant important pour une bonne cohabitation. Frédérique et Justine ont d'ailleurs choisi de passer par une association, Jesuit Refugee Service, pour encadrer cet hébergement. "On n'a pas toujours un bon feeling" admet Frédérique, "ce n'est pas parce que l'on veut que cela fonctionne, que ça marche. Comment dire alors à une personne de partir ? Alors nous n'accueillons pas en continu mais trois ou quatre personnes dans l'année sur des durées de six à huit semaines. Parce qu'il faut aussi toujours rester dans l'envie d'accueillir".

Au départ, Justine, tout juste majeure, avait bien quelques appréhensions. La jeune femme admet que "un homme à la maison avec deux femmes, pas forcément religieuses, on avait un peu peur du choc des cultures". Mais ces peurs ont été progressivement balayées par les échanges avec les réfugiés et le sentiment d'agir enfin, de prendre leur part dans cet accueil. "J'ai pour habitude de dire que je fais du vent toute la journée", sourit Frédérique, chanteuse d'opéra de métier, "alors il fallait donner un sens un peu plus concret à mon quotidien. Etre utile, finalement. Et puis au début on est un peu ému, on se demande comment on va parler. Mais finalement, en vivant ensemble, s'installe une proximité, une intimité, et un partage très sensible avec ces réfugiés que nous accueillons".

Avant la crise sanitaire, Jesuit Refugee Service proposait en France plus de 1.700 points d'accueil dans des familles.

Savoir ne pas trop poser de questions

La difficulté de cet accueil réside parfois dans la juste distance à trouver avec ses hôtes. Un des principes est d'éviter de leur poser trop de questions personnelles, pour ne pas faire revivre à ces réfugiés souvent traumatisés un exil déchirant. C'est d'ailleurs ce qui a parfois pesé à Abbas dans les foyers où il a été accueilli. Pour les familles d'accueil, l'enjeu est aussi de ne pas trop s'attacher. "La première personne que nous avons reçu était une jeune femme Syrienne, elle avait l'âge de ma fille aînée qui venait de quitter la maison", explique Frédérique, "quand elle est partie, j'ai eu un pincement au cœur".

Mais rien n'interdit de garder contact avec certains réfugiés, qui reviennent partager ici dans le grand salon des repas du dimanche.

Des accueils plus compliqués

Mais toutes les expériences ne sont pas aussi simples. Il faut parfois admettre que la greffe ne prend pas. Comme avec ce jeune homme, très religieux, venu pendant le ramadan et qui n'a pas du tout échangé avec Frédérique et Justine, une "relation hôtelière" estime la jeune fille.

Justine garde aussi un souvenir plutôt désagréable d'un été où la présence du réfugié alors accueilli chez elles était devenue pesante : "J'invitais des amies, il faisait chaud, nous étions en tenue d'été. Et il était un peu émoustillé par trois jeunes filles en short et débardeur. Et il a été un peu lourd. Je n'avais pas peur, mais j'ai dû être directe et lui demander tous les jours de nous laisser tranquilles".

Depuis la famille ne reçoit plus l'été. Et après chaque accueil, mère et fille discutent des moments partagées et de l'envie ou non de reprendre quelqu'un à la maison. Pour l'instant, Frédérique et Justine conservent intact leur plaisir de recevoir. Le prochain réfugié est attendu au mois de mai.